
La Saint-Valentin autrement : l’art au service de l’amour
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Article rédigé par Lê Vu Hai Huong — Journaliste
Le 14 février, journée de la Saint-Valentin, se situe aujourd’hui à la croisée de la tradition romantique et de la pression commerciale. Derrière les vitrines débordant de fleurs et de chocolats, cette célébration peut toutefois devenir un moment d’authenticité, de créativité et d’expression des multiples formes d’amour.
De l’amour ou de la pression commerciale ?
Marie-Ève Bégin-Galarneau, professeure en psychologie à l’Université d’Ottawa (U d’O), rappelle que la Saint-Valentin puise ses racines dans l’histoire du prêtre Valentin au IIIe siècle. Avec le temps, la fête a glissé vers une dimension largement symbolique et économique. Selon elle, le marketing moderne a transformé cette journée en un levier de consommation dont le but principal consiste à vendre des fleurs et des chocolats.
Delight Jerry-Nnajiofor, vice-présidente de collectes de fonds du club uOCrochet, observe que « beaucoup de gens sont très matérialistes et associent l’amour à l’argent, alors qu’un travail manuel pourrait représenter le véritable effort personnel ». Aileen Jun, vice-présidente des communications du club, ajoute pour sa part que la créativité permet d’offrir des cadeaux qui viennent de l’esprit, plutôt que de simples produits génériques.
Bégin-Galarneau note que la multiplication des fêtes commerciales, de Noël à la Saint-Valentin, encourage les gens à dépenser de manière incessante. Elle remarque toutefois l’émergence d’un mouvement de résistance et un attrait croissant pour le minimalisme chez celles et ceux qui rejettent l’idée d’acheter des cadeaux pour répondre aux attentes sociales. « Les gens se disent fatigué.e.s de ressentir la pression de dépenser », explique-t-elle, en ajoutant qu’iels privilégient désormais des expériences significatives.
Quand l’amour dépasse la consommation
Pour Bégin-Galarneau, la Saint-Valentin joue un rôle de rappel. Cette journée incite à ralentir et à verbaliser des sentiments que le rythme quotidien nous fait parfois oublier. La création d’un objet fait de ses propres mains, comme une carte, apporte une touche d’authenticité difficilement égalable par un produit acheté.

Jerry-Nnajiofor illustre cette approche artistique par la confection d’objets personnalisés : des porte-clés, des sacs, des foulards ou même des peluches. « Tu penses à la personne pendant que tu fabriques l’objet, et ça démontre une vraie sincérité », confie-t-elle.
Jun abonde dans le même sens : « Tu dois rester attentif.ve à la personne à qui tu offres le cadeau au quotidien. » Bégin-Galarneau ajoute que l’investissement personnel et la recherche cognitive derrière une création renforcent le lien entre les individus. Même un geste simple, comme un mot laissé sur le réfrigérateur, permet à la personne qui le reçoit de se sentir véritablement spéciale. « Un cadeau authentique et créatif favorise davantage la connexion avec l’autre personne qu’un cadeau impersonnel », estime l’experte.
L’impact d’un tel cadeau peut susciter une émotion allant jusqu’aux larmes, selon la professeure. Jerry-Nnajiofor avoue que, si quelqu’un lui donnait un cadeau fait à la main, elle s’exclamerait : « Oh, mon Dieu ! », tout en pleurant en le recevant.
Élargir le regard sur l’amour
La professeure invite à élargir la conception de la Saint-Valentin afin d’y inclure tous les types d’attachement, au-delà du couple romantique traditionnel. Elle évoque notamment le concept de « Galentine », qui encourage les ami.e.s à célébrer leur lien précieux. « En intégrant la Galentine, on peut célébrer tous les types d’amour », explique-t-elle.
Jerry-Nnajiofor perçoit également cette date comme une opportunité idéale pour exprimer artistiquement son affection envers sa famille ou envers celles et ceux qui nous ont quitté.e.s.
Jun encourage également à ne pas se limiter à l’amour romantique, mais à explorer l’amour dans ses différentes formes et actions. « Les gens ne devraient pas se concentrer seulement sur l’amour romantique », affirme-t-elle. Bégin-Galarneau ajoute que cette reconnaissance et cette appréciation peuvent aussi s’adresser à des figures inspirantes, comme des professeur.e.s, tant que l’intention reste claire.
En conclusion, Bégin-Galarneau insiste sur l’importance de l’amour de soi. « L’amour de soi est nécessaire et tout à fait sain » pour s’épanouir dans n’importe quelle relation, souligne-t-elle. La professeure rappelle enfin que la solidité d’un lien repose sur un entretien quotidien, bien plus que sur un seul geste spectaculaire accompli une fois par an.
