La Rotonde
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Publié le lundi, 1 février 2016

Impact écono­mique de l’U d’O : « Une univer­sité, c’est une grosse busi­ness! »

Char­lotte Côté

Entre 6,8 et 7,4 milliards de dollars. Voilà à combien a été estimé l’im­pact écono­mique de l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa (U d’O), dans un rapport publié début janvier par le think tank Confe­rence Board of Canada (CBC). Celui-ci dresse le portrait flat­teur d’une univer­sité active dans l’éco­no­mie et qui compte renfor­cer sa répu­ta­tion au local comme à l’in­ter­na­tio­nal.

Recherche, inno­va­tion et crois­sance : selon les nouveaux chiffres dévoi­lés dans un rapport de 128 pages, les inves­tis­se­ments de l’U d’O repré­sen­te­raient plus de 1,5 milliard de dollars du PIB annuel cana­dien. « Derrière ces chiffres se cachent tout simple­ment les dépenses de l’Uni­ver­sité en chauf­fage, construc­tion, services alimen­taires, dans les salaires ou encore dans la recherche », explique Serge Nadeau, vice-recteur asso­cié à la plani­fi­ca­tion à l’U d’O.

L’uni­ver­sité : « une grosse busi­ness »?

Selon M. Nadeau, la publi­ca­tion de ce rapport était essen­tielle pour permettre de souli­gner l’im­por­tance écono­mique de l’U d’O dans la région. « Vous savez, les gens ont tendance à avoir une idée un peu préconçue des univer­si­tés, mais une univer­sité, c’est une “grosse busi­ness” aussi », affirme-t-il.

Pour Mario Secca­rec­cia, profes­seur au dépar­te­ment de science écono­mique, le rapport est avant tout un outil de marke­ting : « On a tendance à suréva­luer les perfor­mances des insti­tu­tions dans ce genre de docu­ment », élabore-t-il.

Pour­tant, si le contrat pour cette étude a été accordé au CBC pour près de 100 000$, Veldon Coburn, cher­cheur prin­ci­pal au Centre pour les compé­tences et l’édu­ca­tion au CBC, précise que le think tank n’a aucun lien ou inté­rêts directs avec l’U d’O, et que la recherche a été menée objec­ti­ve­ment. Celle-ci a d’ailleurs été arbi­trée par des tiers partis, fami­liers avec le milieu.

Le bilin­guisme de l’U d’O : un pivot natio­nal peu subven­tionné

Beau­coup d’im­por­tance est mise sur le rôle « pivot » de l’ins­ti­tu­tion comme la plus grande univer­sité bilingue au monde. Le budget annuel pour le bilin­guisme de l’U d’O s’élè­ve­rait ainsi à 62 millions de dollars, dont 32 M$ subven­tion­nés par les gouver­ne­ments fédé­ral et provin­cial.

D’où proviennent les 30 M$ restants? Même pour Nadeau, ce n’est pas clair : « Je ne suis pas sûr. Mais je suppose que cela signi­fie que si les subven­tions gouver­ne­men­tales étaient plus impor­tantes, on pour­rait mieux subven­tion­ner les profes­seurs et faire bais­ser les frais de scola­rité. »

Selon Coburn, il s’agit d’un des points clés sur lesquels l’ins­ti­tu­tion pour­rait s’amé­lio­rer : « l’U d’O pour­rait aller cher­cher davan­tage de finan­ce­ment pour l’ac­cès aux études bilingues et ainsi assu­rer une plus grande équité au niveau de l’ac­cès aux études en français. »

L’im­pact social de l’U d’O quan­ti­fié?

En 2015, le « gain social » des inves­tis­se­ments en recherche de l’U d’O aurait été de 958 M$. Selon Secca­rec­cia, si ces impacts sont non-négli­geables, ils restent extrê­me­ment complexes à quan­ti­fier. « La trans­for­ma­tion d’élé­ments peu tangibles, comme l’im­pact social que pour­rait avoir une recherche, en valeur finan­cière, est peu crédible », explique-t-il.

Coburn avoue que ce chiffre se base sur « des phéno­mènes sociaux peu tangibles ». Cepen­dant, il ajoute : « En se basant sur la litté­ra­ture du domaine, nous avons fait des esti­ma­tions : sur sept ans, 30 à 60 % des déve­lop­pe­ments de l’Uni­ver­sité auront des retom­bées directes sur la société. »

Au final, beaux chiffres ou non, le rapport aura surtout eu un bel impact média­tique pour la répu­ta­tion de l’Uni­ver­sité. Et les auteurs s’en réjouissent, comme commente Coburn : « Beau­coup ne s’at­ten­daient pas à voir que l’U d’O était un moteur d’in­fluence écono­mique si impor­tant dans la région. C’est quelque chose dont l’Uni­ver­sité doit être fière, et si ce rapport permet d’at­ti­rer plus d’étu­diants, c’est tout à leur honneur. »