
Comment notre environnement façonne-t-il notre vision du monde ?
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique
Article rédigé par Bianca Raymond – Cheffe du pupitre Arts et culture
École, famille, culture ou expérience personnelle : dès l’enfance, notre environnement influence profondément notre manière de voir le monde. Mais cette vision reste-t-elle figée ou peut-elle évoluer avec le temps ? Le sociologue et anthropologue Héritier Mesa et la professeure en enseignement Carole Fleuret mobilisent leurs expertises afin d’aborder cette question.
L’enfance comme point initial
Dès les premières années de vie, les individus développent une manière de comprendre et d’interpréter le monde qui les entoure. Cette vision repose en grande partie sur la socialisation, soit le « processus par lequel une personne acquiert des valeurs, des normes et des comportements ».
Comme l’explique Héritier Mesa, sociologue et anthropologue, « c’est dans l’enfance qu’on connaît notre toute première socialisation », un processus souvent inconscient qui structure durablement notre manière de penser et d’agir. Il évoque les travaux du sociologue Pierre Bourdieu sur la théorisation de l’habitus. Mesa précise que la socialisation durant l’enfance entraîne des effets durables sur la perception des autres et que « plusieurs normes et compétences sociales acquises durant l’enfance restent avec nous durant une grande partie de la vie ».
La famille joue également un rôle central dans cette construction. C’est à travers elle que l’enfant apprend à communiquer, à interagir et à interpréter le monde. Pour Carole Fleuret, professeure en enseignement, « c’est dans le milieu familial que tout cela se façonne », notamment à travers les valeurs, les règles et les expériences transmises dès le plus jeune âge.
Des influences multiples
Si la famille constitue un premier repère, elle ne représente pas la seule influence sur la perception du monde. Le milieu socio-économique, la culture ou encore l’éducation constituent également des facteurs importants.
Selon Mesa, l’accès aux ressources et aux expériences – qu’il s’agisse d’activités culturelles, d’éducation ou d’opportunités sociales – contribue à façonner des visions du monde différentes d’un individu à l’autre. Par exemple, un enfant exposé à des activités culturelles ou à des voyages développera un regard différent de celui qui évolue dans un environnement plus restreint.
L’école vient aussi compléter, ou parfois remettre en question, ce qui est appris à la maison. Elle peut agir comme un espace d’ouverture, mais aussi comme facteur de transformation. « L’école peut avoir une très grande influence sur le devenir des élèves », souligne Fleuret. Elle explique qu’en tant qu’orthopédagogue dans des classes spécialisées, elle a accompagné des élèves dans leur parcours scolaire, ce qui met en lumière le rôle central de l’éducation dans la construction des perceptions.
L’ouverture d’esprit
Au fil du temps, les expériences personnelles viennent enrichir ou modifier la vision initiale du monde. Les rencontres, les voyages ou encore les défis vécus permettent de confronter ses propres repères à d’autres réalités.
Pour Fleuret, l’ouverture au monde demeure essentielle. Plus une personne se trouve exposée à la diversité, plus elle développe une pensée critique et la capacité de nuancer ses perceptions, selon elle. À l’inverse, un manque d’exposition peut limiter cette compréhension.
Les environnements diversifiés, comme les campus universitaires, jouent un rôle clé dans ce processus. En favorisant les échanges interculturels, ils permettent de remettre en question les préjugés et de développer une vision plus nuancée du monde. « Plus on va faire coexister et se côtoyer les gens, les cultures et les langues, plus facilement tomberont les préjugés ou les barrières qu’on peut avoir à l’égard de l’un ou de l’autre », explique-t-elle.
Peut-on réellement changer sa vision du monde ?
Si l’enfance laisse une empreinte durable, elle ne détermine pas entièrement le parcours d’un individu. Mesa souligne que les individus sont constamment exposés à de nouvelles formes de socialisation, qui peuvent parfois contredire celles de l’enfance. Ces confrontations peuvent mener à des transformations de valeurs, parfois progressives, parfois plus marquées.
Cependant, ces transformations ne se font pas toujours sans difficulté. Certaines habitudes ou façons de penser, profondément ancrées, peuvent persister ou resurgir au fil du temps.
Fleuret partage une perspective similaire : rien ne demeure figé à l’âge adulte. « On continue de grandir, d’apprendre, de découvrir », affirme-t-elle, en insistant sur l’importance de la curiosité et de l’ouverture d’esprit face à la nouveauté et à l’inconnu.
