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Sports et bien-être

Les résolutions d’une nouvelle année : motivation réelle ou utopique ?

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong— Directrice artistique

Chronique rédigée par Joelluc Liandja —  Chef du pupitre Sports et bien-être 

Le début de chaque nouvelle année ressemble à une page blanche, offerte à tou.te.s celles et ceux qui veulent réécrire leur histoire. Alors que les rues résonnent encore des cloches des fêtes de fin d’année, les esprits, eux, se tournent vers les résolutions : moins de procrastination, faire plus de sport, être plus discipliné.e, plus efficace, etc. Sur les réseaux sociaux et dans les conversations formelles, les bonnes intentions s’accumulent. Le mois de janvier semble représenter un moment où tout est à nouveau possible. Derrière cet enthousiasme général se cache une question souvent négligée : ces résolutions profondes sont-elles vraiment motivées par des aspirations sincères ou s’agit-il plutôt d’illusions rassurantes, socialement valorisées ?

Janvier : une frontière imaginaire entre l’avant et l’après ?  

Le mois de janvier occupe une place particulière pour de nombreuses personnes. Il représente une séparation symbolique entre le passé et le futur. Un passé que l’on souhaite peut-être effacer et un futur que l’on imagine meilleur. Cette ligne de démarcation peut exercer une influence puissante sur le plan psychologique. Elle peut amener de nombreuses personnes à croire que le passage à une nouvelle année suffit à déclencher un renouveau personnel. Dans son ouvrage « Quand l’histoire fait dates », le professeur Patrick Boucheron explique comment certaines dates deviennent des repères symboliques pour certaines personnes. 

En réalité, il n’existe pas de différence profonde entre les 31 décembre et le 1er janvier. Les obligations et les routines demeurent les mêmes, et les réalités individuelles ne disparaissent pas avec le passage à une nouvelle année. La motivation liée aux nouvelles résolutions s’éteint parfois aussi vite qu’elle s’enflamme. Le psychologue John Norcross explique, dans son étude menée à l’Université de Scranton, que plus de 80% des résolutions sont abandonnées avant la fin du mois de février et que seulement 8% des personnes réussissent à tenir leurs résolutions à long terme. 

Ce phénomène ne relève pas nécessairement d’un manque de volonté. Il nous amène à questionner de préférence le cadre dans lequel les résolutions sont prises. Plus les années passent, plus les résolutions deviennent une habitude plutôt qu’une décision mûrement réfléchie. Elles servent parfois à répondre à une norme implicite qui consiste à débuter l’année en fixant des objectifs, au risque de paraître stagnant.e. 

Se réinventer : un désir profond ou une pression sociale dissimulée ? 

L’idée de devenir une meilleure version de soi-même est omniprésente. Toutefois, cette notion demeure floue : sur quels critères se baser pour déterminer ce qui constitue une amélioration ? Des critères personnels ou ceux imposés par la société ? C’est précisément à ce moment que la frontière entre le désir personnel et la pression sociale devient incertaine. Le désir de se renouveler peut alors se transformer en une exigence dont le refus peut être interprété comme un abandon de soi. 

Les bonnes résolutions peuvent être ainsi motivées par la volonté de se conformer, plutôt que par une authentique introspection. Cette pression se manifeste également au sein de la communauté universitaire.

« Chaque début d’année, je m’engage dans des projets extrêmement exigeants. Mais après quelques semaines, la dure réalité de la session, de la vie, de tout, me rattrape. J’ai longtemps culpabilisé, puis j’ai fini par prendre conscience que mes objectifs ne reflétaient pas vraiment mes besoins, mais plutôt l’image idéalisée que je voulais projeter. »

Émilie Souzane, étudiante en communication à l’Université d’Ottawa 

Les propos de cette étudiante illustrent la manière dont les résolutions, perçues comme des engagements inébranlables, peuvent se transformer en cause de découragement.

Les résolutions : entre bien-être personnel et droit à l’imperfection 

Peut-être que les véritables résolutions consistent à les concevoir comme des engagements flexibles, plutôt que comme des obligations rigides. Cette approche permettrait probablement de préserver l’intention initiale, celle de s’améliorer, sans la transformer en une contrainte épuisante. Parfois, un conflit peut émerger entre l’écoute de ses propres besoins et la poursuite des réalisations. Cette confusion explique en partie pourquoi de nombreuses résolutions échouent rapidement : elles tentent de satisfaire des désirs incompatibles. 

Toujours au sein de la communauté universitaire de l’Université d’Ottawa, certain.e.s étudiant.e.s adoptent désormais une approche plus nuancée. C’est le cas de Marc Leuthos, étudiant en sciences sociales. Autrefois, il percevait les résolutions comme des objectifs précis et obligatoirement atteignables. Aujourd’hui, il les envisage davantage comme des lignes directrices : « les résolutions que je prends sont un pas  dans la bonne direction et déjà une victoire. C’est ce qui a considérablement réduit la pression que je m’imposais auparavant », confie-t-il. 

Son récit révèle une prise de conscience accrue : l’évolution à long terme ne dépend pas de la contrainte, mais de l’adaptabilité et de la bonté envers soi-même.

Les résolutions prises le jour de l’An ou au cours du mois de janvier ne sont ni totalement sincères ni complètement utopiques. Elles se situent entre un véritable souhait et une pression sociale, entre une inspiration personnelle et des conventions collectives. Chercher à devenir la meilleure version de soi est une démarche légitime. Accepter de le devenir à son propre rythme, sans une quelconque pression, l’est encore davantage. La progression réelle ne se limite pas qu’aux résolutions du nouvel An. Elle émerge souvent d’une réflexion personnelle sincère, et d’un lâcher-prise face aux attentes élevées et des listes trop parfaites que la société peut nous imposer, même de façon silencieuse. 

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