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Sports et bien-être

Comprendre ses symptômes grâce à Internet : réflexe rassurant ou source d’anxiété ?

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong Directrice artistique 

Article rédigé par Joelluc Liandja Chef de pupitre Sports et Bien-être 

À l’ère du numérique, la consultation d’informations médicales en ligne est devenue monnaie courante. De nombreuses personnes se tournent vers des ressources en ligne pour obtenir des explications lorsqu’elles ressentent des symptômes. Si cette accessibilité peut faciliter l’accès à l’information, elle soulève également certaines questions, notamment en ce qui concerne la qualité des contenus, la surcharge informationnelle et les phénomènes comme la cybercondrie. Quels effets cette pratique peut-elle avoir sur le bien-être et la santé mentale ?

Un mal de tête persistant, une douleur inaccoutumée ou une fatigue soudaine suffisent parfois à déclencher un réflexe quasi automatique : saisir son téléphone et lancer une recherche médicale sur un moteur de recherche, un réseau social ou une application. En quelques instants, des dizaines, des centaines, voire des milliers de résultats apparaissent à l’écran. À l’ère du numérique, l’information médicale est à portée de main : accessible et immédiate. 

La consultation d’Internet pour identifier un symptôme est devenue courante : en classe, à la bibliothèque, dans le calme ou tard dans la nuit, beaucoup ont adopté ce réflexe moderne. « Au fil du temps, plusieurs ont développé l’usage du réseau Internet et des réseaux socionumériques pour y trouver toutes sortes d’informations. C’est devenu la ressource par excellence vers laquelle les gens se tournent pour s’informer », explique le professeur Luc Bonneville, spécialiste en communication et santé. Une attitude compréhensible, mais qui ne demeure pas sans risques. 

Tout comprendre, tout de suite 

Pour Emilie Maombi, étudiante en travail social à l’Université d’Ottawa (U d’O), la recherche en ligne est devenue un automatisme. « Mon premier réflexe, c’est souvent de chercher sur Internet pour essayer de comprendre ce que je ressens, pour avoir une idée générale de la situation de mon corps », confie-t-elle. 

Comme plusieurs étudiant.e.s, elle doit gérer un emploi du temps chargé. Entre les cours, les devoirs et ses obligations personnelles, le temps est souvent limité, et les rendez-vous médicaux peuvent s’avérer difficiles à planifier. Sur Internet, elle trouve rapidement des informations susceptibles de l’aider à prendre une décision. Il s’agit, pour elle, d’un premier pas avant une consultation professionnelle éventuelle.

Elle admet toutefois qu’une recherche excessive a déjà dégénéré : « Parfois, en lisant trop d’informations contradictoires et alarmantes, je finissais par m’inquiéter davantage qu’au départ ». Un symptôme banal pouvait alors se transformer en scénario catastrophe.

Beaucoup d’informations, pas de réponse 

A la question de savoir si trop d’informations génère plus de confusion que de réponses. Bonneville ne laisse planer aucun doute : « La réponse courte est : oui ! »

Il ajoute : « On sait que la quantité d’information ne rime pas toujours avec la qualité de l’information ». Selon lui, « plusieurs internautes ne font pas nécessairement la distinction entre les sites considérés comme fiables, comme les sites gouvernementaux ou paragouvernementaux, et ceux qui le sont moins ». Le manque de littératie en matière de médias et d’information rend le tri plus difficile. 

De son côté, Maombi s’efforce d’adopter une démarche réfléchie : « Je regarde désormais la source, en consultant des pages officielles ou des sites reconnus. Puis je compare plusieurs sources ». Une approche plus responsable, qui demande toutefois la patience, l’attention et l’esprit critique. 

D’une simple recherche à l’obsession 

À quel moment la consultation en ligne devient-t-elle plus nuisible qu’utile ? « Plusieurs travaux vont montrer qu’il se développe une “cybercondrie” (une forme d’hypocondrie en ligne) chez plusieurs personnes qui consultent de manière compulsive des informations de santé en ligne », explique Bonneville. Il ajoute : « N’étant jamais complètement satisfaites des informations trouvées, et convaincues qu’elles souffrent d’une pathologie spécifique, ces personnes sont prises dans une spirale qui les amène à passer toujours plus de temps en ligne à la recherche d’informations susceptibles de diminuer leur angoisse ».

Le spécialiste en communication et santé insiste sur le temps passé en ligne, qu’il considère comme un signal d’alerte :

« À partir du moment où l’on passe des heures en ligne chaque jour à tenter de s’approprier de l’information-santé, on finit par développer un usage abusif de l’Internet-santé »

- Luc Bonneville -

Il ajoute : « N’étant jamais complètement satisfaites des informations trouvées, et convaincues qu’elles souffrent d’une pathologie spécifique, ces personnes sont prises dans une spirale qui les amène à passer toujours plus de temps en ligne à la recherche d’informations susceptibles de diminuer leur angoisse ».

Le spécialiste en communication et santé insiste sur le temps passé en ligne, qu’il considère comme un signal d’alerte : « À partir du moment où l’on passe des heures en ligne chaque jour à tenter de s’approprier de l’information-santé, on finit par développer un usage abusif de l’Internet-santé ». La recherche n’est alors plus motivée par la soif de connaissances, mais alimentée par la peur. 

Le discernement : le meilleur allié pour s’informer 

Il ne s’agit pas de diaboliser Internet. Il convient aussi de reconnaître ses avantages, notamment l’accès rapide à l’information médicale. Maombi le souligne : « Si je vois que les symptômes semblent sérieux ou qu’ils persistent, je préfère consulter un médecin ». Pour elle, la recherche en ligne ne constitue que la première étape.  

L’enjeu demeure l’équilibre : s’informer sans sombrer dans l’anxiété. Pour Bonneville, « il faut faire davantage de sensibilisation auprès du grand public, réglementer un peu plus les contenus en ligne, et mettre en place des formations en éducation aux médias, dès l’école primaire et secondaire ». Cela rappelle l’importance de distinguer les sources fiables et de repérer les contenus orientés ou alarmistes.

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