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Arts et culture

La curiosité comme point de départ de la création

Crédit visuel : Courtoisie

Entrevue réalisée par Rida Ighirane – Journaliste

Écrivaine en résidence à l’Université d’Ottawa (U d’O), Mishka Lavigne partage son expérience du milieu littéraire et accompagne les étudiant.e.s dans leurs projets de création. Avec La Rotonde, elle revient sur son parcours, son rôle auprès de la relève et insiste sur le fait que la créativité passe avant tout par la curiosité.

La Rotonde (LR) : Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours en littérature ?

Mishka Lavigne (ML) : Je suis autrice dramatique, traductrice littéraire et scénariste. Je fais aussi de l’accompagnement dramaturgique auprès de personnes qui écrivent du théâtre. J’ai étudié au département de théâtre de l’U d’O, d’abord en jeu, puis j’ai poursuivi avec une maîtrise en création littéraire au département de lettres françaises, où j’ai travaillé sur l’adaptation d’un roman pour la scène.

Je travaille dans le milieu du théâtre professionnel depuis environ 18 ans, principalement comme autrice aujourd’hui. J’ai écrit plusieurs pièces, dont Havre et Copeaux. J’ai remporté à deux reprises le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie théâtre (français), pour Havre en 2019 et Copeaux en 2021.

Je travaille aussi en traduction littéraire et j’écris en anglais. Récemment, j’ai publié une traduction du roman A Minor Chorus de Billy-Ray Belcourt et une nouvelle traduction sort ces jours-ci.

LR : Comment se sont déroulés vos débuts dans le milieu littéraire, notamment entre l’écriture et la publication ?

ML : En théâtre, au Canada, les textes sont généralement publiés seulement lorsqu’ils sont montés sur scène. La priorité reste la production, pas la publication. Tous les textes ne sont donc pas publiés, même s’ils ont été joués.

Mon premier texte publié, Cinéma, est sorti en 2016, après sa création en 2015. Cela a marqué un tournant dans mon parcours, parce que cela m’a permis d’entrer davantage dans le milieu littéraire, notamment à travers les salons du livre.

Les auteur.rice.s de théâtre n’ont pas toujours le même public que les romancier.ère.s pour leurs œuvres publiées, mais cela m’a tout de même ouvert plusieurs portes. Aujourd’hui, je suis aussi impliquée en édition, notamment en dirigeant deux collections aux éditions L’Interligne.

LR : Comment en êtes-vous venue à occuper le rôle d’écrivaine en résidence à l’U d’O ?

ML : Il s’agit d’un mélange d’initiative personnelle et de bouche-à-oreille. Ce type de poste n’est pas affiché publiquement. J’ai été encouragée par des personnes du département de français, et j’ai aussi soumis une lettre d’intention.

Je suis basée à Ottawa, donc je me rends sur le campus une à deux journées par semaine. Cela me permet d’avoir un contact direct et régulier avec les étudiant.e.s, ce qui n’était pas toujours le cas auparavant.

LR : Concrètement, en quoi consiste votre rôle d’écrivaine en résidence ?

ML : Il s’agit d’un rôle hybride. Il y a une dimension académique, avec deux cours à ma charge, mais aussi une dimension d’accompagnement.

Je rencontre des étudiant.e.s, j’organise des activités et je travaille avec des personnes en création, notamment aux cycles supérieurs. On discute de leurs projets, on lit des extraits, on échange sur leur démarche.

J’ai aussi animé un club de lecture ouvert à différents profils. L’objectif consiste à créer des espaces de discussion autour de la création, parfois en dehors du cadre plus théorique.

LR : Quel est le profil des étudiant.e.s que vous accompagnez ?

ML : Aux cycles supérieurs, ce sont souvent des personnes qui souhaitent écrire de manière plus sérieuse, avec des projets concrets. Il arrive que leurs travaux universitaires deviennent ensuite des œuvres publiées.

Au premier cycle, le profil varie davantage. Certain.e.s viennent du département de français ou de théâtre, mais d’autres arrivent d’autres disciplines, comme l’histoire ou la communication, et veulent explorer leur créativité.

LR : Quelles sont les principales préoccupations que vous observez chez ces étudiant.e.s ?

ML : Plusieurs aimeraient qu’il y ait davantage de place pour la création dans leur parcours universitaire, plus de séminaires, plus de contacts avec des professionnel.le.s du milieu.

Le rôle d’écrivaine en résidence permet déjà de créer un lien direct avec la pratique, mais il y a clairement un besoin d’aller encore plus loin.

LR : Quels conseils donneriez-vous à des étudiant.e.s qui souhaitent se lancer en écriture ?

ML : Le principal conseil, c’est d’être profondément curieux·se. Il faut s’intéresser à tout, lire, voir des films, aller au théâtre, visiter des expositions, observer le monde autour de soi.

L’art ne se crée pas dans un vide. Il s’inscrit dans le monde dans lequel il naît. Pour créer, il faut s’en nourrir.

Je pense aussi qu’il demeure essentiel de consommer différentes formes d’art. Il existe beaucoup de façons d’y accéder, souvent à faible coût ou gratuitement. Les bibliothèques, par exemple, offrent énormément de ressources. Comprendre comment les histoires sont racontées permet de mieux écrire à son tour.

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