
Rendre l’IA plus accessibles aux jeunes francophones issu.e.s de la diversité
Crédit visuel : Courtoisie
Article rédigé par Michelet Joseph — Chef du pupitre Actualités
L’activité Rewire the Future, organisée par Integration 101 Hub, visait à rendre l’intelligence artificielle accessible aux jeunes, notamment à celles et ceux issus de milieux sous-représentés. Destiné aux 16-30 ans, l’événement a eu lieu le samedi 21 mars au centre communautaire de Pat Clarck, à Ottawa. Il proposait une approche interactive mêlant réflexion critique et expérimentation, afin de permettre aux participant.e.s d’explorer concrètement le rôle de l’IA dans leur avenir.
Cet événement a été conçu pour combler les écarts d’accès aux technologies numériques, en particulier pour les communautés francophones et celles issues de la diversité. « On voit que l’IA devient de plus en plus présente, mais plusieurs communautés n’ont pas nécessairement accès à l’information. Notre objectif consistait à faire en sorte que personne ne reste en arrière », soutient Jennifer Louis, coordinatrice et membre du conseil d’Intégration 101 Hub.
Elle souligne également l’importance de la dimension linguistique dans le domaine technologique : « Les termes liés à l’IA demeurent majoritairement en anglais, donc les francophones accèdent encore moins à ces connaissances. On voulait vraiment offrir un espace bilingue pour corriger cela. »
Cette détermination à l’inclusion va au-delà de la simple traduction. Elle cherche à favoriser la maîtrise des outils numériques, notamment l’intelligence artificielle. « Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à utiliser ChatGPT, mais de comprendre tout l’écosystème de l’IA et d’en faire un usage sécuritaire et responsable », précise-t-elle. L’événement répond ainsi à un besoin réel, en permettant aux jeunes d’acquérir des compétences tout en réfléchissant à leur rôle dans un monde numérique en constante évolution.
Entre créativité et démonstration
Emmanuel Toussaint, créateur de contenu numérique, a marqué l’un des temps forts de l’événement. Il a transformé la théorie en une expérience tangible : « J’ai présenté un jeu que j’ai développé entièrement avec l’IA, en utilisant des agents qui m’ont aidé à coder le programme de A à Z, sans que j’aie besoin de coder moi-même. » Son intervention a servi à la fois d’introduction et de conclusion à l’événement, plongeant les participant.e.s dans une expérience immersive.
Pour illustrer le potentiel de l’IA, il a proposé un jeu-questionnaire généré en temps réel : « En moins d’une minute, l’IA m’a généré près de 78 questions adaptées au thème et aux participant.e.s, ce qui montre à quel point ces outils peuvent se révéler puissants et accessibles », s’est-il exclamé.
Son objectif poursuivait aussi une dimension pédagogique : « L’idée consistait à montrer aux gens qu’ils peuvent créer eux-mêmes des applications ou des jeux grâce à l’IA, même sans compétences techniques avancées », a-t-il ajouté. En impliquant directement le public, sa méthode a permis de rendre concret un outil souvent perçu comme abstrait, tout en suscitant leur intérêt et leur engagement.
Opportunités et prudence
Le vice-doyen Pacifique Manirakiza a présenté l’évènement de manière nuancée et équilibrée, mettant en évidence à la fois ses aspects pédagogiques et les défis qu’il soulève. « Je suis venu pour encourager, mais j’ai énormément appris. Cette activité offre une excellente occasion de démystifier l’IA. »
Manirakiza a souligné l’importance de dissiper les craintes liées à ces technologies. Selon lui, plusieurs personnes de sa génération pensent que l’IA va compromettre le raisonnement et l’effort des jeunes. Cependant, après avoir participé à Rewire the Future, il affirme avoir constaté que l’IA peut être utilisée de manière responsable pour faire avancer les projets.
Le vice-doyen rappelle que l’IA doit rester un outil au service de l’être humain.
"C’est à nous de diriger l’IA, ce n’est pas à l’IA de nous diriger "
-Pacifique Manirakiza-
Cette réflexion prend une importance particulière dans le milieu universitaire : « Il faut l’utiliser de manière éthique pour préserver l’intégrité académique, encourager l’originalité et éviter le plagiat », ajoute-t-il. Il met également en garde sur la nécessité de rester à l’affût des nouvelles technologies tout en conservant un esprit critique, car l’IA peut parfois induire en erreur.
Thomas Doyle, président de PMI Ottawa Valley Outaouais et expert en services numériques, met en lumière les transformations majeures des compétences liées à l’IA : « L’intelligence artificielle représente la modernisation de nos environnements, que ce soit dans le travail, les études ou la vie quotidienne », affirme-t-il.
Selon lui, les jeunes doivent s’adapter facilement. « Aujourd’hui, il ne suffit plus de maîtriser la théorie, il faut être ingénieux, débrouillard et s’adapter rapidement pour répondre aux besoins concrets et aux réalités actuelles», soutient-il.
Il insiste également sur les enjeux éthiques et de transparence. « Le problème ne réside pas dans l’utilisation de l’IA, mais dans le manque de transparence. Il faut reconnaître son usage et faire preuve d’honnêteté », explique-t-il. Il faut ainsi réévaluer la notion de tromperie, selon lui : « Tricher ne consiste pas à utiliser un outil, mais à en cacher l’usage et à manquer de transparence », souligne-t-il.
Enfin, il inscrit l’IA dans une évolution historique. « L’IA a toujours existé sous différentes formes. Ce que nous observons actuellement ne constitue rien de plus qu’une étape intermédiaire qui continuera à s’affiner avec le temps », conclut-il.
Une initiative à poursuivre
L’événement apparaît comme une première étape prometteuse, à en croire les propos de Miriam Faraja, présidente de l’organisation : « Les participant.e.s ont montré un grand intérêt pour des espaces inclusifs et accessibles autour de l’IA, ce qui souligne l’importance de les multiplier. » Dans cette perspective, des projets tels que « Sip & Learn » sont à l’étude afin d’approfondir les apprentissages et d’offrir des formats plus élaborés. « Nous voulons pérenniser l’utilisation des outils numériques chez les jeunes », précise-t-elle.
Rewire the Future s’inscrit ainsi comme un programme éducatif inclusif initié par Integration 101 Hub. Il vise à réduire les fractures sociales et technologiques en proposant des formations en intelligence artificielle, en leadership et en pratique. L’objectif demeure clair : former des individus capables d’analyser les enjeux technologiques contemporains, et non de simples utilisateur.rice.s.
