
La guerre au Moyen-Orient résonne jusqu’au campus de l’Université d’Ottawa
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Article rédigé par Rida Ighirane — Journaliste (Stagiaire)
Les tensions au Moyen-Orient continuent de préoccuper la communauté internationale. Les récents affrontements entre l’Iran, Israël et leurs alliés ont ravivé les inquiétudes quant à une escalade régionale. Au Canada, les prix de l’énergie ont augmenté et les diasporas s’inquiètent. Sur le campus de l’Université d’Ottawa (U d’O), ces événements résonnent auprès des étudiant.e.s dont les familles sont touchées par le conflit.
Pour mieux comprendre les enjeux et les conséquences internationales de cette situation, Boussad Berrichi, professeur à temps partiel à l’École d’études politiques et à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa (U d’O), met en évidence le lien étroit entre les tensions dans la région, les ressources énergétiques et l’économie mondiale.
« Une grande partie des enjeux dans cette région tourne autour de l’énergie », précise-t-il, en rappelant notamment l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part importante des hydrocarbures mondiaux.
Selon ses propos, toute déstabilisation dans cette région peut provoquer des répercussions économiques à l’échelle mondiale en un rien de temps. En effet, « Quand environ 20 % des hydrocarbures mondiaux passent par ce détroit, toute perturbation peut avoir un impact sur l’économie mondiale », précise-t-il.
Par conséquent, il est logique de conclure que ces tensions peuvent entraîner une hausse des prix du pétrole et de l’énergie, avec des effets indirects sur l’inflation et le coût de la vie dans de nombreux pays, y compris le Canada.
Sur le plan diplomatique, les États doivent également adopter des positions nuancées. Berrichi évoque une « ambiguïté stratégique » dans les discours politiques : les gouvernements tentent de concilier leurs alliances internationales avec leurs propres intérêts nationaux.
Au-delà des enjeux économiques et politiques, ces conflits géopolitiques ont également des conséquences sociales au Canada. Selon le professeur, il est crucial de distinguer les gouvernements impliqués dans ces conflits des populations qu’ils représentent. « Il faut faire la différence entre les gouvernements et les sociétés civiles », souligne-t-il.
Les périodes de tension internationale peuvent, selon lui, exacerber les préjugés et entraîner la stigmatisation de certaines communautés.
Dans ce contexte, les universités ont un rôle crucial à jouer en encourageant le débat et l’examen attentif de ces questions. « Les campus doivent rester des lieux de dialogue et de réflexion », souligne-t-il, en insistant sur l’importance d’encourager des discussions informées plutôt que des débats polarisés.
Perspective étudiante
En effet, pour certain.e.s étudiant.e.s, les répercussions du conflit se vivent malheureusement de manière très concrète. L’« Iranian Student Association of the University of Ottawa » indique que plusieurs étudiant.e.s iranien.ne.s connaissent actuellement une forte inquiétude en raison de la situation dans leur pays.
« Depuis plus de deux semaines, l’accès à Internet en Iran est fortement restreint et plusieurs d’entre nous n’ont pas pu communiquer avec leurs familles », rapporte l’association dans un message transmis à La Rotonde. Cette impossibilité de joindre leurs proches génère une anxiété importante pour ces étudiant.e.s.
Sur le campus, l’atmosphère au sein de la communauté étudiante iranienne serait également influencée. Plusieurs suivent de près les derniers développements de l’actualité, tout en éprouvant de l’inquiétude pour leurs familles. L’organisation appelle également les universités à faire preuve de compréhension envers les étudiant.e.s et étudiantes touchés par ces circonstances, en envisageant des ajustements temporaires, tels que des délais académiques prolongés ou une plus grande souplesse dans certaines procédures administratives.
Ainsi, les conflits géopolitiques en cours, les conséquences économiques et les préoccupations ressenties par certain.e.s étudiant.e.s montrent une fois de plus que des crises, comme ce nouveau conflit au Moyen-Orient, peuvent avoir des répercussions à des milliers de kilomètres, jusque dans les universités canadiennes, comme c’est le cas ici.
