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Éditorial

À qui profite les changements de programme dans le parcours étudiant ?

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Éditorial collaboratif rédigé par Mireille Bukasa — Corédactrice en chef

À l’approche de la fin de l’année académique 2025-2026, un constat s’impose : pour plusieurs étudiant.e.s, septembre ne rimera pas avec continuité, mais avec réorientation. Chaque année, iels sont nombreux.ses à quitter leur programme, faute de motivation, par inconfort ou par remise en question. « Ce n’est qu’une session de plus… », « Je ne me sens plus à ma place… » Les raisons sont multiples, souvent légitimes. Mais derrière ces décisions, un angle mort persiste : changer de voie implique un coût. Et dans cette valse des réorientations, qui en tire réellement profit sur le plan financier ?

Le coût d’une session (trimestre) à l’Université d’Ottawa (U d’O) varie selon le programme, le cycle et le statut de l’étudiant.e. Afin d’en vérifier l’exactitude, nous avons rempli le formulaire disponible sur le site de l’université. Par pur hasard, nous avons également comparé les frais de scolarité pour différents profils d’étudiant.e.s à temps plein du premier cycle à la Faculté des arts, dans la discipline Communication et lettres françaises, pour l’année 2025-2026.

Les résultats indiquent des frais de 3 523,89 $ CA pour les étudiant.e.s canadien.ne.s hors Ontario, de 3 044,08 $ CA pour les étudiant.e.s canadien.ne.s de l’Ontario et de 21 667,54 $ CA pour la communauté étudiante internationale.

Cette dernière, d’après nos recherches, semble la plus susceptible de se réorienter ou de changer d’établissement universitaire, souvent pour des raisons liées à l’immigration. Cependant, cette possibilité a fortement diminué depuis novembre 2024, à la suite de changements intempestifs des règles canadiennes en matière d’immigration.

Les étudiant.e.s ne peuvent désormais plus changer d’établissement d’enseignement en conservant le même permis d’études. De plus, depuis 2026, les permis délivrés pour les programmes de mise à niveau linguistique (anglais ou français) couvrent désormais des périodes plus courtes.

Si la mobilité d’une université à une autre tend à diminuer, la réorientation à l’intérieur même des établissements, entre facultés ou programmes d’études, demeure bien présente. Il devient néanmoins difficile de la quantifier, puisqu’elle s’opère à différents niveaux.

Nous estimons par ailleurs que l’université pourrait aussi contribuer à la réduire en mettant en place un système d’orientation permettant aux nouveaux étudiant.e.s de mieux comprendre, dès le départ, les tenants et les aboutissants de chaque programme. 

Choisir son avenir à 17 ou 18 ans, souvent sans avoir eu la chance d’explorer différents domaines en profondeur, se veut un exercice souvent complexe. Il faudrait peut-être offrir davantage de possibilités de découvrir des champs d’intérêt variés afin que les élèves puissent faire des choix plus éclairés une fois à l’université.

Le changement devient-il une norme ?

Les étudiant.e.s restent les premiers responsables de leurs études. Mais sur quels critères choisissent-ils ou elles leur programme ? Leurs projets personnels ? Les ambitions de leurs parents ou l’influence de leurs ami.e.s ? Il faut reconnaître que l’université met déjà à disposition un maximum d’informations : description des programmes, conditions de réussite, débouchés professionnels, etc. La véritable question consiste à savoir si les étudiant.e.s prennent réellement le temps non seulement de lire, mais aussi de comprendre ce qui les attend.

Changer de programme universitaire ne constitue pas un échec : il s’agit plutôt d’ une pratique courante qui relève davantage d’un processus d’exploration que d’un défaut du système. Mais des changements fréquents traduisent souvent un accompagnement insuffisant. 

Ces décisions s’inscrivent dans un contexte de contraintes concrètes : frais de scolarité, durée du programme, exigences du marché du travail… et, parfois, l’étudiant.e ne dispose tout simplement pas d’autre choix à ce moment-là.

La possibilité de changer de programme tout en transférant les crédits déjà acquis est un atout considérable : elle permet d’éviter de tout recommencer. Mais ce processus entraîne des conséquences réelles : sessions supplémentaires, frais additionnels, pression financière, voire découragement. L’université gagnerait donc à offrir un accompagnement véritablement ciblé, tenant compte des réalités vécues par les étudiant.e.s, afin que la réorientation ne reste pas seulement une option administrative, mais devienne un processus réellement soutenu et viable.

Étant donné la fréquence des changements de programme, l’université devrait mieux communiquer sur les outils disponibles. Toute personne souhaitant changer de programme devrait, selon moi, bénéficier au minimum d’une séance obligatoire avec un conseiller.ère. Ce n’est pas la faute des étudiant.e.s si iels changent de programme, mais il revient de la responsabilité de l’université de veiller de manière responsable à ce que le moins possible d’entre elles ou eux regrettent leur choix par la suite.

En somme, le changement de programme est normal et parfois bénéfique, mais il ne devrait jamais se faire dans l’incertitude ou le désarroi.
Un véritable accompagnement, concret et accessible, s'avère indispensable pour transformer cette flexibilité en avantage réel pour les étudiant.e.s.

De quoi s’interroger sur le rôle, ou sur ce que devrait constituer le rôle des conseiller.ère.s en orientation. En principe, ces professionnel.le.s des écoles secondaires doivent aider les élèves candidat.e.s à prendre de bonnes décisions concernant leurs études universitaires et leur carrière. Cependant, les multiples va-et-vient des nouvelles et nouveaux étudiant.e.s d’un programme à un autre nous amènent à penser qu’il existe une faille dans l’exécution des tâches qui incombent à ces conseiller.ère.s.

Conseiller.ère.s en orientation : postes fantômes à l’U d’O ?

Certain.e.s étudiant.e.s n’ont jamais eu recours aux services de conseiller.ère.s en orientation, souvent par ignorance de leur existence ou de leur utilité. Et pourtant, une photo d’équipe bien en évidence sur le site de l’université rappelle qu’iels existent bel et bien au sein de l’établissement… si l’on prend la peine de les remarquer.

Source: capture d'écran d'une page du site de l'Université d'Ottawa

D’autres hésitent à contacter les conseiller.ère.s en orientation de l’Université d’Ottawa (U d’O), en raison d’expériences passées au secondaire : les conseils reçus se révélaient  souvent généraux, impersonnels, et ne répondaient pas aux besoins spécifiques des élèves. Celles et ceux qui ont essayé repartent parfois avec un sentiment d’inachevé : la personne au bout du fil semblait ne pas saisir les enjeux propres à chaque étudiant.e.

À l’opposé, certain.e.s étudiant.e.s arrivent déjà avec une idée précise de leur parcours et s’auto-orientent, notamment celles et ceux issu.e.s de cégeps, collèges ou autres universités. Mais pour beaucoup, l’incertitude devient la norme.

Pourtant, le rôle des conseiller.ère.s revêt une importance cruciale, surtout dans un système où les jeunes arrivent très tôt à l’université, parfois sans avoir eu le temps de mûrir leur projet, et où les disciplines scientifiques et académiques évoluent constamment. L’autonomie exigée dès la première année, notamment pour choisir ses cours et construire son horaire, peut être déstabilisante.

Le problème s’aggrave avec un système de communication ambigu. Une grande partie des étudiant.e.s ignore que ces services existent ou ne savent pas comment y accéder. La complexité pour accéder au Bureau des études de premier cycle illustre bien cette situation : ligne d’attente saturée, nécessité de rappeler cinq ou six fois avant d’obtenir quelqu’un, surtout en début de session.

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Il devient donc nécessaire d’offrir un suivi personnalisé et régulier dès le début du parcours universitaire, en lien avec le secondaire. Malheureusement, certaines initiatives demeurent encore trop symboliques : par exemple, l’Université Saint-Paul, « mère » de l’U d’O, propose une seule séance d’orientation académique de 30 minutes. Une démarche trop courte qui pousse de nombreux.ses étudiant.e.s à se réorienter dans la précipitation, souvent au prix de temps perdu et de dettes accrues.

La communication devrait passer par des échanges plus directs et moins virtuels. Des ateliers obligatoires dès la première session pourraient permettre un changement rapide et réfléchi, évitant les réorientations tardives et coûteuses. Merci au syndicat pour la semaine 101, mais les guides actuels semblent trop souvent programmés pour inciter au changement de programme, en nous présentant notamment Connectivity, la fameuse structure aux voies interminables située au (CRX), Carrefour des apprentissages

Connectivity est la première œuvre issue d’un concours public sur le campus de l’Université d’Ottawa. Lors de la semaine 101, les guides l’utilisent pour expliquer aux nouvelles cohortes que les différentes connexions qu’elle représente symbolisent la possibilité de réorienter son parcours, sans être obligé de terminer ses études dans le programme initialement choisi.

Il serait temps que l’université réfléchisse sérieusement à la manière de rendre ces postes ou rôles moins « fantômes » et plus efficaces : des conseiller.ère.s formé.e.s, accessibles et proactif.ve.s pourraient transformer une expérience universitaire parfois déroutante en un parcours plus sûr et mieux réfléchi. Car offrir des choix éclairés dès le départ permet d’éviter des erreurs coûteuses et favorise la réussite de toutes et tous. À moins que le but de notre alma mater réponde uniquement à une logique lucrative. Dans ce cas, on sait clairement qui gagne. 

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