
SimArts – l’Art contemporain comme vitrine de notre nouvelle réalité
Crédit visuel : Jurgen Hoth – Photojournaliste
Article rédigé par Sandra Uhlrich — Journaliste
SimArts 2025 est une exposition d’art visuel mettant en avant 15 étudiant.e.s du département d’arts visuels, travaillant sur des médiums tels que l’acrylique, la peinture à l’huile, la photographie, le collage, etc. Les œuvres sont exposées à trois endroits différents du bâtiment de la Faculté des arts, Simard, jusqu’au 1er septembre 2026. Plusieurs artistes ont partagé avec La Rotonde leur processus artistique ainsi que les messages portés par leurs œuvres.
L’art face aux enjeux contemporains
Les œuvres de l’artiste Delaney Dye, étudiante de troisième année au baccalauréat en arts visuels (B.A.V), se basent surtout sur ses expériences personnelles. Son œuvre « Catch of the Day » est tirée de ses escapades de pêche en famille : « C’est à propos des expériences que j’ai eues en tant qu’enfant qui ne sont plus possibles à cause du changement climatique. » Cette peinture lui a valu le coup de cœur du jury.
Elle espère que ses œuvres encouragent le public à s’intéresser davantage à la peinture contemporaine : « Je pense que beaucoup de gens qui ne font pas partie de la communauté de l’art ne sont pas exposés à la peinture contemporaine. » Elle insiste toutefois sur le fait que les thèmes abordés par cette nouvelle génération d’artistes sont révélateurs des enjeux contemporains et pertinents dans le contexte actuel, contrairement aux idées préconçues que certain.e.s peuvent entretenir à propos de la peinture.
Kaitlyn Fleming, étudiante au B.A.V, met également de l’avant des enjeux contemporains avec sa peinture « Intervention ». Elle explique : « Je voulais créer quelque chose qui communique un message clair — si on continue d’exploiter la nature au nom de l’innovation, au-delà de ce que notre Terre peut supporter, elle finira par nous rejeter. Avec les changements climatiques en cours, on risque de cesser d’exister. »
Winner Tshibangu a reçu le coup de cœur du doyen pour son œuvre « Chasseur vs Roi Lion ». À travers cette peinture, il souhaite représenter la dualité entre la nature et les humains : « Pour moi, le roi Lion et le chasseur symbolisent un affrontement entre deux types de pouvoirs. » Le chasseur représente l’humain et ses efforts pour modifier la nature à son avantage, tandis que le lion incarne le rôle de gardien de la nature.
L’innovation et l’expérimentation artistique
La nouvelle réalité qui nous entoure façonne également l’art de Nellie Dadabaeva. Dans son œuvre « Nude Figure Study », elle explore un sujet intemporel de l’art — le sujet nu — qu’elle revisite sous un angle cubiste, à la manière de Picasso : « Prendre un sujet très ancien, historique, et utiliser un style très nouveau et avant-gardiste pour l’interpréter ». Elle explique que le fait de vivre en ville, dans un environnement très industrialisé, influence notre manière de percevoir le monde.
Dadabaeva se dit très consciente de l’impact grandissant de l’intelligence artificielle (IA) sur nos vies, ainsi que de son usage controversé dans le milieu artistique. Elle souligne toutefois que « l’IA suit surtout un schéma strict et, au-delà de ce modèle, ne peut ni créer ni innover. » Son œuvre « Chance » illustre, selon elle, ce que l’IA ne peut pas faire : un collage composé de plusieurs de ses dessins déchirés puis réassemblés. Il s’agit d’un processus profondément personnel, celui de détruire pour mieux créer. Elle estime que « les artistes devraient savoir comment utiliser l’IA correctement, comment naviguer avec elle et comprendre ses implications, notamment le fait qu’elle ne remplace pas la créativité humaine ».
La peinture « Red Hands, Dirty Paws » de l’artiste Sarah Kuchciak est également d’une grande actualité. Pour créer cette œuvre, elle a entamé une exploration de la notion de beauté en utilisant les fruits comme médiums, afin d’interroger sa signification au-delà de la performance. Les fruits ont été déchiquetés à main nue, photographiés, puis peints. Cette démarche met en lumière le fait que la beauté se trouve aussi dans le changement et la transformation : « Comme les fruits, nous sommes aussi touché.e.s par les gens dans nos vies, de façon positive et négative.» Cette peinture a reçu le coup de cœur de la rectrice, Marie-Ève Sylvestre.
Dans son œuvre « Paradis est une chambre », Kuchciak réutilise la technique de la photographie argentique afin de juxtaposer deux photos sur un même tirage. Elle place le sujet de la femme au centre de son œuvre : « Les femmes elles-mêmes n’étaient pas reconnues, ni glorifiées, et leur travail n’était pas valorisé. Pourtant, les peintures réalisées par des hommes étaient considérées comme étant de haute qualité et belles. » Elle espère que « les gens pourront se voir dans ces œuvres et réaliser qu’iels n’ont pas besoin de se conformer aux idéaux imposés par la société s’iels ne le souhaitent pas. »
Pour l’artiste Mégane Lamoureux, SimArts représente avant tout « une belle opportunité d’exposition », permettant de faire connaître son travail à un public plus large. Elle voit également dans l’exposition un geste de démocratisation de l’art. Le fait d’installer des œuvres dans des espaces publics fréquentés par les étudiant.e.s « rend [l’art] plus accessible ». Cultivant l’exploration dans ses œuvres — notamment par l’utilisation d’une technique inspirée du glaçage de gâteau dans son œuvre « Heart Bouquet », elle espère susciter le questionnement.
Tous les artistes interviewé.e.s partagent un même enthousiasme à l’idée de voir leurs œuvres exposées dans des lieux à forte fréquentation. Pour eux et elles, SimArts 2025 représente plus qu’une simple exposition : c’est une invitation au dialogue, une fenêtre ouverte sur les préoccupations de leur génération. En investissant les espaces du quotidien du campus, ces jeunes créateur.rice.s espèrent provoquer la réflexion, éveiller la curiosité et rappeler que l’art contemporain n’est pas un monde à part, mais bien le miroir de notre réalité en constante mutation. Une exposition à découvrir jusqu’au 1er septembre 2026.
