
Ce qui se cache derrière la procrastination : comprendre la nature de ses émotions
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Chronique rédigée par Élodie Ah-Wong — Directrice Artistique
Il existe des jours où accomplir une tâche simple, comme ouvrir un document, demande une énergie démesurée. Cela peut soudainement devenir aussi exigeant qu’un marathon. Alors, la culpabilité s’installe : pourquoi n’ai-je pas « juste » osé commencer ? Comme si l’effort s’imposait naturellement. Comme si la volonté suffisait. Pourtant, s’il ne s’agissait que de discipline, comment expliquer que des personnes intelligentes et organisées se retrouvent figées devant une tâche ordinaire ? Et si la procrastination n’était pas un échec, mais plutôt un signal que notre corps tente de nous transmettre ?
Le cycle universitaire qui nourrit la procrastination
À l’université, je remarque que cette réalité se renforce encore davantage. Certaines périodes paraissent calmes, puis surviennent des moments où la charge s’accumule : travaux, lectures, examens, projets à rendre. Cette dynamique génère un sentiment de surcharge, tout en nourrissant l’impression de ne pas avoir été assez performant.e pendant les moments plus lents. Ainsi, la pression augmente : réussir, performer, viser la perfection. Nous voulons tellement bien faire que nous ne savons plus par où commencer. Résultat: tout devient urgent… alors nous restons les bras croisés, paralysé.e.s. La procrastination dépasse en ce sens le simple manque de volonté et s’impose comme une réaction face à la pression.
La face cachée de la procrastination
À mon avis, il faut d’abord se défaire de l’idée que la procrastination équivaut à la paresse. J’ai appris qu’en réalité, ce comportement peut découler de causes plus profondes, comme l’anxiété, la surcharge mentale, le manque de repos, le perfectionnisme ou même la peur de décevoir. Afin de mieux comprendre la nature de nos réactions, il devient alors essentiel d’examiner ce phénomène plutôt que de se blâmer, afin de trouver une manière d’y remédier. Se poser certaines questions peut ouvrir des pistes : qu’est-ce qui rend la tâche si lourde ? Pourquoi ressentons-nous le besoin de l’éviter ? En comprendre les racines peut nous permettre d’aller de l’avant au lieu de nous enfoncer davantage dans un cycle de culpabilité sans fin.
Se protéger… et se bloquer en même temps
J’ai réalisé que lorsque nous hésitons à commencer une tâche, cela ne signifie pas toujours que nous ne voulons pas travailler. Souvent, que nous en soyons conscient.e.s ou non, une partie de nous redoute ce qui pourrait surgir une fois le travail commencé. S’agit-il de la peur d’essayer ? De la peur de ne pas réussir ? L’inconnu peut se révéler intimidant. Quand cela arrive, nous choisissons alors de rester dans le confort du familier.
Cependant, reconnaître que les erreurs participent au processus du travail demeure essentiel. J’aime me dire qu’un résultat peu satisfaisant ne témoigne pas forcément d’un manque d’intérêt ou de contrôle de notre part. Par contre, la manière dont nous réagissons, soit choisir de voir l’échec comme une preuve d’incompétence, ou comme un tremplin pour atteindre une meilleure version de nous-même, dépend entièrement de nous.
Sur le plan psychologique, l’évitement émotionnel agit parfois comme un bouclier : tant que nous ne commençons pas, aucun échec ne peut survenir. Selon un rapport publié par Praeventio, « l’évitement agit un peu comme un anesthésiant psychologique : il réduit l’anxiété à très court terme, mais ses effets s’estompent rapidement ».
C’est précisément à ce moment que la procrastination a des effets dévastateurs. Pendant un instant, elle donne l’impression que tout va bien, comme si le problème disparaissait. Pourtant, cette perception se révèle trompeuse, car plus nous repoussons quelque chose, plus le retour à la réalité devient brutal. Ce qui semblait constituer une solution temporaire devient alors l’élément principal qui mène à une surcharge émotionnelle.
D’où l’importance d’arrêter de se juger, autant soi-même que les autres. Même si la procrastination paraît anodine à première vue, les émotions qu’elle dissimule sont bien réelles et méritent d’être reconnues. Les minimiser ne fait qu’empirer la situation, puisque cette répression alimente la culpabilité et la honte. Le véritable changement commence lorsque nous apprenons à accepter nos émotions. Comprendre les signaux et les mécanismes qui se cachent derrière nos réactions demeure une manière bien plus saine de les gérer que de les ignorer. Cette démarche permet non seulement de briser le cycle, mais aussi d’avancer vers un mode de vie plus équilibré.
Changer de regard pour aller de l’avant
Reconnaître ses limites constitue une étape nécessaire pour sortir de la procrastination. J’ai compris qu’il ne sert à rien de « forcer » la motivation, mais plutôt de la « comprendre ». Me répéter que je devais rester productive, comme si la volonté suffisait à elle seule, ne faisait qu’ajouter une pression inutile. La clé ne réside pas dans l’idée de se pousser constamment, mais plutôt dans la capacité d’identifier ce qui nous empêche réellement d’avancer. Une fois les causes identifiées, la mise en place de stratégies concrètes devient plus facile.
Personnellement, j’aime me faire des listes de tâches ; elles m’aident à me sentir plus accomplie et me permettent de visualiser ce qu’il me reste à accomplir. Célébrer les petites réussites compte également pour moi, car elles me rappellent que le progrès se construit progressivement, étape par étape. Par ailleurs, j’aime aussi me fixer des objectifs réalistes afin de ne pas me laisser submerger. Avancer à mon propre rythme me semble plus bénéfique que courir après un idéal impossible à atteindre. Pour cette raison, je tente d’éviter de me comparer aux autres, surtout dans une ère où les médias sociaux romantisent la productivité. Entre les personnes qui s’entraînent à l’aube, celles qui se montrent en train d’étudier pendant de longues heures, ou celles qui semblent maintenir une maison impeccable, il devient difficile de savoir où donner de la tête !
Il faut pourtant se rappeler que ces images ne montrent qu’une fraction de leur vie, celle qui est souvent idéalisée. Se mesurer constamment à ces représentations ne fera que renforcer notre découragement.
Au final, nous demeurons tou.te.s humain.e.s, avec nos forces et défis. Nos chemins peuvent s’avérer ardus, parsemés d’obstacles et de moments où nous avons davantage l’impression de reculer que d’avancer. Toutefois, transformer ses habitudes et sa manière de penser demande du temps et de la patience. Il faut se rappeler que le progrès n’est pas linéaire. Parfois, trébucher permet simplement de mieux reprendre son élan.
