La Rotonde
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Publié le lundi, 11 septembre 2017

Un projet salué avec réserve

Actua­li­tés

Par : Nico­las Hubert-Chef du pupitre Actua­li­tés 

Alors que le gouver­ne­ment provin­cial de l’On­ta­rio a annoncé le 28 août la créa­tion d’une Univer­sité Franco-Onta­rienne dont le campus devrait accueillir jusqu’à 350 étudiant.e.s dans l’ag­glo­mé­ra­tion de Toronto à la rentrée 2020, les diffé­rents orga­nismes et asso­cia­tions de défenses et de promo­tion des droits de la commu­nauté franco-onta­rienne ont salué cette avan­cée majeure, tout en émet­tant de nombreuses réserves quant au projet du gouver­ne­ment onta­rien.

Un appui condi­tion­nel

Les prin­ci­paux acteurs asso­cia­tifs de la commu­nauté franco-onta­rienne, le Regrou­pe­ment étudiant franco-onta­rien (RÉFO), la Fédé­ra­tion de la jeunesse franco-onta­rienne (FESFO) ainsi que l’As­sem­blée de la fran­co­pho­nie de l’On­ta­rio (AFO) ont annoncé le 6 septembre, lors d’une confé­rence de presse commune, leur appui condi­tion­nel au rapport du Conseil de plani­fi­ca­tion pour une univer­sité de langue française.

Le président de l’AFO, Carol Jolin, a souli­gné à cette occa­sion que si les trois parte­naires ont accueilli favo­ra­ble­ment ce rapport, ils émettent cepen­dant certaines réserves quant à son contenu. « Il y a des éléments très inté­res­sants dans ce rapport », a reconnu Jolin en souli­gnant que l’AFO, le RÉFO et la FESFO « se sont réjouis en consta­tant deux prin­cipes figu­rant au cœur du rapport ».

« En premier lieu, la réflexion du Conseil de plani­fi­ca­tion sur le Conseil de gouver­nance et le Sénat ainsi que l’in­dé­pen­dance de l’Uni­ver­sité, méritent une appré­cia­tion parti­cu­lière », explique Jolin avant d’ajou­ter qu’ « en mettant sur pied le Carre­four fran­co­phone des savoirs et de l’in­no­va­tion fran­co­phone à Toronto, les fran­co­phones et les fran­co­philes auront leur quar­tier où se rassem­bler et excel­ler ».

Le président de la FESFO, Pablo Mhanna-Sando­val, a quant à lui rappelé la néces­sité d’in­clure de la jeunesse franco-onta­rienne « dans le proces­sus de plani­fi­ca­tion et de mise en œuvre de notre univer­sité ». « Cette même jeunesse devrait être consul­tée direc­te­ment », a-t-il pour­suivi en appe­lant le gouver­ne­ment onta­rien à réser­ver « des sièges jeunesses et commu­nau­taires au sein du Comité de mise en œuvre » ainsi qu’à sélec­tion­ner des membres du Comité de mise en œuvre prove­nant de l’en­semble des régions de l’On­ta­rio.

Des lacunes impor­tantes obser­vées

Une lettre commune a égale­ment été adres­sée à la ministre onta­rienne de l’En­sei­gne­ment et de la Forma­tion profes­sion­nelle, Debo­rah Matthews, ainsi qu’à la nouvelle ministre des Affaires fran­co­phones, Marie France Lalonde. En souli­gnant « les lacunes impor­tantes » obser­vées dans le rapport du Conseil de plani­fi­ca­tion, cette lettre met en exergue l’ab­sence de dimen­sion provin­ciale confé­rée à la future Univer­sité et émet certaines réserves « quant à la péda­go­gie propo­sée » pour la créa­tion de l’Uni­ver­sité Franco-Onta­rienne, ainsi que la concur­rence que cet établis­se­ment fran­co­phone rencon­trera avec les établis­se­ments post­se­con­daires bilingues de l’ag­glo­mé­ra­tion de Toronto.

Au début des années 1990, « lorsqu’il y a eu des collèges indé­pen­dants, comme le collège Boréal ou des Grands Lacs, ils ont tous eu l’ex­clu­si­vité des programmes » et les établis­se­ments bilingues n’ont plus eu le droit de propo­ser des programmes en français explique le co-président du RÉFO, Joce­lyn Leblanc.

« Ce qui arrive avec les univer­si­tés, c’est que cela n’a jamais été la même ques­tion d’ex­clu­si­vité pour les établis­se­ments fran­co­phones », pour­suit-il en souli­gnant que dans cette pers­pec­tive, il faudrait que les établis­se­ments bilingues de Toronto donnent leurs programmes fran­co­phones à la future Univer­sité Franco-Onta­rienne de Toronto.

L’objec­tif d’une univer­sité fran­co­phone provin­ciale

« Le RÉFO, ainsi que nos deux parte­naires l’AFO et le FESFO, n’ont jamais fait la promo­tion d’une univer­sité seule­ment dans le centre sud-ouest », précise Leblanc, avant d’ajou­ter que « nous ce que nous voulons c’est une Univer­sité provin­ciale ». En s’ap­puyant notam­ment sur les exemples du réseau des Univer­si­tés du Québec et de l’Uni­ver­sité de Monc­ton, le co-président du RÉFO souligne l’im­por­tance de couvrir l’en­semble de la province de l’On­ta­rio.

« C’est ça notre objec­tif ! Ça serait que l’Uni­ver­sité franco-onta­rienne ouvri­rait un autre campus à Ottawa et que l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa lui donne­rait l’ex­clu­si­vité de l’en­sei­gne­ment en français », précise LeBlanc tout en affir­mant que le modèle de l’uni­ver­sité bilingue ne marche pas. En effet, pour ce dernier « les fran­co­phones ne peuvent pas vivre leur culture dans une insti­tu­tion bilingue ».

Un constat large­ment partagé par François Char­bon­neau, profes­seur à l’École d’Études poli­tiques de l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa. Lors d’une entre­vue accor­dée à La Rotonde la semaine dernière, Char­bon­neau expliquait alors que dans la fran­co­pho­nie cana­dienne, « les seuls endroits où il y a une vie fran­co­phone, ce sont les insti­tu­tions ». Ce dernier appe­lait alors à « faire de l’édu­ca­tion en français en situa­tion mino­ri­taire un champ de compé­­tence fédé­rale » afin de donner la possi­bi­lité de créer un réseau univer­si­taire fran­co­phone panca­na­dien.