
ADAM, le nouvel ami des étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa
Crédit visuel : Courtoisie
Entrevue réalisée par : Davy Bambara — Journaliste
Des étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa (U d’O) ont créé ADAM, un chatbot accessible à tout moment, destiné à répondre aux questions sur les services et la vie universitaire. En phase bêta, c’est-à-dire avant le lancement officiel, ADAM cible d’abord l’U d’O et pourrait ultérieurement s’étendre à d’autres établissements. Nous avons discuté avec Christopher Houinsou, cofondateur et président, pour découvrir l’origine et le fonctionnement de ce projet.
La Rotonde (LR) : Comment est née l’idée du chatbot ADAM et quel besoin principal cherchiez-vous à combler ?
Christopher Houinsou (CH) : ADAM est né d’un constat très simple que presque tous les étudiant.e.s partagent : aujourd’hui, l’information existe, mais elle est dispersée. L’université met à disposition des centaines de pages, de services et de ressources, mais pour l’étudiant.e, tout est éparpillé entre sites web, formulaires et plateformes. Le véritable enjeu n’est pas le manque d’informations, mais l’accessibilité de celles-ci. ADAM vise à offrir aux étudiant.e.s un moyen simple de poser leurs questions, comme iels le feraient à un.e camarade, et d’obtenir des réponses précises, rapides et fiables.
LR : Quels sont les problèmes concrets auxquels les étudiant.e.s de l’U d’O font face en matière d’accès à l’information ?
CH : Le premier problème est la fragmentation. Pour obtenir une seule réponse, un.e étudiant.e doit souvent naviguer entre plusieurs sites, services, facultés et plateformes. Le deuxième problème est lié à l’évolution des habitudes. Avec les plateformes de contenu court et de récompense instantanée, comme Instagram ou TikTok, les étudiant.e.s sont habitué.e.s à des réponses immédiates. La recherche longue et complexe sur plusieurs sites n’est plus naturelle pour iels. La conséquence directe se voit dans les services universitaires, où beaucoup d’étudiant.e.s s’y présentent pour des questions basiques, dont les réponses existent déjà en ligne. ADAM peut absorber une grande partie de ces questions simples, afin que les services humains se concentrent sur les situations plus complexes et importantes.
LR : En quoi ADAM se distingue-t-il des outils universitaires existants ?
CH : Les outils universitaires actuels sont principalement des bases d’information. L’étudiant.e doit chercher, lire, comparer et interpréter les contenus. ADAM inverse cette logique : l’étudiant.e ne cherche plus l’information, iel pose simplement une question, et la réponse arrive directement. C’est aussi une transition historique : avant Internet, les démarches se faisaient physiquement ; avec Internet, l’information est en ligne mais reste dispersée ; aujourd’hui, l’intelligence artificielle permet un accès conversationnel, direct et personnalisé. ADAM s’inscrit pleinement dans cette évolution.
LR : Comment fonctionne ADAM et quel rôle joue l’intelligence artificielle dans le projet ?
CH : ADAM utilise l’intelligence artificielle pour comprendre les questions des étudiant.e.s et les relier aux informations pertinentes provenant de sources officielles de l’université. L’IA ne remplace pas les services humains, mais facilite l’accès à l’information. Son rôle est de transformer des contenus souvent longs, techniques ou dispersés en réponses claires, compréhensibles et immédiates. Nous pensons que l’IA va profondément transformer l’accès à l’information. Dans un futur proche, la majorité des questions simples du quotidien sera résolue par des assistants intelligents, et les services humains pourront se concentrer sur les cas plus complexes.
LR : À quels types d’étudiant.e.s ADAM s’adresse-t-il en priorité ?
CH : ADAM est conçu pour tou.te.s les étudiant.e.s, mais il a été pensé en priorité pour ceux.celles qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire les nouveaux.elles arrivant.e.s et les étudiant.e.s international.e.s. Ces étudiant.e.s doivent souvent comprendre un nouveau système académique, de nouvelles règles et parfois une nouvelle langue. Iels ne disposent pas toujours des bons repères. Pour ces étudiant.e.s, ADAM peut devenir un premier point d’ancrage, un assistant simple, accessible à tout moment, capable de répondre à leurs questions sans jugement, sans attente et sans complexité. Au fait, ADAM est une innovation étudiante née d’un besoin concret, utilisant les technologies actuelles pour proposer des solutions simples et utiles. Les étudiant.e.s deviennent ainsi acteur.rice.s du changement à l’université. L’objectif est de réduire la charge mentale liée aux démarches administratives pour permettre aux étudiant.e.s de gagner du temps et de diminuer le stress. ADAM vise à accompagner la transition vers un accès conversationnel et assisté par IA à l’information universitaire.
LR : Quels défis avez-vous rencontrés lors du développement du projet ?
CH : Nous avons identifié trois défis principaux : la fiabilité de l’information, les ressources limitées et la confiance institutionnelle. Pour éviter toute erreur ayant des conséquences pour les étudiant.e.s, nous utilisons uniquement des sources officielles et une approche rigoureuse. Le projet se trouve actuellement à un stade précoce, ce qui explique la prudence de certains services universitaires. Notre objectif consiste à démontrer l’utilité de l’outil par des résultats concrets. ADAM est développé par une petite équipe étudiante avec des moyens limités, en parallèle de nos études.
LR : Quels sont les principaux retours des utilisateur.rice.s depuis la phase bêta ?
CH : Les retours sur la phase bêta d’ADAM sont globalement positifs : rapidité, clarté, simplicité et fiabilité grâce à l’utilisation de sources officielles. Certain.e.s étudiant.e.s affirment que l’outil a renforcé leur motivation. Les critiques principales portent sur l’absence de réponses à certaines questions et la limitation à dix requêtes par jour, ce qui génère de la frustration. Ces remarques orientent les axes d’amélioration du produit.
