
Les États généraux de l’Ontario français : où en est-on ?
Crédit visuel : Courtoisie
Article rédigé par Sandra Uhlrich — Journaliste
Au début du printemps 2025, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (l’AFO) a lancé une vaste consultation, connue sous le nom d’« États généraux », afin de déterminer ses priorités futures. Au début de l’année 2026, la deuxième phase de cette démarche cruciale pour la communauté franco-ontarienne a été amorcée. Voici un aperçu de cette consultation décisive.
Agir ensemble
Cet Acte 2 : Agir ensemble, vise à co-construire des solutions aux enjeux identifiés. Au cours des prochains mois, des consultations régionales et sectorielles auront lieu. Parmi les comités consultatifs figurent ceux portant sur l’engagement de la jeunesse, la santé, les arts, la culture, le patrimoine, le réseau politique, les médias et l’immigration. Les personnes souhaitant prendre part à ces groupes peuvent soumettre une demande d’adhésion via la plateforme Notre Place. De plus, trois consultations régionales se tiendront à Ottawa, entre avril et juin.
L’AFO a également indiqué vouloir dialoguer avec divers acteur.rice.s du milieu universitaire et de la jeunesse, afin de prendre le pouls du français dans ce milieu. Des échanges ont déjà eu lieu, notamment avec la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) ainsi qu’avec plusieurs associations étudiantes et leaders francophones. Ève Tremblay, commissaire francophone du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO) affirme avoir déjà communiqué avec l’AFO à l’automne, dans le cadre d’un sondage, et dit attendre les prochaines étapes du processus.
Pourquoi tenir des États généraux ?
Par État général (ÉG), on entend une « réunion plénière ou assemblée visant à débattre en profondeur d’un sujet donné ». À l’origine, il s’agissait d’une pratique rare réservée au roi de France, qui rassemblait des représentants des trois ordres de la société : le clergé, la noblesse et le tiers état. Il est pertinent de rappeler que des états généraux ont été convoqués peu avant la chute de la monarchie française. Leur échec a contribué au déclenchement de la Révolution française.
En bref, les ÉG évoquent généralement une volonté de réforme profonde de la société, ou du moins d’un enjeu spécifique. En entamant ce processus, l’AFO cherche à encourager la réflexion critique, les discussions et l’engagement. Comme le mentionne la page internet de l’organisme, l’objectif des ÉG consiste à « développer un consensus autour d’une stratégie commune pour revitaliser et bonifier le Plan stratégique communautaire vers 2030 ».
Surtout, l’AFO veut donner la parole à tou.te.s, qu’il s’agisse d’un.e simple citoyen.ne ou d’un.e leader de la communauté francophone, afin de permettre à chacun.e de s’exprimer sur son avenir et de participer à un échange démocratique en vue d’élaborer une vision commune pour l’Ontario français.

Pour Tremblay, cet exercice est particulièrement pertinent, et reflète un changement dans le climat social ainsi qu’un engagement plus marqué envers la francophonie. Elle souligne que l’université a également annoncé le lancement d’une consultation de grande envergure sur la francophonie sur le campus dès février. Tremblay attend donc les résultats de ces consultations respectives ainsi que les recommandations qui en découleront. Cela permettra « d’avoir des données à jour pour ensuite pouvoir, au moins du côté de l’université, s’assurer de bien comprendre la réalité actuelle afin d’élaborer un plan d’action ».
En 2025, l’Acte 1 des ÉG de l’AFO a été achevé. Intitulé Prendre conscience, il visait à mettre en lumière les préoccupations jugées prioritaires pour les Franco-Ontarien.ne.s. Un livre blanc présentant les résultats de cette première étape sera publié au printemps 2026, ce qui permettra d’orienter la suite du processus et d’informer l’ensemble de la communauté.
Le fait français sur les campus
Les ÉG visent notamment à rendre compte des réalités multiples des Franco-ontarien.ne.s, à travers l’ensemble de la province. Comme le mentionne Tremblay, même au sein du milieu universitaire, le fait français peut varier considérablement d’une université à l’autre.
À l’Université d’Ottawa (U d’O), la concentration de francophones demeure importante, précise-t-elle. L’établissement accueille une proportion significative d’étudiant.e.s francophones international.e.s, d’Ontarien.ne.s ainsi que de Québécois.e.s, créant ainsi une « belle francophonie plurielle », selon Tremblay. De plus, l’Université d’Ottawa (U d’O) assure théoriquement une offre active de services en français sur l’ensemble du campus, une réalité qui se distingue de celle observée ailleurs en Ontario.
La commissaire estime toutefois qu’un changement est en cours et que l’engagement envers la francophonie se renforce à l’échelle provinciale, comme en témoigne la création de l’Université de l’Ontario français : « J’ai hâte de voir comment cela se reflétera dans l’écosystème à long terme ». Tremblay encourage l’AFO à poursuivre ses efforts afin que la jeunesse soit réellement entendue et que des mécanismes adaptés, notamment en matière d’accessibilité, soient mis en place pour favoriser sa participation.
