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Chronique d’une cousine – Le flirt au Canada

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26 novembre 2012

– Par Caroline Ramirez –

Je l’avoue, à mon arrivée à Ottawa, j’ai facilement adhéré au cliché du Canadien-Français trop timide et de la Canadienne-Française trop sûre d’elle. Et je m’amusais à reprocher en conséquence à l’homo-canadianus son incapacité à draguer, ce qui avait l’avantage de lancer des débats passionnés sur la castration économique insécuritaire des hommes et l’indépendance tristement solitaire des femmes.

Jusqu’à ce que, hier soir, autour d’une bière au Dominion, une Québécoise remette en cause la tournure négative que je donnais à mon jugement facile: « Je préfère faire le premier pas plutôt qu’être mise mal à l’aise par une avance dont je ne veux pas. Ça laisse le choix à la fille: elle peut décider de passer une soirée avec ses amies, tranquillement, ou bien de flirter sans se voir imposer des approches lourdes par des ginos ». Des ginos? Ce sont des gars qui se comportent avec les filles dans un bar comme autour d’un buffet à volonté et libre-service. Si, dans le bar en question, il y a un deuxième étage avec un balcon intérieur, on repère facilement les ginos: ce sont ceux qui, penchés sur la balustrade, pointent du doigt et sélectionnent les filles qui passent au-dessous.

En France, la drague masculine est souvent plus agressive et inopinée qu’ici. On en vient à se demander si les garçons ne s’inventent pas avoir reçu des signaux de la part des demoiselles. Par contre, quand celles-ci veulent laisser comprendre, subtilement mais clairement, qu’elles aimeraient être laissées seules, les récepteurs de ces messieurs semblent soudainement inhibés. Ce qui donne lieu à un flirt fort désagréable car unidirectionnel…

D’après certains francophones canadiens, ce qui expliquerait en fait la valse-hésitation des hommes ici serait leur romantisme: ils cherchent à tout prix à créer une belle histoire, à s’entourer de mystère et ont un « esprit dramatique »… D’où leur difficulté à se lancer, de peur que la scène qu’ils ont fantasmée n’éclate en morceaux devant un « je ne suis pas intéressée », lâché avec désinvolture. Pour un ami Franco-Ontarien, qui avoue ne pas savoir draguer: « C’est agréable quand c’est la fille qui prend les devants car, pour l’homme, la frontière entre le flirt et le pré-rape est borderline. » Et il n’est de toute façon pas bien difficile, pour une fille, de déceler dans les yeux d’un garçon qu’elle lui plaît et, si elle est tentée, d’enclencher le processus.

En somme, cette timidité que je reprochais gentiment aux Canadiens-Français (mon expérience avec les anglophones reste à faire) serait en fait une forme de respect et de compréhension.

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