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Nomination de Kelly Burke : les organismes franco-ontariens se réjouissent, le SÉUO attend du “concret”

 Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Article rédigé par Michelet Joseph — Chef du pupitre Actualités

Kelly Burke deviendra la deuxième franco-ontarienne à occuper le poste de commissaire aux langues officielles depuis sa création en 1970. Elle a été officiellement nommée  à ce poste prestigieux le 26 janvier 2026. Recommandée par le Comité permanent de langues officielles et en attente du vote final des deux chambres, sa nomination suscite des réactions dans les milieux franco-ontariens et universitaires. 

Un écho favorable des organismes franco-ontariens

La nomination de Kelly Burke a été largement saluée par les principaux organismes franco-ontariens. Dans des communiqués distincts, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO), entre autres, y voient un choix stratégique pour l’avenir des droits linguistiques au Canada.

Pour l’AFO, cette nomination « compte » pour l’Ontario français. Ancienne commissaire aux services en français en Ontario, Mme Burke connaît de près les réalités des communautés francophones en situation minoritaire. L’organisme souhaite maintenant que cette expertise se traduise par des mesures concrètes dans l’application de la Loi sur les langues officielles. Son président, Fabien Hébert, insiste sur la nécessité de transformer les engagements fédéraux en résultats tangibles et d’établir une collaboration étroite avec la nouvelle commissaire.

Du côté de la  FCFA, on estime que la nomination arrive « à point nommé », alors que le Parlement examine les règlements encadrant la Loi modernisée. Sa présidente, Liane Roy, rappelle que les pouvoirs élargis du Commissariat, notamment en matière d’ordonnances et de sanctions visant les institutions fédérales, constituent un levier important pour assurer le respect des obligations linguistiques. Selon l’organisation, l’expérience juridique et institutionnelle de Mme Burke représente un atout déterminant à ce moment charnière.

L’ AJEFO met pour sa part l’accent sur son parcours professionnel : admise au Barreau de l’Ontario en 1996, ancienne sous-ministre adjointe aux Affaires francophones et aux Collèges et Universités, elle possède une expertise reconnue en accès à la justice en français. L’organisme estime que son profil renforce la crédibilité de la Loi et la protection des droits linguistiques partout au Canada.

Des attentes et du soutien concrets pour les étudiant.e.s francophones

Si les organismes franco-ontariens affichent un soutien clair, sur le campus de l’Université d’Ottawa (U d’O), la nomination suscite surtout des attentes concrètes. Eve Tremblay, commissaire aux affaires francophones au Syndicat étudiant de l’U d’O (SÉUO), accueille la nouvelle avec optimisme, mais avec prudence. « C’est essentiel que la personne à la tête du Commissariat comprenne la réalité de la francophonie en situation minoritaire, surtout en Ontario », affirme-t-elle. La question centrale reste l’accès à une éducation complète en français.

Elle souligne également l’importance du financement. « L’université souhaiterait offrir davantage de cours en français, mais les ressources manquent pour embaucher des professeur.e.s francophones ou ouvrir de nouvelles sections », explique-t-elle. Elle espère que la nouvelle commissaire soutiendra les demandes d’un meilleur financement fédéral, en particulier pour les programmes de cycles supérieurs en sciences et en génie où l’offre de cours en français demeure limitée. 

Toutefois, Tremblay fait un rappel essentiel : l’éducation relève principalement des provinces, ce qui restreint l’intervention directe du gouvernement fédéral. « Il faut reconnaître que l’éducation est une compétence provinciale », souligne-t-elle. Le Commissariat peut surveiller, recommander et appliquer la Loi sur les langues officielles pour les institutions fédérales, mais il ne peut pas administrer les universités.

En tant que commissaire aux affaires francophones au Syndicat étudiant, elle agit comme porte-voix des étudiant.e.s auprès de l’administration sur toutes les questions liées à la francophonie et au bilinguisme. Elle transmet notamment leurs préoccupations concernant les horaires, les cheminements académiques et l’accès aux cours en français. « Je peux défendre les besoins et faire pression pour des améliorations, mais je ne peux pas décider de l’ouverture d’un cours », précise-t-elle.

Interrogée sur une possible négligence de l’U d’O quant à l’amélioration de l’offre de cours en français, elle évite ce terme et préfère évoquer des défis structurels. Selon elle, l’offre existe bel et bien sur le papier, mais la réalité étudiante, entre les stages coop, les reprises de cours et les conflits d’horaire, complique l’accès à un parcours entièrement francophone. Elle invite donc les étudiant.e.s à déposer des plaintes linguistiques au besoin et à participer aux consultations que l’université prévoit de lancer ce mois-ci.

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