
À la découverte du Canal Rideau : lieu de rencontre hivernal
Crédit visuel : Jurgen Hoth — Photojournaliste
Chronique rédigée par Sandra Uhlrich — Journaliste
Dès que les températures autour de -20 °C deviennent quotidiennes, je vérifie chaque jour le compte Instagram @patinoirecanalrideau pour savoir quand l’ouverture du canal Rideau en tant que patinoire sera annoncée. Dans mon groupe d’ami.e.s, c’est une course pour voir qui repérera la nouvelle en premier. Pour moi, le canal est une véritable motivation pour continuer à sortir durant l’hiver et rester active à l’extérieur. Ouvert depuis 1971 et entièrement gratuit, la patinoire constitue un élément central de la culture hivernale de la capitale. Franchement, c’est l’un des moments forts de mes hivers ottaviens.
Mon moment de bonheur en hiver
En allant à l’université aujourd’hui, à une heure plutôt matinale, je profite de la vue : le soleil éclaire la glace, où trois ou quatre courageux.ses se sont déjà aventuré.e.s, malgré le froid. Dès que j’ai un moment libre entre les cours, je vais pleinement profiter de l’hiver, me dis-je. Qu’il neige, qu’il fasse beau ou même un peu gris, enfiler mes patins et me mettre en mouvement me procure toujours un profond sentiment de bien-être. C’est pour moi une parenthèse de calme au milieu du brouhaha du quotidien. Et lorsque j’ai besoin d’une pause, un cidre chaud et une Queue de Castor me réchauffent toujours le cœur.
Dans un monde où la voiture est devenue le moyen de transport dominant, voir autant de monde se déplacer à patins me réjouit énormément. Sur le canal Rideau, tout le monde semble plus heureux.
Situé tout près de l’Université, il constitue un lien privilégié avec la culture d’Ottawa. Également, il s’agit d’un point d’entrée crucial pour toutes les personnes nouvellement arrivées. Ce canal est un endroit où nous nous rassemblons tous.tes, un lieu d’intégration, de découvertes et d’échanges.
Le canal Rideau, capsule historique
Construit en 1932, le canal Rideau relie la rivière des Outaouais, au niveau de la ville d’Ottawa, au lac Ontario, au niveau de la ville de Kingston. Au total, ce sont 46 écluses qui nivellent l’eau entre les deux plans d’eau, aujourd’hui principalement à des fins récréatives.
En 1971, Doug Fullerton, alors président de la Commission de la capitale nationale (CCN), a eu l’idée de transformer la surface gelée du canal en patinoire durant l’hiver. À ses débuts, seule la section comprise entre les ponts Mackenzie King et Laurier était accessible. Celle-ci a ensuite été progressivement agrandie pour s’étendre des écluses d’Ottawa, au pied de la colline parlementaire, jusqu’à l’écluse Hartwells, aux abords de l’Université Carleton, sur une longueur totale de 7,8 km.
De nombreuses nouvelles traditions hivernales ont émergé autour de cet espace : les premiers bals des neiges, des matchs de hockey improvisés ou encore des parties de curling. En 2005, le Livre Guinness des records reconnaît le site comme la plus grande patinoire naturelle au monde. En 2007, le canal est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Une tradition menacée?
Malheureusement, avec le réchauffement climatique, la pérennité de cette tradition semble de plus en plus incertaine. Le 5 janvier, lorsque la pleine longueur du canal a été ouverte pour la première fois de la saison 2025-2026, j’ai tenu à en profiter, au cas où l’occasion ne se représenterait pas. Trois jours plus tard, le 8 janvier, il a été fermé de manière préventive en raison de la hausse des températures, pour rouvrir le 16 janvier.
Afin de s’adapter aux conditions météorologiques changeantes, la CCN a donc affiné, au fil des années, ses techniques de maintien de la glace , notamment en collaborant avec l’Université Carleton, pour trouver des moyens de fabriquer de la glace plus tôt dans la saison.
Habituellement, le canal est ouvert de début janvier à début mars, avec des variations selon les conditions climatiques. La saison 1971-1972 détient le record du plus grand nombre de jours d’ouverture, soit 95 jours. En 2022-2023, 50 ans plus tard, le canal n’a pas été du tout ouvert en raison de températures anormalement douces.
Lors de ma première année à Ottawa, à l’hiver 2024, le canal n’avait pas été ouvert sur toute sa longueur, et avait dû être fermé à plusieurs reprises en raison des redoux. À l’hiver 2025, en revanche, il est resté ouvert près de 60 jours! Espérons que cette année, la période d’ouverture soit toute aussi longue.
Il faut aussi préciser que la qualité de la glace est minutieusement vérifiée par les équipes de la CCN. Il ne faut donc pas hésiter à s’y aventurer lorsque les conditions le permettent. Toutefois, il demeure important de respecter les périodes de fermeture préventive : si un drapeau rouge flotte au-dessus des points d’accès, la patinoire est fermée. S’y engager pourrait endommager la glace et retarder sa réouverture. En revanche, si le drapeau est vert : à vos patins !
Le canal comme lieu de rencontre
Avec ses 7,8 km de glace, le canal devient une véritable voie de transport en hiver! Il relie notamment l’Université d’Ottawa (U d’O), l’Université de Saint-Paul et l’Université Carleton. De plus, le recteur de l’Université de Saint-Paul, Patrick Leroux, en a fait une nouvelle tradition pour sa communauté: chaque mercredi, il rejoint des élèves et des membres du personnel enseignant pour une balade sur la glace. Pour lui, c’est une manière « de bien profiter de l’hiver, de se donner une heure de plaisir et d’échanges au grand air ».
Cette initiative, lancée l’année dernière, sera reconduite cette saison : « Cette année, j’ai la piqûre et je veux reprendre cette belle activité empreinte de légèreté et d’échanges. Je vais à la rencontre de la communauté… en patins, sur le canal Rideau ! », a-t-il déclaré.
Gardez quand même à l’esprit que la qualité de la glace du canal Rideau peut varier, puisqu’il s’agit d’une glace naturelle, bien qu’entretenue. Si vous êtes débutant.e, avancez prudemment, et restez attentif.ve aux bosses et aux trous ! Le port du casque est fortement recommandé, et moi, je conseille également le pantalon de neige pour amortir les chutes !
Si vous n’avez pas de patins, vous pouvez en louer aux points d’accès du Sénat ou de l’avenue Fifth. Sinon, je vous encourage à en chercher sur Marketplace ou dans des magasins de sport d’occasion. Décathlon peut aussi être un bon point de départ.
Alors, qu’attendez-vous, cher.e.s Gee-Gees ? On se retrouve sur le canal ?
