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Arts et culture

Entre diversité et stéréotypes : le quotidien des étudiant.e.s à l’U d’O

Crédit visuel : Courtoisie — Maison internationale

Article rédigé par Lê Vu Hai Huong — Journaliste

Avec ses milliers d’étudiant.e.s originaires des quatre coins du monde, l’Université d’Ottawa (U d’O) se présente souvent comme un lieu de diversité. Dans la foulée de la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, le 21 mars, une question se pose : comment cette diversité se vit-elle réellement sur le campus ?

Pour Massika Djarmouni, coordinatrice de la Maison internationale et étudiante originaire d’Algérie, cette richesse culturelle constitue l’une des grandes forces de l’établissement. Selon elle, ce qui rend le campus unique est la possibilité d’y rencontrer « des douzaines ou des milliers de nationalités et de cultures ».

Quand les clichés persistent

Selon Djarmouni, ces dynamiques sociales demeurent largement façonnées par des stéréotypes. « La plupart des stéréotypes proviennent d’un manque d’exposition aux étudiant.e.s internationaux.les », affirme-t-elle.

Nathalie Mondain, professeure à l’École d’études sociologiques et anthropologiques, soutient que les stéréotypes ne prennent pas toujours la forme d’attaques directes. Ils peuvent se manifester dans des gestes ou des remarques anodines, mais répétées. Elle parle alors de clichés « plus subtils, plus insidieux ». 

D’après l’experte, une question apparemment banale comme « est-ce que tu survis à l’hiver ? » peut refléter l’idée implicite qu’un.e étudiant.e des Caraïbes, par exemple, serait forcément incapable de s’adapter au climat canadien. À son avis, ces remarques, même lorsqu’elles ne sont pas malveillantes, rappellent constamment à l’étudiant.e son statut d’étranger.e.

Pour Djarmouni, l’une des manières les plus simples de briser ces barrières reste la rencontre humaine. Elle remarque que lorsque les étudiant.e.s partagent de la nourriture, des traditions ou des récits personnels, cela « humanise le concept » de l’« autre » et fait disparaître de nombreuses suppositions. Elle souligne toutefois que les étudiant.e.s internationaux.les arrivent eux.elles aussi avec leurs propres stéréotypes ou idées préconçues sur les Canadien.ne.s, qui évoluent souvent une fois confronté.e.s à la réalité du campus.

De la diversité à l’inclusion 

Au-delà des perceptions culturelles, la vie étudiante comporte aussi des défis concrets. « L’isolement est un piège », avance Djarmouni. Elle recommande plutôt de « construire un réseau dès le premier jour ».

crédit visuel : Maison internationale

Si l’on considère que les étudiant.e.s internationaux.les doivent disposer de beaucoup d’argent pour étudier, les difficultés financières peuvent accentuer ce sentiment d’isolement. Djarmouni raconte avoir occupé elle-même jusqu’à six emplois simultanément sur le campus, pour financer ses études sans soutien familial.

Elle rappelle, en ce sens, que les étudiant.e.s international.e.s peuvent travailler des « heures illimitées sur le campus », une règle essentielle pour leur indépendance financière, mais souvent méconnue. En effet, d’après elle, des étudiant.e.s internationaux.les pensent généralement qu’iels ne peuvent travailler que 24 heures par semaine, mais cette restriction s’applique uniquement aux emplois hors campus.

 

La coordinatrice de la Maison internationale encourage également les étudiant.e.s à éviter les emplois précaires, comme certains postes en centre d’appels aux conditions difficiles, afin de ne pas renforcer le stéréotype selon lequel les étudiant.e.s internationaux.les seraient en situation de précarité financière.

Sur le site de l’U d’O, Awad Ibrahim, vice-provost, équité, diversité et excellence en matière d’inclusion affirme que « le travail de lutte contre le racisme consiste à nous donner les moyens de nous situer dans le temps et l’espace, mais aussi de remettre en question ce positionnement… ».

Du côté institutionnel, Mondain souligne plusieurs défis structurels. À ses yeux, les réalités des étudiant.e.s racisé.e.s restent parfois mal comprises par les instances universitaires, notamment lors de tables rondes auxquelles elle a assisté, regroupant des étudiant.e.s africain.e.s et caribéen.ne.s. Elle évoque également un manque de formation du personnel de l’administration face aux enjeux liés à la diversité.

Pour améliorer la situation, la professeure estime qu’il est essentiel de dépasser les approches symboliques. Elle ne croit pas que des webinaires sur la diversité suffisent à résoudre les problèmes de fond. Elle préconise plutôt la mise en place d’occasions de dialogue entre les étudiant.e.s, les professeur.e.s et l’administration. Elle souligne également que l’université parle souvent de « décolonisation », mais que ce concept manque encore d’applications concrètes dans la pratique.

La diversité, mais séparée

Malgré cette diversité apparente, Mondain, professeure depuis 2007, observe une réalité plus nuancée. Elle constate sur le campus une « réelle augmentation de la ségrégation », parfois visible jusque dans les salles de classe. 

Dans certains cours de la Faculté des sciences sociales, explique-t-elle, les groupes sont composés « presque exclusivement par des étudiants et des étudiantes racisées ». Elle croit que, dans ce contexte, certaines classes deviennent progressivement des espaces perçus comme des refuges pour les minorités.

L’experte observe aussi une ségrégation qu’elle qualifie de « visuelle » dans certains espaces de convivialité du campus, où les groupes se forment souvent selon des affinités culturelles, parfois renforcées par des stéréotypes ou des perceptions préconçues. Ce phénomène peut être lié, selon elle, au besoin de créer des « espaces sécuritaires » où les étudiant.e.s se sentent compris.es.

Au final, les deux intervenantes s’accordent sur un point : la diversité de l’Université d’Ottawa constitue une richesse réelle, mais elle demande un travail constant pour se traduire en véritable inclusion.

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