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Arts et culture

Mois de la francophonie à l’U d’O : entre diversité culturelle et unité linguistique

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Article rédigé par Petar Seslija Journaliste

Dans les couloirs de l’Université d’Ottawa (U d’O), un accent haïtien peut répondre à un accent québécois, pendant qu’un.e étudiant.e autochtone ajuste gentiment une expression française. Sur ce campus bilingue, la francophonie ne se réduit pas à une seule réalité : les différences se croisent et se vivent au quotidien.

Le français au Canada : une langue marquée par ses territoires

Au Canada, le français se décline en plusieurs variétés régionales, notamment au Québec, en Ontario et en Acadie. Cette diversité s’explique en partie par des trajectoires historiques distinctes et par l’évolution des rapports entre la France et le Canada depuis la conquête britannique à la fin du XVIIIe siècle. Au fil du temps, certains usages se sont transformés, tandis que d’autres se sont diffusés plus largement. Par exemple, « trottoir » a remplacé « bord du chemin », tandis que « se dépêcher » s’est imposé face à « se grouiller ».

France Martineau, professeure à l’U d’O et directrice du projet Le français à la mesure d’un continent : un patrimoine en partage, souligne que cette diversité s’inscrit naturellement dans l’évolution d’une langue.

« Une langue se compose de différents registres et de multiples expressions. Par exemple, frette exprime une intensité plus forte que “froid”. Il s'agit d'une forme plus expressive. »

 –France Martineau  –

Elle rappelle également que le choix des mots a un impact sur notre rapport à la langue, tout comme sur l’époque dans laquelle on vit. Les variétés linguistiques peuvent entrer en concurrence, sans que cela pose problème. À titre d’exemple, « mami » et « papi » remplacent progressivement « grand-maman » et « grand-papa ».

« Autrefois, l’Académie française définissait les normes. Aujourd’hui, des termes comme “autrice” ou “magasinage” s’imposent. La francophonie accepte désormais une pluralité de normes légitimes », ajoute-t-elle.

Une francophonie qui se vit différemment à l’U d’O

Chaque mois de mars, l’U d’O souligne le Mois de la francophonie, une période qui met en lumière la diversité de la francophonie sur le campus.  Loin d’une vision homogène, les accents et les traditions culturelles variées illustrent une véritable francophonie plurielle. Afin de mieux saisir cette diversité linguistique et culturelle, trois étudiants de l’U d’O issus d’horizons différents ont partagé leur perspective sur leur représentation de la francophonie et sur la manière dont elle se vit sur le campus.

Pour Franky Britus, étudiant en sociologie originaire d’Haïti, la francophonie constitue avant tout un espace d’échange culturel et intellectuel. Elle lui permet de faire connaître l’histoire, la littérature et la culture de son pays, tout en découvrant celles des autres communautés  francophones.

Alex Lauzon,  étudiant en sciences de la santé originaire de Toronto, considère que la francophonie prend une signification particulière en contexte minoritaire. Pour lui, parler en français devient alors un symbole de fierté et de résilience. « En Ontario, l’anglais domine largement, alors parler français représente une véritable fierté pour moi », explique-t-il.

Jean-Widner Renaud, également étudiant en sociologie et originaire d’Haïti, insiste pour sa part sur la réalité linguistique propre à son pays, marquée par le bilinguisme entre le créole et le français. Il souligne que le créole rassemble davantage les Haïtien.ne.s, tandis que le français s’impose surtout dans les institutions ou les milieux scolaires.

Une langue qui rassemble malgré la diversité

À l’U d’O, la francophonie étudiante s’exprime à travers une pluralité d’accents et de pratiques linguistiques. Selon Britus, le français agit comme un point de convergence entre des étudiant.e.s provenant de différents pays. Le cadre académique, notamment en Lettres françaises, contribue à cette cohésion en exposant les étudiant.e.s à des auteur.rice.s comme Charles Baudelaire ou Victor Hugo. « Les étudiant.e.s viennent de pays différents, iels s’expriment avec des accents différents. Le dénominateur commun reste le fait qu’iels s’expriment tou.te.s dans un registre standard », observe-t-il.

Renaud souligne que, malgré son statut minoritaire à Ottawa, dans un environnement majoritairement anglophone, la francophonie se maintient à travers des gestes simples du quotidien : écouter de la musique en français, échanger entre ami.e.s ou préserver sa langue dans des contextes informels. 

En définitive, chaque étudiant.e francophone porte un parcours, une culture et une manière propre d’habiter la langue. À l’U d’O, ces trajectoires se croisent et participent à une francophonie vivante, marquée par la diversité des accents, des expressions et des traditions. Plus qu’un simple héritage linguistique, la francophonie s’affirme ici comme un espace de rencontre, d’échange et de transformation.

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