
Nouveau papa : comment concilier vie professionnelle et universitaire ?
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique
Chronique rédigée par Michelet Joseph — Chef du pupitre Actualités
L’arrivée de ma fille a bouleversé mes priorités, transformé mes nuits et chamboulé mon emploi du temps. Entre joie et inquiétude, je traverse des émotions intenses. Désormais, chacune de mes décisions résonne dans la vie de ce petit être que ma femme et moi avons mis au monde avec beaucoup d’amour. Cette nouvelle expérience en vaut la peine. Mais elle soulève aussi une interrogation : comment concilier études, travail et projets personnels tout en maintenant une bonne performance et en restant présent pour sa famille ?
Je deviens papa au moment même où je termine mon baccalauréat en innovation sociale à l’Université Saint-Paul, tout en ayant été admis à la maîtrise à l’Université d’Ottawa (U d’O) pour la session d’automne 2026. Ces études et mes engagements professionnels exigent rigueur, concentration, constance et créativité. Et voilà qu’un petit être vient redéfinir mes priorités, réorganiser mes nuits et bouleverser mon agenda.
Pendant vingt ans, peut-être plus, je devrai lui consacrer une grande part de mon existence afin de l’aider à construire son autonomie et, un jour, à partir explorer le monde. Cette nouvelle expérience en vaut la peine.
Le choc des premières semaines
Les premières semaines ont été un mélange d’euphorie et d’épuisement. J’ai ressenti une joie profonde en serrant mon bébé contre moi, en découvrant ses expressions, ses gazouillis et même son odeur. Les nuits sont courtes et les journées semblent plus longues, plus intenses. Mais pour moi, c’est une douce fatigue tant que j’y trouve du sens et du plaisir.
À l’université comme au travail, les tâches s’accumulent et les responsabilités restent les mêmes. Pourtant, intérieurement, tout a changé. J’ai rapidement compris que je ne pouvais plus fonctionner comme avant. L’improvisation ou la procrastination, qui pouvaient parfois sembler inoffensives, deviennent désormais un risque. Chaque heure compte. Chaque moment de répit devient précieux.
En tant que nouveau père étudiant-travailleur, j’ai appris qu’il ne suffit pas de chercher l’équilibre : il faut le construire. Cela implique de créer de nouvelles routines. J’ai dû revoir ma gestion du temps, planifier mes semaines avec précision, réserver des plages pour les études, le travail et la famille, et apprendre à dire non à certaines sollicitations.
La communication est également essentielle. Je dois échanger régulièrement avec ma conjointe, mes collègues et mes professeur.e.s. Expliquer ma réalité, demander parfois un peu de flexibilité et faire preuve de transparence permet d’éviter les malentendus. Car être père ne signifie pas abandonner ses rêves. Cela implique plutôt de réévaluer ses priorités et de s’y adapter.
L’émotion derrière la performance
Le concept de conciliation travail-famille est souvent abordé sous un angle logistique. Pourtant, l’aspect émotionnel est tout aussi important. La culpabilité occupe souvent une place centrale. Culpabilité de quitter la maison pour aller travailler ou assister à un cours en laissant ma conjointe s’occuper du bébé. Culpabilité de ne pas être totalement concentré en classe parce que l’on pense à son enfant. On vérifie son téléphone, espérant avoir des nouvelles. Culpabilité aussi de consulter ses courriels pendant un moment en famille ou de répondre à un message professionnel alors que l’on devrait simplement être présent.
À cela s’ajoute la crainte : la peur de ne pas être à la hauteur, de connaître un échec scolaire, de décevoir au travail, ou encore de manquer l’opportunité d’offrir le meilleur à son enfant. La peur aussi de manquer ces instants uniques qui ne reviendront jamais.
Mais, paradoxalement, cette situation fait naître une motivation nouvelle. Ma fille, Malya, est devenue une source d’énergie inattendue. Chaque réussite scolaire ou professionnelle prend désormais une dimension plus profonde. Elle ne concerne plus seulement ma personne, mais aussi ma famille. Étudier tard le soir ne représente plus un effort individuel, mais un investissement dans l’avenir de notre foyer et surtout dans celui de notre enfant.
Avant de devenir père, je cherchais souvent à atteindre un certain idéal de performance académique, d’efficacité professionnelle ou d’implication communautaire. En somme, une sorte de perfection. Aujourd’hui, j’apprends difficilement à accepter que tout ne sera pas parfait comme je le souhaiterais. Il y aura des journées moins productives. Des travaux remis avec un peu moins de perfectionnisme que souhaité. Des moments où la fatigue l’emporte et où il faut accepter d’aller se coucher avec la sensation de ne pas avoir tout accompli.
Peu à peu, j’en viens à comprendre qu’être un bon père ne signifie pas être un père parfait. Être un bon étudiant ne signifie pas toujours obtenir la meilleure note. Et être un bon employé ne veut pas dire s’épuiser au point d’oublier qui l’on est. Cette acceptation est libératrice. Elle permet de respirer. Elle rappelle que la vie est faite de cycles et de saisons. Certaines périodes demandent plus de sacrifices. D’autres offrent plus de stabilité.
Trouver son propre équilibre
Il n’existe pas de recette magique pour concilier vie professionnelle, scolaire et familiale. Chaque famille a sa dynamique, chaque parcours académique ses exigences et chaque emploi ses contraintes. Pour ma part, je choisis de voir cette période non pas comme un obstacle, mais comme une école parallèle. La paternité m’enseigne la patience, la résilience, l’organisation et l’humilité. Autant de qualités qui enrichissent aussi ma vie étudiante et professionnelle.
Je comprends également que l’équilibre est mouvant. Il peut pencher davantage vers les études, le travail ou la famille, selon les moments. L’important est de rester aligné avec mes valeurs : la présence, la progression, l’apprentissage et l’amour.
Devenir père a élargi ma perspective. Mes projets ne sont plus centrés sur moi, mais s’inscrivent désormais dans une vision à long terme où chaque effort prend un sens nouveau. Peut-être que le véritable équilibre ne réside pas dans la perfection de l’organisation, mais dans la capacité d’aimer profondément tout en continuant à grandir.
