
Les hommes face aux droits des femmes : enjeux et responsabilités
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Chronique rédigée par Joelluc Liandja — Chef de pupitre Sports et Bien-être
À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, cette chronique invite à une réflexion : au-delà des combats et des avancées portées par les femmes, elle examine les inégalités persistantes dans un monde encore dominé par des stéréotypes et des normes masculines. Sans prétendre parler à la place des femmes, elle invite à une analyse limpide des obstacles qu’elles continuent de rencontrer. Elle explore les progrès réels accomplis et les défis qui persistent, tout en mettant en lumière la nécessité de construire des liens équitables.
Le 8 mars invite aussi les hommes à réfléchir
D’après l’Organisation des Nations Unies (ONU), la journée du 8 mars constitue avant tout un moment de reconnaissance des progrès réalisés par des femmes, mais également une occasion d’attirer l’attention sur les obstacles qui persistent dans de nombreuses communautés. Certains hommes considèrent cette journée comme une occasion de témoigner de leur soutien de manière symbolique, que ce soit par un message, un hommage direct ou publié sur les réseaux sociaux, ou encore à travers d’autres gestes de reconnaissance. D’autres choisissent l’indifférence et ne se sentent pas concernés. Cependant, cette journée adoptée par l’ONU depuis 1977, m’amène aujourd’hui à m’interroger sur le regard que peuvent avoir les hommes, encore confortés dans des positions de pouvoir dans plusieurs sphères de la société.
Cette réflexion repose sur l’idée que la perspective des hommes ne peut rester à l’écart des enjeux d’égalité. Il ne s’agit plus de réfléchir à « ce qu’ils peuvent dire aux femmes pour célébrer le 8 mars », mais plutôt à « ce qu’ils peuvent comprendre de leur place ainsi que de leur rôle dans la reproduction ou la transformation des rapports sociaux ».
Reconnaître l’existence d’un privilège masculin ne relève pas d’une accusation envers les hommes. Au contraire, cela revient à admettre que l’on évolue encore sur un terrain déséquilibré en matière d’égalité entre les genres. Pour les hommes, ne pas faire face à certains obstacles auxquels les femmes sont confrontées constitue déjà un avantage considérable.
Des avancées réelles qui n’effacent pas encore des inégalités visibles
Les progrès réalisés par et pour les femmes au cours des dernières années demeurent indéniables : meilleur accès à l’éducation et au marché du travail, présence visible dans l’espace politique, etc. Selon la Fondation canadienne des femmes, les femmes, qui forment un peu plus de la moitié de la population au Canada, occupent une proportion importante de la main-d’œuvre du pays. Pourtant, un contraste persiste : elles sont toujours sous-représentées dans les positions de leadership politique et professionnel. Les données de Statistiques Canada confirment cette tendance. En termes de salaire, les femmes gagnent encore moins que les hommes en moyenne (dernière mise à jour du 4 décembre 2024) et elles sont moins représentées dans la prise de décision.
Loin de la sphère économique, d’autres réalités s’invitent aussi autour de ce débat contemporain : la charge mentale des femmes au sein de leurs foyers, les attentes sociétales envers les genres, ou les nombreuses préoccupations concernant la sécurité des femmes dans les espaces publics. Ces différents enjeux et défis ne restent pas sans conséquences : ils influencent les perceptions au quotidien.
Si aujourd’hui, grâce à des mouvements tels que #MeToo ou Et maintenant, certains hommes se positionnent en examinant désormais leurs propres comportements envers les femmes, en prêtant une oreille attentive à leur voix et à leur préoccupations, sans intention de jugement, le chantier d’adhésion masculine dans les luttes pour les droits des femmes reste encore embryonnaire.
Donner pour recevoir
Pour cette année 2026, le thème international retenu par l’ONU est « Droits, justice, action : pour toutes les femmes et les filles ». Il met particulièrement l’accent sur la nécessité de ne plus se limiter à des discours encourageants, et encourage les actions concrètes de la part de tou.te.s.
Le thème national canadien « Donner pour recevoir » quant à lui, appelle à une responsabilité partagée.« Donner » implique de céder de l’espace lorsque c’est nécessaire, sans chercher à parler à la place des femmes. « Recevoir » suppose d’accepter la remise en question, sans y voir une menace pour l’identité masculine.
Cette dynamique de réciprocité repose sur des gestes parfois simples mais essentiels : la redistribution de la parole pendant une réunion, la reconnaissance des compétences au-delà des genres, la dénonciation des blagues sexistes, etc. L’égalité doit réellement devenir une culture commune en perpétuel développement et ne plus se limiter aux simples discours.
Une responsabilité masculine pour un environnement plus sain
Reconnaître les avantages associés à la masculinité ouvre la voie à une transformation des rapports sociaux. En s’inscrivant aux côtés des courants féministes, les hommes peuvent devenir des alliés importants dans la redéfinition de comportements plus réfléchis et plus équitables, fondés sur davantage de justice. Cette démarche passe d’abord par une prise de conscience : reconnaître les privilèges dont les hommes ont historiquement bénéficié et dont ils continuent, encore aujourd’hui, de tirer parti.
Le 8 mars n’est pas réservé uniquement à la célébration des droits des femmes. Il interpelle l’ensemble de la société, en particulier ceux qui ont historiquement profité de plus d’inégalités.
