
De la petite ville de Hawkesbury à Ottawa : une première année de transition pour me réinventer
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Chronique rédigée par Bianca Raymond — Cheffe du pupitre Arts et culture
Ottawa se présente comme une ville où les cultures se mélangent et où l’art s’inscrit pleinement dans le quotidien. Cependant, tel n’est pas le cas dans toutes les autres villes. Je viens d’une ville d’un peu plus de 10 000 habitant.e.s, où la culture reste assez homogène. Ainsi, mon arrivée à l’Université d’Ottawa (U d’O) a marqué, pour moi, un changement important, autant sur le plan culturel qu’artistique.
Grandir dans un milieu familier
Originaire de Hawkesbury, une ville à la frontière de l’Ontario et du Québec, j’ai grandi dans un environnement où les repères demeurent stables et familiers. C’est une ville où l’on croise souvent les mêmes visages, où les interactions restent simples et où la routine s’installe naturellement. Cette proximité crée un fort sentiment d’appartenance, mais s’accompagne aussi d’une certaine uniformité.
Sur le plan culturel, l’offre existe, mais elle est plus discrète. Quelques événements locaux, des initiatives communautaires et une présence artistique modeste, par exemple, au Centre culturel Le Chenail, façonnent le paysage. L’art y reste accessible, sans toutefois occuper une place constante dans le quotidien. On le cherche davantage qu’on ne le rencontre.
S’adapter à son environnement
La transition vers Ottawa ne s’est pas faite sans ajustements. La première année à l’université constituait déjà, en soi, une étape importante. Lorsqu’on y ajoute un changement d’environnement aussi marqué, l’adaptation devient encore plus exigeante.
Il m’a fallu apprendre à naviguer dans un nouvel espace, à créer de nouvelles habitudes et à me construire un réseau. On passe d’un milieu où tout est connu à un environnement où tout reste à découvrir. Cela peut sembler intimidant, mais c’est aussi ce qui rend l’expérience particulièrement formatrice.
L’un des constats qui m’a le plus marquée en arrivant sur le campus demeure la diversité des cultures qui s’y côtoient, venant des quatre coins du monde. Comparée à Hawkesbury, où la réalité est beaucoup plus homogène, la différence est frappante. Très vite, j’ai réalisé que je ne partageais pas toujours les mêmes repères que mes collègues de travail ou mes camarades de classe. Nos expériences, nos références culturelles et même nos loisirs diffèrent. Ce contraste, justement, m’a amenée à élargir ma vision du monde.
Avec le temps, ce qui paraissait au départ étouffant et écrasant s’est transformé en source de stimulation. On apprend à apprécier cette diversité et à se laisser porter par les nombreuses possibilités qu’offre la ville.
Trouver son équilibre
Au-delà de l’adaptation culturelle, un autre défi s’est rapidement imposé : celui de concilier travail et études. Comme plusieurs étudiant.e.s, j’ai dû apprendre à jongler entre mes responsabilités académiques et professionnelles à La Rotonde.
Trouver un équilibre entre les deux n’a pas été immédiat. Cela demande de l’organisation, de la discipline, et surtout une bonne connaissance de ses propres limites. J’ai appris, parfois de manière difficile, qu’il ne suffit pas simplement de remplir son horaire avec ses tâches : il faut aussi savoir le structurer de manière réfléchie.
Accorder du temps aux études est essentiel, mais il faut également s’autoriser des moments de repos et de loisir. Dans une ville comme Ottawa, ces pauses prennent souvent des formes d’expériences et de découvertes culturelles : expositions, événements, performances, musées, etc. Ces moments dépassent alors le simple loisir — ils contribuent à maintenir un équilibre et à rendre le quotidien plus enrichissant.
Si j’ai participé à des expositions d’art visuel au secondaire, j’ai depuis mis de côté mon sens artistique. Participer à des pièces de théâtre organisées par des étudiant.e.s, par exemple, m’a permis de me reconnecter à l’art. Ces moments de pause deviennent ainsi des rappels que l’art reste présent dans ma vie, malgré une charge de travail importante.
Parfois, ces moments s’intègrent même au travail. viennent s’agencer avec le travail. En tant que cheffe du pupitre Arts et culture, je couvre des événements artistiques et culturels, souvent des initiatives étudiantes, mais parfois aussi à travers la ville. Cela me permet de sortir de ma zone de confort tout en découvrant des lieux et des événements incroyables.
Certains m’ont rappelé à quel point mon identité franco-ontarienne compte. En septembre dernier, j’ai assisté au Cinq-Zéro, un événement artistique qui soulignait les 50 ans du drapeau franco-ontarien. À Hawkesbury, le 25 septembre se célèbre autant au niveau municipal que dans les institutions académiques. Si je n’avais jamais réalisé que cette journée apportait autant d’importance à mon identité parce que ma ville est majoritairement francophone, Ottawa m’a rappelé que le français n’est pas toujours majoritaire. Le Cinq-Zéro m’a rappelé qui je suis.
Redéfinir son monde entre deux réalités
Passer de Hawkesbury à Ottawa, revient à naviguer entre deux réalités qui, à première vue, semblent opposées. D’un côté, une petite ville où tout paraît familier ; de l’autre, une capitale dynamique où tout évolue constamment.
Avec le recul, je réalise que les deux se rejoignent et se complètent. Ma ville natale m’a offert une base, un sentiment d’appartenance et des repères. Ottawa, quant à elle, m’apporte une ouverture, une diversité et une stimulation constante.
Cette première année ne représente pas seulement un changement de décor, mais une véritable transition personnelle. Elle m’a permis de mieux me comprendre, de m’adapter et de redéfinir ma place dans un environnement en constante évolution. Et surtout, elle m’a appris que sortir de son cadre habituel, même lorsque cela paraît inconfortable, constitue souvent une condition pour grandir davantage.
