
Nour Enayeh dénonce la sous-représentation des défis des femmes immigrantes francophones dans les politiques d’immigration
Crédit visuel : Courtoisie
Entrevue rédigée par Michelet Joseph — Chef du pupitre Actualités
Pour mieux répondre aux défis qu’elles rencontrent, notamment en emploi, en matière de racisme systémique et d’accès aux services, l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC) a lancé, le 30 janvier 2025, la « Stratégie pancanadienne des femmes immigrantes francophones en milieu minoritaire ». Élaborée avec RDÉE Canada et appuyée par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, elle cherche à adapter les services, entre autres pour la reconnaissance des acquis et l’accès en français. La Rotonde s’est entretenue avec Nour Enayeh, présidente de l’AFFC, à ce sujet.
La Rotonde (LR) : En quoi la situation des femmes immigrantes francophones diffère-t-elle de celle des autres groupes issus de l’immigration ?
Nour Enayeh (NE) : Les femmes immigrantes francophones font face à des défis spécifiques, tels que l’accès à des services en français, la reconnaissance de leurs droits, l’intégration professionnelle et la conciliation travail-famille. Ces défis ne sont pas suffisamment pris en compte dans les politiques d’immigration.
En 2021, une étude a révélé que ces femmes assument une charge mentale importante dans le contexte de l’immigration familiale. Elle a également mis en lumière un décalage entre leurs besoins réels et les services disponibles, lesquels ne tiennent pas compte de la conciliation travail-famille-intégration.
C’est dans cette perspective que la Stratégie pancanadienne a été élaborée, en mettant de l’avant le rôle crucial de ces femmes en situation minoritaire dans la famille et la communauté, et en travaillant à l’adaptation des services pour favoriser leur pleine intégration professionnelle et entrepreneuriale.
LR : En quoi consiste concrètement la stratégie de l’AFFC et quels sont ses principaux axes d’intervention pour mieux soutenir l’intégration des femmes immigrantes francophones ?
NE: La stratégie a pour objectif d’outiller et d’orienter les organismes œuvrant en immigration francophone. Elle identifie 11 domaines d’intervention prioritaires afin de faciliter l’intégration des femmes en question, notamment la collecte de données ventilées, l’éducation, l’accès aux droits, la vie communautaire, la santé, l’emploi et l’entrepreneuriat, entre autres.
Pour chacun de ces axes, l’AFFC propose des pistes d’améliorations concrètes. Elle met également à la disposition des organismes des ressources visant à développer des projets ciblés et à adapter les services existants aux besoins spécifiques de ces femmes. La Stratégie ne se limite pas à des constats, mais sert d’outil concret pour transformer les pratiques, permettant aux organismes de favoriser leur pleine participation sociale, économique et communautaire.
LR : Comment l’AFFC compte-t-elle mesurer l’efficacité de cette démarche ?
NE : Nous diffusons notre stratégie auprès des organismes de l’écosystème de l’immigration francophone pour qu’ils adaptent leurs pratiques et leurs services. Des résultats concrets sont visibles grâce à des initiatives dans différentes régions. La répétition et la durabilité de ces initiatives sont un signe positif d’efficacité.
Au cours des prochaines années, les femmes immigrantes francophones devraient bénéficier d’une meilleure adéquation entre les services offerts et leurs besoins en matière d’intégration, d’emploi, de vie communautaire et de reconnaissance des droits. Elles devraient bénéficier d’un environnement plus accueillant pour s’intégrer harmonieusement et durablement dans les communautés francophones en situation minoritaire.
LR : Dans une ville qui se définit comme bilingue, mais où les francophones demeurent minoritaires, quelles mesures ont été envisagées pour tenir compte de la réalité locale ?
NE : L’AFFC a basé sa stratégie sur les réalités locales. Les recommandations ont été élaborées à partir d’un sondage et de discussions de groupe avec des femmes immigrantes francophones et des organismes locaux. Cela nous a permis de collecter des données régionales spécifiques.
La stratégie s’appuie sur des constats du terrain et propose des recommandations adaptables aux réalités locales, tout en mettant l’accent sur les enjeux communs de la région.
LR : Quels effets concrets la stratégie pourrait-elle avoir pour les étudiantes immigrantes francophones, notamment en matière d’insertion professionnelle et quel rôle l’université peut-elle jouer dans cette démarche ?
NE : Bien que la Stratégie pancanadienne ne vise pas spécifiquement les étudiantes immigrantes francophones, elle répond à leurs besoins, particulièrement en matière d’insertion professionnelle.
Elle préconise une meilleure reconnaissance des diplômes et des expériences professionnelles acquises à l’étranger, ainsi qu’une amélioration du financement et l’accessibilité des stages. Elle tend également à travailler avec les employeur.e.s afin de promouvoir la reconnaissance des parcours internationaux et de renforcer la sensibilisation aux enjeux du multiculturalisme. Ces mesures sont déterminantes pour faciliter la transition vers le marché du travail à l’issue des études universitaires.
Dans cette perspective, l’université peut devenir un partenaire stratégique en favorisant des échanges constructifs entre étudiantes, organismes communautaires, services de placement et employeur.e.s.
