
Les étudiant.e.s francophones du Canada à l’honneur au CRCCF
Crédit visuel : Jurgen Hoth — photojournaliste
Article rédigé par Sandra Uhlrich — Journaliste
Mettre à l’honneur la recherche étudiante : tel était le mot d’ordre du colloque étudiant 2026 organisé par le CRCCF. Cette année, le colloque s’articulait autour du thème « Je me souviendrai : mémoire, patrimoine et commémoration des expériences francophones au Canada ». Le colloque a réuni 12 jeunes chercheur.euse.s des francophonies canadiennes.
L’étudiant.e au cœur de la démarche
Cette année, trois étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa (U d’O), dont Zach Tibbles, étudiant à la maîtrise en histoire; Justine Grenier, étudiante à la maîtrise en droit; et Simon Quirion, étudiant à la maîtrise en histoire, ont assuré l’organisation du Colloque étudiant du CRCCF 2026, le 20 mars dernier sur le campus de l’U d’O. En effet, depuis une dizaine d’années, le Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), créé en 1958, organise un colloque étudiant biannuel, par et pour les étudiant.e.s.
Selon Michel Bock, directeur du CRCCF, « l’une des missions fondamentales du CRCCF, c’est bien sûr la formation de la relève ». Ce rassemblement académique vise à « offrir aux étudiantes et étudiants des cycles supérieurs des occasions de développement intellectuel et professionnel, en particulier à celles et ceux qui se destinent à une carrière universitaire. » Il met l’accent sur l’autonomie des étudiants dans l’organisation de l’événement : le CRCCF n’a fourni au comité organisateur qu’un appui logistique.
Quatre conférences se sont déroulées, avec des étudiant.e.s présentant et discutant de leurs travaux de recherche, thèses ou mémoires, suscitant des échanges animés avec l’auditoire. Les sujets, principalement axés sur l’identité, ont abordé les identités franco-canadiennes et celles qui en découlent, ainsi que la manière dont la mémoire collective les façonne. Il s’agissait ainsi d’une véritable vitrine de la relève universitaire francophone, offrant des analyses pertinentes et actuelles qui ont su captiver la jeunesse d’aujourd’hui.
Des mémoires oubliées à faire connaître
Parmi les quatre conférences, l’une d’entre elles s’intitulait « Voix marginalisées et nationalisme ». Elle donnait la parole à deux étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa (U d’O) et à une étudiante de l’Université Laval. Chacune des recherches présentées a ainsi mis en lumière des événements ou des histoires souvent méconnues du grand public.
Tibbles a abordé les identités de la grève de Reesor Siding dans l’Ontario français, et leurs persistances mémorielles; Flavie Bergeron de l’Université Laval a présenté les stratégies d’identification et de commémoration de la communauté lesbienne au Québec, de 1980 à aujourd’hui; et Grenier a souligné les revendications juridiques autochtones face au projet indépendantiste québécois.
En s’intéressant à l’histoire queer, Bergeron a fait ce constat : « Les références culturelles et historiques des ami.e.s qui m’entouraient étaient exclusivement américaines. » Cela l’a motivée à faire connaître l’histoire du mouvement LGBTQ+ au Québec, qui « n’était pas du tout mise en valeur, autant dans la recherche que dans les savoirs communautaires ». Pourtant, elle souligne « qu’il est important de mettre en valeur les mémoires collectives et individuelles des lesbiennes du Québec dans un contexte où les spécificités de chaque nation se voient englouties par une sorte d’hégémonisme américain ».
Tibbles s’est intéressé à la grève et à la tragédie de Reesor Siding en 1963. Il a examiné de près les « représentations identitaires des ouvriers impliqués dans la grève et les manières dont la mémoire collective s’est souvenue de ces particularités identitaires ». Ses recherches mettent en lumière des récits personnels, révélant l’aspect profondément humain de cette tragédie.
" L’Histoire, c'est le collectif de récits individuels. "
— Tibbles —
L’importance de la mémoire collective
Le thème de ce colloque étudiant a permis de ramener au premier plan l’importance de « se souvenir », mais surtout de le faire en tant que communauté, comme un lien identitaire indéfectible. Tibbles déclare : « C’est grâce à notre collectivité que le passé nous devient pertinent. »
Bergeron cherche à ancrer les nouvelles générations dans l’histoire de leur communauté. Elle souhaite également « faire prendre conscience de la richesse de cette mémoire méconnue, qui peut [nous] inspirer dans les combats pour l’égalité. »

Elle souligne l’importance de la transmission intergénérationnelle, même si cela « a toujours été un problème majeur pour la communauté lesbienne, notamment en raison du manque de lieux de sociabilité ». Elle montre que ce processus devient encore plus complexe aujourd’hui, puisque les jeunes manifestent moins d’intérêt pour l’histoire spécifique du Québec.
Pour Tibbles, préserver la mémoire est crucial. Il pense que, malgré l’accélération du rythme de vie actuel, « l’expérience humaine fondamentale n’a pas changé : les sentiments, les moments et les émotions demeurent », soulignant ainsi que le passé continue de nous instruire, notamment par son humanité.
Comme il provient lui-même de la communauté franco-ontarienne du Nord, la transmission de savoir revêt une importance particulière pour lui. En effet, elle permet de faire connaître des expériences et des histoires issues de contextes minoritaires. Surtout, il formule lui-même cette approche : « Je m’inscris donc dans une continuité franco-ontarienne, toujours changeante, mais toujours pertinente. »
Le colloque étudiant s’est révélé une franche réussite, offrant une occasion de rappeler à la jeune génération que la transmission de la mémoire reste pertinente. Il a également permis de mettre en évidence des récits jusque-là méconnus, qui résonnent avec les préoccupations contemporaines.
