
La commissaire aux langues officielles préoccupée par le déclin du français
Crédit visuel : Courtoisie
Entrevue rédigée par Michelet Joseph — Chef du pupitre Actualités
Avec un mandat de sept ans, Kelly Burke commissaire aux langues officielles du Canada, arrive en poste dans un contexte marqué par plusieurs enjeux linguistiques, dont la modernisation de la Loi sur les lois officielles, le projet de loi C-13, le déclin du français et, surtout, la situation des minorités francophones hors Québec et anglophones au Québec, entre autres. Lors d’une entrevue exclusive avec La Rotonde, elle revient sur son rôle, ses priorités et ses inquiétudes face au déclin du français au Canada.
La Rotonde (LR) : Comment définissez-vous votre rôle aujourd’hui, dans un contexte où les attentes envers le Commissariat dépassent la simple surveillance pour inclure un leadership actif en matière de promotion des langues officielles ?
Kelly Burke (KB) : Merci pour cette question. Ma façon d’aborder ce rôle repose d’abord sur la Loi sur les langues officielles, qui encadre précisément mes responsabilités. Comme commissaire, je joue un rôle particulier de surveillance de l’application de la loi. Je veille à ce que les institutions fédérales, ainsi que certaines entreprises privées dans des cas précis, respectent les droits linguistiques qui y sont prescrits.
Au-delà de cette fonction, j’ai aussi la responsabilité de promouvoir le français et le bilinguisme partout au pays, ainsi que de protéger nos langues officielles, en portant une attention particulière au français. Je contribue également à renforcer la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire, en m’assurant que la loi est bien appliquée et que les institutions respectent leurs obligations.
LR : Quels leviers concrets comptez-vous activer pour améliorer l’accès réel, non seulement théorique, aux services en français pour les communautés francophones en situation minoritaire ?
KB : Je suis en poste depuis un peu plus d’une semaine, mais certaines priorités sont déjà claires. Je souhaite renforcer les engagements liés à la partie VII de la Loi sur les langues officielles. Cette partie porte sur la protection et l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Elle repose sur trois éléments clés : d’abord, le développement des communautés, ce qui inclut l’immigration francophone ; ensuite, la protection et la promotion du français ; et enfin, l’apprentissage des langues officielles tout au long de la vie.
Ces priorités sont directement liées à l’accès aux services. Mon rôle consiste à m’assurer que la loi est bien administrée et que la surveillance exercée contribue concrètement à améliorer la qualité des services offerts aux communautés francophones, notamment au niveau fédéral.
LR : Les institutions fédérales font encore face à des critiques récurrentes concernant le non-respect de leurs obligations linguistiques, souvent en raison d’un manque de mécanismes contraignants ou de reddition de comptes efficace. Comment comptez-vous y remédier ?
KB : La loi me confère désormais des pouvoirs plus efficaces que par le passé pour assurer la conformité. Ces nouveaux outils me permettent de mieux orienter les institutions vers des solutions concrètes.
La question de la reddition de comptes est essentielle. Il est important que les institutions fédérales ne se contentent pas de présenter des activités ou des initiatives, mais qu’elles démontrent aussi des résultats concrets. J’entends insister sur cet aspect. Les organisations doivent être en mesure de prouver l’impact de leurs actions en matière de respect des obligations linguistiques.
LR : Dans quelle mesure votre plan d’action tient-il compte du déclin du poids démographique du français, et quelles mesures proposez-vous pour soutenir durablement la vitalité des communautés francophones ?
KB : Selon le recensement de 2021, on observe un déclin du poids démographique du français partout au pays, y compris au Québec. Bien que le nombre de locuteurs francophones ait augmenté, leur proportion diminue par rapport à celle des anglophones.
C’est une situation préoccupante. Pour y répondre, je compte utiliser les outils de surveillance dont je dispose afin de garantir des services gouvernementaux de haute qualité. Cela est essentiel pour permettre aux francophones de vivre et de s’épanouir en français partout au pays.
Il est aussi fondamental que la loi soit appliquée de manière à protéger et à renforcer les deux langues officielles. Toutefois, étant donné le déclin du français, cette réalité doit être prise au sérieux par tous les ordres de gouvernement. Je souhaite d’ailleurs collaborer étroitement avec eux pour assurer la protection du français.
LR : Quelles seront vos trois priorités immédiates en début de mandat, notamment face à des enjeux comme l’immigration francophone et la numérisation des services publics ?
KB : Ma première priorité est d’aller à la rencontre des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Je prévois une tournée d’écoute afin de mieux comprendre leurs réalités et d’identifier des pistes de collaboration avec le Commissariat.
Ensuite, je souhaite faire progresser la mise en œuvre des engagements de la partie VII de la loi, notamment en veillant à ce que le règlement connexe soit concrétisé.
Enfin, ma troisième priorité est d’améliorer la conformité globale des institutions fédérales et de m’attaquer aux problèmes systémiques qui nuisent au respect des obligations linguistiques.
