La Rotonde
Share on FacebookGoogle+Tweet about this on Twitter

Publié le lundi, 11 février 2013

Le sexe: un emploi comme les autres?

– Par Camille Lhost – 

Stig­ma­ti­sés et déni­grés, les travailleurs et travailleuses du sexe se cachent pour effec­tuer leur travail. D’au­tant plus à l’uni­ver­sité, où certains étudiants proposent des services sexuels, des massages érotiques ou des services d’es­corte pour payer leurs études sans s’en­det­ter. Une façon de gagner en une soirée ce que d’autres empochent en une semaine.

« La pros­ti­tu­tion est le plus vieux métier du monde, mais il est stig­ma­tisé et tabou, c’est pour cette raison qu’on en parle très peu », affirme Frédé­rique Chabot, membre de l’As­so­cia­tion POWER (Pros­ti­tué-e-s d’Ot­tawa-Gati­neau, travaillent, éduquent et résistent). Elle explique la diffi­culté pour ces travailleurs de se faire accep­ter et respec­ter. « Nous agis­sons pour défendre leurs droits comme tout travailleur et nous combat­tons la violence dont certains sont victimes », pour­suit-elle.

Légal ou illé­gal?

Au Canada, la pros­ti­tu­tion est illé­gale. Les maisons privées ne peuvent pas faire office de lieux de travail. Un travailleur du sexe ne peut pas non plus louer un condo ou un motel pour y propo­ser ses services et y invi­ter des clients. Il est égale­ment illé­gal de dépen­ser les reve­nus récol­tés par la pros­ti­tu­tion dans des frais liés aux enfants ou au conjoint. « C’est-à-dire que le travailleur ou la travailleuse du sexe doit unique­ment dépen­ser l’argent qu’il gagne dans ses propres affaires », explique Mme Chabot.

Depuis plusieurs années, un projet de loi concer­nant la pros­ti­tu­tion est discuté par le gouver­ne­ment. Mais ce dernier « fait des lois sans consul­ter les inté­res­sés », pour­suit-elle. Les membres de l’As­so­cia­tion POWER espèrent qu’une réelle déci­sion sera mise sur pied dans la prochaine année.

Un tabou social

Les travailleurs et travailleuses du sexe cachent souvent leur situa­tion à leurs proches et leur racontent qu’ils ou elles travaillent dans des restau­rants, comme le rapporte un article du blog Madmoi­zelle.com.

Avec l’aide du club Students for Sex Worker Rights de l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa (U d’O), POWER orga­nise régu­liè­re­ment des confé­rences et des ateliers de sensi­bi­li­sa­tion et d’édu­ca­tion à la ques­tion des travailleurs et travailleuses du sexe. Céline Cour­chesne, membre du club, note que ces jour­nées sont enri­chis­santes et perti­nentes car « des membres sont des travailleurs et des travailleuses du sexe et ils racontent leurs expé­riences person­nelles. » Elle encou­rage tous les citoyens à « essayer de comprendre leurs moti­va­tions et à les respec­ter comme tout autre travailleur. »

Se pros­ti­tuer pour payer ses études

Aucun chiffre, ni aucune statis­tique sur le travail du sexe ne sont rendus offi­ciels par le gouver­ne­ment. Comme le trafic humain ou le marché de la drogue, tous les citoyens connaissent le phéno­mène de la pros­ti­tu­tion, mais personne ne sait exac­te­ment combien de personnes sont concer­nées. Toute­fois, Mme Chabot croit que  « plus de monde que l’on imagine » sont des travailleurs et travailleuses du sexe.

Quelles sont les moti­va­tions qui poussent ces étudiants à se pros­ti­tuer? Payer ses études est la réponse qui arrive spon­ta­né­ment aux lèvres de Mme Cour­chesne. « C’est une source de revenu très rapide. En une soirée, un travailleur ou une travailleuse du sexe gagne le salaire que ses collègues empochent en une semaine. » Mme Chabot renché­rit en préci­sant que « parfois, cette solu­tion est meilleure que les autres car elle ne néces­site pas un horaire fixe et corres­pond aux modes de vie des étudiants. »

Une seconde réponse vient appuyer la première: « Tout simple­ment parce que les travailleurs et travailleuses du sexe aiment cela », ajoute Mme Chabot. « Quand on prend l’ha­bi­tude de travailler dans le marché du sexe, c’est diffi­cile de retour­ner faire des heures de bureau ensuite. »

« Il faut consi­dé­rer le travail du sexe comme une ques­tion morale plutôt que comme une pratique sociale », conclut Mme Cour­chesne.