
Ciné-club : quand le cinéma francophone devient un espace de rencontre sur le campus
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique
Article rédigé par Davy Bambara – Journaliste
À l’occasion du Mois de la francophonie, le Département de français de l’Université d’Ottawa (U d’O), en collaboration avec l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB), a organisé une journée dédiée au cinéma francophone. Entre projections, échanges et témoignages, l’événement a mis en lumière la richesse des cultures francophones, tout en interrogeant la place du cinéma et de la francophonie dans la vie étudiante.
Une initiative collaborative au service de la francophonie
Cette journée de ciné-club s’inscrit dans une logique de collaboration. Initialement envisagée comme un mini-festival, l’initiative a finalement évolué vers un format condensé, afin de mieux s’adapter aux réalités étudiantes.
Bojan Lalovic, co-organisateur de l’événement, présente cette formule comme l’aboutissement du projet : « C’était une sorte de finale dans cette série de projections du ciné-club du Département de français. » Il explique également le choix de ce format plus court : « On a décidé de concentrer cela en un après-midi de films pour que ce soit plus accessible et plus pertinent pour les étudiant.e.s. »
L’événement repose également sur un réseau de partenariats, notamment avec l’Ambassade de France au Canada et l’Institut français, qui ont permis l’accès à une plateforme de diffusion de films francophones.
Une programmation à l’image d’une francophonie plurielle
D’après les organisateurs, l’un des objectifs centraux de cette journée consistait à refléter la diversité du monde francophone. La programmation proposait ainsi une variété de formats, allant de courts-métrages, documentaire à film d’animation et long-métrage, ainsi que des œuvres issues de différents contextes culturels, notamment de l’île Maurice, du Congo et de la France. « L’idée, c’était de représenter la variété, non seulement des pays, mais aussi des formats et des thématiques », souligne Lalovic.
Parmi les moments marquants, un court-métrage inspiré d’un naufrage survenu à l’île Maurice a été enrichi par le témoignage d’un étudiant mauricien, apportant une dimension personnelle et immersive à la projection. Lalovic rappelle qu’au-delà du divertissement, la programmation visait à susciter la réflexion, en abordant des thèmes tels que les enjeux environnementaux, les réalités sociales ou encore les dynamiques familiales.
Un projet pédagogique ancré dans l’engagement étudiant
Le ciné-club ne se limite pas à une simple activité culturelle : il s’inscrit également dans une démarche pédagogique. L’événement a été intégré dans un dispositif d’apprentissage par engagement communautaire (AEC), permettant à des étudiant.e.s de participer activement à la sélection des films.
« Ce sont des étudiant.e.s finissant.e.s qui ont visionné, sélectionné et proposé les films. », précise l’organisateur. « Cela permet de mieux cibler les intérêts de leur génération ». Cette approche favorise non seulement l’implication étudiante, mais contribue aussi à renforcer le lien entre apprentissage académique et expérience concrète.
La francophonie comme espace inclusif
Au cœur de cette initiative se trouve une conception ouverte et inclusive de la francophonie. Loin de se limiter à une seule norme linguistique, elle prend la forme d’un espace pluriel, où différentes cultures et variétés de français coexistent.
« La francophonie, c’est une vision du monde inclusive et plurielle. Il ne s’agit pas de hiérarchiser les formes de français, mais de les valoriser dans leur diversité. »
– Bojan Lalovic –
Dans un environnement universitaire bilingue comme celui de l’Université d’Ottawa (U d’O), cette vision prend tout son sens. Elle participe à la construction d’un espace où les identités culturelles peuvent s’exprimer pleinement.
Des défis bien réels
Malgré son ambition, l’événement n’est pas exempt de défis. Le principal obstacle reste la participation étudiante, particulièrement en période de fin de session. « On est au mois de mars, avec les examens qui approchent, les étudiant.e.s doivent établir leurs priorités », reconnaît Lalovic. À cela s’ajoute la concurrence des plateformes numériques, qui modifient les habitudes de consommation culturelle. Regarder un film chez soi devient plus accessible, mais cela transforme l’expérience collective du cinéma.
Repenser l’expérience cinématographique
Face à ces transformations, le cinéma doit se réinventer. Pour Lalovic, sa valeur réside toujours dans l’expérience collective.
« Le cinéma, c’est un rêve partagé. Ce n’est pas la même chose de regarder un film seul que de le vivre avec d’autres dans une salle. »
– Bojan Lalovic –
L’enjeu consiste donc à recréer cet espace de partage, capable de rassembler les étudiant.e.s autour d’une expérience commune.
Un espace de rencontre à consolider
Au-delà de sa dimension culturelle, le ciné-club favorise les échanges entre étudiant.e.s et renforce les liens au sein de la communauté universitaire. Pour Diaz Ntumba Mutombo, ces initiatives ont un impact concret : « Elles permettent aux étudiants de se sentir inclus, de participer davantage et de créer des liens avec les autres. » Dans un contexte bilingue comme celui de l’Université d’Ottawa, il souligne aussi la richesse de cette diversité : « Je trouve que ça enrichit les échanges et que ça permet de mieux comprendre les gens autour de nous. »
En rassemblant cinéma, pédagogie et engagement culturel, le ciné-club du Mois de la francophonie démontre que la francophonie dépasse largement la simple dimension linguistique : elle représente un espace vivant de dialogue et de création.
