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Un projet salué avec réserve

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Par : Nicolas Hubert-Chef du pupitre Actualités 

Alors que le gouvernement provincial de l’Ontario a annoncé le 28 août la création d’une Université Franco-Ontarienne dont le campus devrait accueillir jusqu’à 350 étudiant.e.s dans l’agglomération de Toronto à la rentrée 2020, les différents organismes et associations de défenses et de promotion des droits de la communauté franco-ontarienne ont salué cette avancée majeure, tout en émettant de nombreuses réserves quant au projet du gouvernement ontarien.

Un appui conditionnel

Les principaux acteurs associatifs de la communauté franco-ontarienne, le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) ainsi que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ont annoncé le 6 septembre, lors d’une conférence de presse commune, leur appui conditionnel au rapport du Conseil de planification pour une université de langue française.

Le président de l’AFO, Carol Jolin, a souligné à cette occasion que si les trois partenaires ont accueilli favorablement ce rapport, ils émettent cependant certaines réserves quant à son contenu. « Il y a des éléments très intéressants dans ce rapport », a reconnu Jolin en soulignant que l’AFO, le RÉFO et la FESFO « se sont réjouis en constatant deux principes figurant au cœur du rapport ».

« En premier lieu, la réflexion du Conseil de planification sur le Conseil de gouvernance et le Sénat ainsi que l’indépendance de l’Université, méritent une appréciation particulière », explique Jolin avant d’ajouter qu’ « en mettant sur pied le Carrefour francophone des savoirs et de l’innovation francophone à Toronto, les francophones et les francophiles auront leur quartier où se rassembler et exceller».

Le président de la FESFO, Pablo Mhanna-Sandoval, a quant à lui rappelé la nécessité d’inclure de la jeunesse franco-ontarienne « dans le processus de planification et de mise en œuvre de notre université ». « Cette même jeunesse devrait être consultée directement », a-t-il poursuivi en appelant le gouvernement ontarien à réserver « des sièges jeunesses et communautaires au sein du Comité de mise en œuvre » ainsi qu’à sélectionner des membres du Comité de mise en œuvre provenant de l’ensemble des régions de l’Ontario.

Des lacunes importantes observées

Une lettre commune a également été adressée à la ministre ontarienne de l’Enseignement et de la Formation professionnelle, Deborah Matthews, ainsi qu’à la nouvelle ministre des Affaires francophones, Marie France Lalonde. En soulignant « les lacunes importantes » observées dans le rapport du Conseil de planification, cette lettre met en exergue l’absence de dimension provinciale conférée à la future Université et émet certaines réserves « quant à la pédagogie proposée » pour la création de l’Université Franco-Ontarienne, ainsi que la concurrence que cet établissement francophone rencontrera avec les établissements postsecondaires bilingues de l’agglomération de Toronto.

Au début des années 1990, « lorsqu’il y a eu des collèges indépendants, comme le collège Boréal ou des Grands Lacs, ils ont tous eu l’exclusivité des programmes » et les établissements bilingues n’ont plus eu le droit de proposer des programmes en français explique le co-président du RÉFO, Jocelyn Leblanc.

« Ce qui arrive avec les universités, c’est que cela n’a jamais été la même question d’exclusivité pour les établissements francophones », poursuit-il en soulignant que dans cette perspective, il faudrait que les établissements bilingues de Toronto donnent leurs programmes francophones à la future Université Franco-Ontarienne de Toronto.

L’objectif d’une université francophone provinciale

« Le RÉFO, ainsi que nos deux partenaires l’AFO et le FESFO, n’ont jamais fait la promotion d’une université seulement dans le centre sud-ouest », précise Leblanc, avant d’ajouter que « nous ce que nous voulons c’est une Université provinciale ». En s’appuyant notamment sur les exemples du réseau des Universités du Québec et de l’Université de Moncton, le co-président du RÉFO souligne l’importance de couvrir l’ensemble de la province de l’Ontario.

« C’est ça notre objectif ! Ça serait que l’Université franco-ontarienne ouvrirait un autre campus à Ottawa et que l’Université d’Ottawa lui donnerait l’exclusivité de l’enseignement en français », précise LeBlanc tout en affirmant que le modèle de l’université bilingue ne marche pas. En effet, pour ce dernier « les francophones ne peuvent pas vivre leur culture dans une institution bilingue ».

Un constat largement partagé par François Charbonneau, professeur à l’École d’Études politiques de l’Université d’Ottawa. Lors d’une entrevue accordée à La Rotonde la semaine dernière, Charbonneau expliquait alors que dans la francophonie canadienne, « les seuls endroits où il y a une vie francophone, ce sont les institutions ». Ce dernier appelait alors à « faire de l’éducation en français en situation minoritaire un champ de compé­tence fédérale » afin de donner la possibilité de créer un réseau universitaire francophone pancanadien.

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