
Fin mars: Yves Pelletier dresse un bilan sur la francophonie à l’Université d’Ottawa
Crédit visuel : Courtoisie
Article rédigé par Michelet Joseph — Chef du pupitre Actualités
La célébration du mois de la francophonie, au mois de mars, prend une importance particulière à l’Université d’Ottawa (U d’O). En 2020, l’U d’O a créé le poste de vice-recteur adjoint à la francophonie, occupé par Yves Pelletier depuis mars 2021. Si plusieurs mesures ont été mises en place sur les plans administratif et institutionnel, un écart persiste toutefois avec la réalité étudiante, notamment en ce qui concerne l’harmonie du bilinguisme sur le campus.
Cinq ans après son entrée en fonction, le vice-recteur associé à la francophonie se présente comme un catalyseur de changement. Pour lui, la francophonie est au cœur de chaque démarche que mène l’université. Pelletier souligne un tournant dans l’orientation institutionnelle, où le français s’intègre désormais dans toutes les décisions stratégiques.
Données sur la francophonie
Le vice-recteur a rencontré la communauté universitaire dès son arrivée. Il a voulu connaître la perspective des étudiant.e.s et des professeur.e.s. Il a consulté « plus de 400 personnes » en pleine pandémie. Le constat était préoccupant :
" C’est impossible pour un.e étudiant.e de compléter sa scolarité en français. "
-Yves Pelletier-
Un constat largement partagé, mais difficile à quantifier faute de données précises. « On ne peut pas répondre à des perceptions par d’autres perceptions », estime Pelletier. L’Université a donc développé une méthodologie pour analyser l’offre réelle de cours. Cette analyse a permis de conclure que 93 % de ces cours permettraient de compléter un parcours entièrement en français, dans les délais prescrits .
Il précise que des améliorations ont été apportées, notamment en ce qui concerne la correction de petites erreurs administratives, comme des cours déplacés ou des postes d’enseignement non pourvus.
Selon le vice-recteur, ce travail s’inscrit dans le cadre d’une réforme globale, qui inclut la modernisation du règlement sur le bilinguisme, lequel n’avait pas été révisé depuis 1974. La vision du bilinguisme y est désormais « enchâssée », et les responsabilités y sont clarifiées. « Tous ceux et celles qui offrent des services doivent avoir un niveau de bilinguisme plus élevé », soutient-il. L’établissement a également introduit une nouvelle obligation : « faire valoir les savoirs scientifiques en français », une priorité dans un milieu universitaire largement anglophone.
Pour accompagner ces transformations, des mesures spécifiques ont été mises en place. L’Université a créé des capsules éducatives sur les droits linguistiques, visionnées par 140 000 étudiant.e.s sur Instagram.
Désormais, les employé.e.s doivent suivre une formation spécifique, puisqu’il est impossible de s’enregistrer sans avoir complété une formation sur la francophonie et le bilinguisme insiste Pelletier. Une mesure qui, selon le vice-recteur, n’avait jamais été prise auparavant.
Accès difficiles aux cours et services
Bien que des progrès aient été réalisés, l’accès réel aux études en français demeure une préoccupation majeure. Pelletier avoue qu’ils se heurtent à des contraintes organisationnelles, notamment la gestion de la répartition de plus de 4 000 sections de cours offertes, tout en évitant les conflits d’horaire.
Il reconnaît que certain.e.s étudiant.e.s peuvent faire face à des incompatibilités, mais il suggère de s’adresser au département pour trouver des équivalences en respectant la procédure.
Pour Ève Tremblay, commissaire aux affaires francophones, cette réalité reste bien concrète. Elle explique que son programme est censé être offert en français, mais qu’elle n’a pas pu suivre certains cours dans cette langue en raison des contraintes du régime coop.
Tremblay insiste ainsi sur la nécessité d’un alignement entre promesse et réalité : « quand on dit qu’un programme est en français […] il faut que cela corresponde à la réalité une fois sur le campus ». Au-delà des cours, l’accès aux services en français demeure inégal. Cette situation contraste avec l’image d’une université bilingue.
"Des fois, j’ai des plaintes d’étudiant.e.s qui ne sont pas capables d’avoir certains services en français "
-Ève Tremblay-
Cependant, la francophonie ne se limite pas aux défis : elle constitue également quelque chose de très rassembleur , déclare Tremblay. Elle se manifeste notamment à travers des événements comme le 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien, l’Espresso ou encore la soirée des arts francophones. Des événements qui réunissent toutes les communautés dont le point commun est la francophonie , souligne-t-elle.
Le vice-recteur reconnaît par ailleurs qu’il existe un manque de ressources en français dans plusieurs disciplines. Les matériaux sont majoritairement en anglais. Pour combler cet écart, l’université exige que les contenus soient expliqués en classe. Toutefois, il précise que le contenu ne peut pas faire l’objet d’un examen, s’il n’a pas été enseigné. Cette mesure qui vise à protéger les étudiant.e.s, met en lumière les limites de la recherche en français.
Ambition nationale
Le vice-recteur ne limite pas son action à l’université d’Ottawa. Il revendique un rôle central dans le développement de la francophonie en contexte minoritaire à l’échelle nationale. Selon lui, l’université d’Ottawa joue un rôle national en soutenant la relance de l’université de Sudbury, en proposant des cours en français aux étudiant.e.s de Windsor et en développant des partenariats en Saskatchewan. Sans cet appui, l’accès à l’éducation en français ne serait pas une réalité.
Cette ambition rencontre des défis d’attractivité, notamment auprès des étudiant.e.s international.e.s. Tremblay déplore le fait que toutes les bourses de francophonie sont de moins en moins généreuses . Autrefois, elles plaçaient presque les étudiant.e.s international.e.s au même niveau que les étudiant.e.s Canadien.ne.s, mais aujourd’hui, soupire Tremblay, c’est vraiment un défi surtout dans ce contexte où les études coûtent cher. Elle craint que ces réductions puissent freiner l’engagement francophone.
La commissaire aux affaires francophones estime que de nombreux·ses étudiant·e·s ignorent encore les ressources disponibles, malgré l’existence des outils.
