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La voix comme instrument de protestation et d’engagement

Crédit visuel : Jurgen Hoth – photojournaliste

Article rédigé par Michelet Joseph — Chef du pupitre Actualités

En mars 2026, dans le cadre du Mois des femmes, le Centre de ressources pour femmes a collaboré avec l’Association des étudiantes et étudiants noir.e.s en droit (BLSA) et le Centre de la fierté afin d’organiser un panel à l’Université d’Ottawa (U d’O) intitulé « Diriger par sa voix ». La Journée internationale des droits des femmes du 8 mars a servi de toile de fond à cet événement.

La professeure Ruby Dagher, l’activiste queer Shelly-Ann Skinner, Dre Naika Thomas et l’avocate Laura Wilson-Lewis, quatre intervenantes aux parcours divers ont discuté de l’importance d’utiliser leur voix pour donner le ton. Les échanges ont permis d’aborder les défis spécifiques rencontrés par les femmes, en particulier celles issues de groupes racisés ou minoritaires.

Pour la professeure Dagher, spécialiste du développement international à l’Université d’Ottawa (U d’O), où elle étudie la gouvernance, les conflits et la mondialisation, en particulier dans la région du Moyen-Orient, cette prise de parole ne correspond pas à un instant précis, mais à un parcours. Survivante de violences fondées sur le genre, de la guerre civile et du racisme, elle évoque une réalité où sa voix a longtemps été mise de côté. « Ce n’est pas un moment, c’est un parcours », souligne-t-elle, mettant en évidence les obstacles permanents à se faire entendre sans être considérée comme perturbatrice.

Cette dimension expérientielle corrobore les propos de Skinner, militante et pédagogue engagée dans la lutte pour l’égalité sociale, fondatrice de UPlift Black, une organisation qui soutient les communautés noires à partir d’une approche intersectionnelle. Sa voix a émergé dans la résistance.  Après une période de silence, elle s’est souvenue d’un moment crucial de son parcours universitaire, où elle a dû justifier la légitimité de son identité queer. « Je me suis retrouvée à devoir prouver que mon expérience était valide », confie-t-elle, avant d’ajouter : « C’est là que j’ai décidé : vous allez m’écouter. »

Selon la docteure Thomas, spécialiste de l’équité en santé à Santé publique Ottawa, où elle dirige des initiatives contre le racisme et les inégalités systémiques, la voix constitue un outil puissant. Consciente des mécanismes de pouvoir, elle a décidé d’utiliser sa position pour soutenir d’autres personnes. « Dans certains espaces, j’avais un certain privilège. La question est devenue : comment l’utiliser pour les autres ? » En matière de santé publique, elle s’est engagée à défendre des personnes ayant fait face à des obstacles systémiques.

Enfin, pour Wilson-Lewis, avocate spécialisée en droit du divertissement et en propriété intellectuelle, la voix revêt une dimension politique. Face à un changement dans les institutions qui nient l’existence du racisme systémique, elle a décidé de démissionner. « Je ne pouvais pas continuer à faire un travail qui allait à l’encontre de mes valeurs », affirme-t-elle, avant de se lancer dans sa propre pratique en droit du divertissement.

Une implication profondément enracinée dans la transmission et la représentation

La participation des panélistes ne se limitait pas à un échange d’expériences, mais reflétait leur détermination à instruire et à représenter une variété de points de vue.

Pour Dagher, il était important de rester en contact avec les étudiant.e.s, en particulier celles et ceux appartenant à des minorités, et de leur montrer qu’il est possible de surmonter des obstacles systémiques. Sa participation reflétait une volonté d’accompagnement et de mentorat.

La fondatrice d’UPlift Black voyait cet espace comme une occasion de porter une perspective intersectionnelle souvent absente des discussions. Elle met l’accent sur l’importance de dépasser une conception homogène du féminisme et de mettre en évidence les individus les plus marginalisés.

Thomas souligne, quant à elle, l’importance de ces espaces pour mettre en lumière des réalités trop longtemps ignorées. Les échanges permettent non seulement de reconnaître les expériences variées, mais aussi de tisser des liens entre les communautés.

De son côté, Wilson-Lewis s’engage en faveur d’une meilleure représentation des voix sous-représentées, en particulier dans le domaine juridique et artistique.

Le 8 mars : entre tradition, limites et nécessaire évolution

Au-delà des expériences personnelles, le débat a permis d’interroger le sens et les limites de cette journée, en mettant en évidence son côté parfois exclusif.

Si Thomas met de l’avant l’importance de cette journée pour commémorer les combats passés, elle met également en évidence ses angles morts. « Il faut se souvenir de ce que nos ancêtres ont traversé », dit-elle, en mettant l’accent sur le fait que certaines expériences, en particulier celles des femmes noires, autochtones et de la communauté LGBTQ+ entre autres, demeurent insuffisamment reconnues dans le féminisme dominant.

Dagher encourage à ne pas restreindre le mouvement féministe à une vision unique. Pour elle, la problématique ne se résume pas à la représentation, mais englobe également la diversité des points de vue : tant que les espaces resteront homogènes, certaines voix continueront d’être ignorées.

Skinner va plus loin, puisqu’elle remet directement en question les espaces associés au 8 mars : sont-ils conçus pour inclure ou pour maintenir un certain confort ? Elle soutient la réforme des structures actuelles et l’orientation des débats vers les communautés elles-mêmes : « Il faut ramener ces conversations dans les communautés », déclare-t-elle.

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