
Enseignant·e·s immigrant·e·s face à un parcours semé d’obstacles
Crédit visuel : Jürgen Hoth — photojournaliste
Article rédigé par Davy Bambara — Journaliste
La Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa a organisé une conférence intitulée « L’intégration professionnelle de l’enseignant.e issu.e de l’immigration : défis et leviers de réussite » le 17 mars dernier au Pavillon Lamoureux. La compréhension des obstacles rencontrés, les stratégies et les ressources pouvant favoriser une insertion réussie dans le milieu éducatif, entre autres, ont été au cœur de l’échange.
Le but de l’événement est d’ouvrir un espace de dialogue entre étudiant.e.s, professionnel.le.s et chercheur.euse.s. Le témoignage de l’unique conférencier, Mensah Hemedzo, directeur adjoint au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est à Ottawa, a particulièrement marqué l’auditoire. Originaire du Togo et titulaire d’un doctorat en littérature française obtenu en France, il incarne le parcours de nombreux enseignant.e.s immigrant.e.s contraint.e.s de recommencer à zéro.
Lors de son arrivée au Canada, malgré son expérience et ses qualifications, il a dû reprendre des études afin d’intégrer le système éducatif. « Je détiens un doctorat de l’Université de Strasbourg et on ne me reconnaît que 35 crédits », souligne-t-il, déplorant les limites du processus de reconnaissance des diplômes. Au-delà de la reconnaissance académique, l’accès à l’emploi constitue un autre défi majeur.
Le conférencier raconte avoir été écarté à plusieurs reprises, malgré de bonnes évaluations professionnelles, mettant ainsi en évidence des obstacles parfois invisibles, mais bien réels.
Par ailleurs, dans les écoles canadiennes, la diversité culturelle des élèves s’accompagne d’une diversification du corps enseignant. Les enseignants issus de l’immigration apportent des perspectives riches et des expériences variées. Pourtant, leur intégration professionnelle n’est pas la moindre des choses.
Pour Albertine Diane Simo, présidente de l’Association des étudiantes et étudiants à la formation à l’enseignement (AEEFE), cette initiative répond à un besoin concret : « les enseignant.e.s venu.e.s de l’international ont des difficultés sur le terrain afin d’être de bon.ne.s enseignant.e.s »
S’adapter à un nouveau système éducatif
L’intégration ne concerne pas seulement l’aspect professionnel ; elle exige aussi d’importants ajustements personnels. Hemedzo parle des défis rencontrés lors de l’installation, que ce soit la météo ou les réalités familiales.
Entre emplois précaires, reprise des études et gestion quotidienne, le chemin reste complexe. Ces expériences montrent la capacité à faire preuve de résilience pour s’adapter à un nouvel environnement.
Au-delà des obstacles administratifs, les enseignant.e.s immigrant.e.s doivent apprivoiser un système éducatif différent, tant dans leurs pratiques que dans leurs valeurs. La gestion de classe, les attentes pédagogiques et la relation avec les élèves demandent une adaptation.
Mensah Hemedzo insiste sur l’importance de l’approche humaine : « Je ne fais pas de gestion de classe, je tisse des liens avec les élèves ». Cette stratégie, fondée sur la confiance et l’écoute, permet de créer un climat favorable à l’apprentissage. Elle reflète également une évolution des pratiques pédagogiques vers des modèles plus inclusifs et relationnels.
Des leviers de réussite à portée de main
Malgré ces défis, la conférence a permis de dégager plusieurs facteurs clés de réussite. L’ambition et la capacité à se projeter dans l’avenir apparaissent essentielles.
" Le plus important, c’est quand même d’avoir l’ambition […] J’avais un plan en tête. "
— Mensah Hemedzo —
La persévérance constitue également un élément déterminant. Les parcours présentés montrent que l’intégration s’inscrit dans un processus progressif, nécessitant patience et détermination.
Par ailleurs, le rôle du réseau professionnel demeure également central. Les stages, les collaborations et les relations avec les collègues facilitent l’accès à des opportunités et l’intégration dans le milieu scolaire.
En effet, la capacité à demander de l’aide s’avère fortement encouragée. « Quand tu as besoin d’aide, tu demandes de l’aide […] ce n’est pas parce que tu as des défis que tu n’es pas bon », rappelle Mensah Hemedzo.
Pour Simo, le message se veut avant tout mobilisateur : « la route est longue, la route est périlleuse […] mais il faut être engagé.e, déterminé.e ».
