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Arts et culture

Faire vivre la francophonie : un patrimoine en mouvement

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique

Article rédigé par Bianca Raymond Cheffe du pupitre Arts et culture

Dans un contexte où l’anglais occupe une place dominante au Canada, le patrimoine culturel francophone continue de se redéfinir. Entre mémoire, identité et transmission, il demeure un élément essentiel pour les communautés qui le font vivre au quotidien.

Un patrimoine vivant

Souvent associé au passé, le patrimoine culturel est loin d’être figé dans le temps. Il évolue, se transforme et s’adapte aux réalités contemporaines. Pour Mawy Bouchard, directrice au département de français à l’Université d’Ottawa (U d’O), cette réalité est essentielle à sa compréhension. Le patrimoine, explique-t-elle, ne se limite pas à ce qui est hérité, mais inclut aussi ce qui demeure pertinent aujourd’hui et ce que l’on choisit de transmettre.

Pour Bouchard, la francophonie ne se limite pas à une simple mémoire collective : elle devient un espace vivant, façonné par les pratiques culturelles, les traditions et les interactions quotidiennes. En Ontario, le français se vit en milieu minoritaire, dominé par l’anglais. Cette réalité prend alors une importance particulière. La langue et la culture deviennent ainsi des vecteurs d’identité, tout en participant également à l’enrichissement de la diversité culturelle de la province.

Transmettre plus qu’une langue

Si le patrimoine francophone perdure, c’est en grande partie grâce à sa transmission. Celle-ci passe certes par les institutions – universités, bibliothèques, événements culturels – mais aussi par des gestes simples et répétés.

À l’Université d’Ottawa (U d’O), la francophonie se vit à travers plusieurs initiatives : concours de création littéraire, activités culturelles ou encore projets étudiants. Bouchard évoque également un nouvel événement qui s’est ajouté à cette liste, soit le concours de débat en français – La Haye 2026

Ce concours international réunit une équipe de trois étudiant.e.s provenant de différents départements, montrant que la francophonie n’est pas propre au département de français en soi, mais qu’elle renvoie  à une culture qui rassemble tout un campus. Ces espaces permettent donc non seulement de préserver la langue, mais aussi de la faire évoluer en la mettant en dialogue avec d’autres cultures.

De son côté, la directrice adjointe de l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB), Catherine Buchanan, insiste sur le caractère personnel de ce patrimoine. Elle précise que la langue et la culture sont indissociables ; sans un lien affectif avec la langue, la transmission devient difficile. « Si on n’aime pas la langue et sa culture, on ne va pas apprendre », affirme-t-elle. Ce patrimoine dépasse alors le cadre individuel pour toucher l’ensemble de la communauté francophone.

Elle explique que la transmission ne repose pas uniquement sur les institutions. Elle s’incarne aussi dans des gestes simples du quotidien : parler français, participer à des activités culturelles ou encore s’impliquer dans sa communauté.

Une responsabilité partagée

Les universités, les bibliothèques et les événements culturels jouent également un rôle central dans la préservation de ce patrimoine. En tant que lieux de savoir et de rencontre, ils permettent de transmettre des connaissances, mais aussi de créer des espaces d’échange et de réflexion.

Cependant, ces initiatives reposent souvent sur des ressources limitées et sur l’engagement de personnes investies. Dans ce contexte, la vitalité de la francophonie dépend largement de la participation de la communauté elle-même.

Au-delà des structures institutionnelles, ce sont les individus qui assurent la continuité du patrimoine. En créant, en partageant et en valorisant la culture francophone, ils contribuent à son évolution et à sa pérennité.

Transmettre autrement

Aujourd’hui, transmettre le patrimoine culturel francophone passe aussi par de nouvelles formes. Les médias numériques, comme les balados, les vidéos ou les réseaux sociaux, offrent des moyens accessibles et actuels de faire vivre la langue et la culture, indique Bouchard.

Ces formats permettent de rejoindre un public plus large, notamment les jeunes, tout en renouvelant les façons de raconter et de partager les expériences francophones. Dans cette perspective, le patrimoine ne se limite plus aux livres ou aux archives : il circule, se transforme et s’adapte aux outils contemporains. « Il faut que la francophonie se réinvente, qu’elle soit le reflet de l’actualité, des réalités », explique la directrice.

Le franglais : menace ou reflet d’une réalité?

En Ontario, la question du franglais s’inscrit également dans cette dynamique. Mélange de français et d’anglais, il est parfois perçu comme une menace pour la langue française, mais peut aussi être compris comme le reflet d’un contexte bilingue.

Dans une province où les deux langues cohabitent, cette hybridité linguistique témoigne d’une réalité quotidienne, explique Bouchard. Plutôt que de marquer un déclin, elle peut révéler une adaptation, une façon pour les francophones de naviguer entre différentes identités culturelles.

« Donc, il faut en parler, et pas toujours dans une perspective où l’on met de l’avant les faiblesses, les risques, les dangers ou la disparition, mais peut-être pour faire apparaître, au contraire, sa vivacité, son potentiel de transformation et d'enrichissement. »

— Mawy Bouchard —

Cela dit, cela reste un équilibre fragile. Comme le souligne Buchanan, la place du français doit être continuellement défendue, notamment dans l’espace public, où il reste parfois moins visible.