
Entrevue avec Samuel Streicher : vers des soins plus inclusifs pour les patient.e.s 2SLGBTQIA+
Crédit visuel : Courtoisie
Entrevue réalisée par Sandra Uhlrich — Journaliste
Alors que la formation médicale aborde encore trop peu les enjeux spécifiques à la communauté 2SLGBTQIA+, Samuel Streicher et Sami Sabbah, deux étudiants en médecine ont décidé d’organiser un « bootcamp » axé sur la santé queer pour adresser ce manque. Cette initiative, qui aura lieu le 22 avril, veut donner des outils concrets pour des soins plus sécuritaires et empathiques à la relève médicale.
La Rotonde (LR) : Quelles sont les grandes lignes de cette initiative?
Samuel Streicher (SS) : Avec Sami, nous organisons un camp d’entrainement de santé queer, centré autour de différents panels. Il y aura des physicien.ne.s, des infirmier.e.s, des paramédics, des chercheurs, des travailleurs sociaux, et personnes queer qui ont vécu des soins ou juste qui ont navigué le système de santé en général.
Avec ces panels, nous cherchons à réunir de multitudes d’expériences pour offrir des connaissances aux étudiant.e.s en médecine, ainsi que des conseils sur comment offrir un soin sécuritaire, informatif et inclusif pour les patient.e.s 2SLGBTQIA+. C’est quelque chose qui, selon mon expérience, manque dans la formation des étudiant.e.s. Même si nous en parlons, ça reste assez uniforme, assez superficiel. Cet événement se veut surtout axé autour de la discussion, de l’échange. Des performances de drag viendront compléter le programme de la soirée.
LR : Qu’est-ce qui a inspiré cette initiative?
SS : C’est Sami qui a initié l’activité. Il est entré en contact avec l’Association Canadiens et Queers Médicaux (ACÉQM) parce qu’il avait entendu qu’une autre école de médecine avait organisé un événement similaire. Étant représentant de l’U d’O pour l’ACÉQM, je suis entré en contact avec lui, et on s’est attelés à l’organisation de l’événement.
Ce qui nous a tous les deux motivés, c’est l’importance d’une formation sur comment offrir un soin sécuritaire, empathique et sensible à la communauté queer. C’est une population spécifique qui nécessite une formation adaptée, ce qui n’est pas toujours le cas. Ça ne paraît pas forcément évident, mais il est nécessaire de s’exercer aux différentes réalités de la communauté pour que, lorsque vous serez professionnel.les, vous puissiez approcher les patient.e.s avec connaissance et avec un cadre qui les rende confortables, surtout lorsqu’il.elle.s sont en état de vulnérabilité.
Pour donner un exemple, si un.e médecin rencontrait une personne trans ou une personne queer, il ou elle pourrait effectuer certains éléments d’un examen physique ou poser certaines questions qui sont insensibles ou inappropriées. En fait, nous ne sommes jamais évalué.e.s, du moins à ma connaissance, sur la façon de mener une anamnèse qui serait adaptée à une personne queer : s’assurer de demander les pronoms, s’assurer que les tests demandés sont appropriés pour l’anatomie, pour le profil hormonal, pour les médicaments que la personne prend, etc. Il y a des façons d’aborder cela qui peuvent être enseignées et évaluées. Pourtant, ce n’est pas le cas.
Si nous demandions aux étudiant.e.s en médecine « Si votre patient.e était trans, disons un homme trans, vous sentiriez-vous à l’aise de lui poser toutes les questions nécessaires (dernier examen médical de routine, pratiques en matière de santé sexuelle, parcours de genre, etc.)? » Ou vous sentiriez-vous plutôt hésitant.e, et avez-vous l’impression que votre formation a contribué à cette hésitation? Pour ma part, je dirais certainement que j’hésiterais.
Et après en avoir discuté avec Sami, nous sommes d’accord sur le fait que, pour surmonter cette hésitation, nous nous appuierons sur l’expérience personnelle plutôt que sur ce qui a été enseigné. Donc, nous avions réellement conscience de ce manque dans notre formation universitaire, et nous souhaitions l’adresser, notamment par cet événement.
LR : Comment l’événement souhaite combler ce manque dans la formation? Quels seront les thèmes abordés?
SS : C’est avant tout un événement construit autour de la discussion. Cette discussion est menée par des personnes qui ont une véritable expérience, une histoire qu’elles souhaitent partager, plutôt que par de simples diapositives. Je pense que c’est particulièrement significatif lorsque le récit vient directement de celles et ceux qui l’ont vécu. Il y aura aussi une diversité de perspectives, venant de médecins, professionnel.le.s de santé et des patient.e.s aussi.
On veut mettre de l’avant que ce sujet n’est pas seulement un sujet négatif, c’est aussi un sujet de succès. En effet, un des thèmes sera ce que nous faisons déjà de bien et ce que nous pouvons continuer à bien faire. Et, de l’autre, ce que nous pouvons améliorer. Il y aura aussi des performances de drag, pour mettre de l’avant des dimensions de la commuanuté queer qui ne sont pas toujours évoquée dans un environnement académique, mais qui pourtant la rend vibrante. Et en bonus, la nourriture sera servie par Chipotle.
LR : Comment l’annonce de cette initiative a été reçue dans la communauté?
SS : Très bien! Nous avons reçu l’appui de plusieurs partenaires communautaires, notamment le Rainbow PFAC de l’hôpital d’Ottawa. Ils nous ont aidé à trouver plusieurs panélistes. La faculté nous a également aidé à publiciser l’activité, et à coordonner la location de locaux adaptés sur campus.
Nous avons aussi eu d’autres groupes d’étudiant.e.s en médecine et organisations qui ont été de merveilleux soutiens aussi. La Fédération des étudiant.e.s en médecine canadienne, le Medical Diversity Awareness Group, ainsi que l’Association Aesculapian, qui est le conseil d’études pour les étudiant.e.s en médecine.
C’est vraiment un événement ouvert à tou.te.s, et j’espère que les personnes qui sont peut-être moins connectées à la communauté, mais qui veulent entendre ce que cet événement a à dire, viendront !
