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Système éducatif sous pression : Ford a encore frappé

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Article rédigé par Sandra Uhlrich — Journaliste

Le gouvernement ontarien a décidé de mettre fin au gel des droits de scolarité et de modifier le Régime d’aide financière aux étudiant.e.s de l’Ontario (RAFÉO). L’annonce, faite au début du mois de février, a suscité une vive contestation dans le milieu étudiant de la province, y compris à l’Université d’Ottawa (U d’O).

Le RAFÉO menacé

Selon les récentes décisions du gouvernement de Doug Ford concernant les étudiant.e.s du postsecondaire, deux changements majeurs entreront en vigueur à partir de la session d’automne 2026 : les universités pourront augmenter les frais de scolarité de 2 % par an pendant trois ans. La réforme du RAFÉO prévoit également de réduire les bourses au profit des prêts et d’exclure certain.e.s étudiant.e.s (collèges professionnels) de l’accès aux bourses à partir de 2026. 

La mesure qui suscite le plus de réactions demeure toutefois la restructuration du RAFÉO. Le gouvernement a annoncé faire passer la proportion  maximale des bourses accordées de 85% à 25% pour la prochaine année scolaire. Le gouvernement justifie cette mesure en affirmant veiller à « rétablir la viabilité du RAFÉO ». En ce sens, il cherche à « harmoniser le cadre ontarien de soutien financier aux étudiant.e.s avec celui des autres provinces du Canada ». 

Cyrielle Ngeleka, présidente du comité exécutif ontarien de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCÉE-Ontario) s’inquiète en revanche de l’impact direct que cette mesure, combinée à la hausse des frais de scolarité, aura sur la capacité future des étudiant.e.s à poursuivre leurs études postsecondaires. Elle mentionne notamment que la capacité à rembourser les dettes liées à la scolarité pourrait être compromise.

Alex Stratas, commissaire à la revendication du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa, souligne que les premier.ère.s impacté.e.s sont les étudiant.e.s qui ne bénéficient pas de soutien de leur famille ou d’autres formes d’aide. Elle affirme avoir discuté avec des étudiant.e.s qui se demandent s’iels pourront continuer leurs études. 

Toutes deux soulignent que cette annonce, qui affectera les étudiant.e.s, n’est pas surprenante. Le gouvernement avait déjà menacé le secteur postsecondaire avec des projets de loi comme le projet de loi 33. Ngeleka accuse le gouvernement d’avoir un « agenda qui ne priorise pas l’éducation ». Elle déplore l’absence de financement additionnel pour le RAFÉO malgré l’augmentation du nombre d’étudiant.e.s.

Impacts des changements annoncés

Dans le même communiqué du gouvernement, celui-ci annonçait un investissement additionnel de 6,4 milliards de dollars pour l’éducation postsecondaire sur quatre ans (une moyenne de 1,6 milliard par an), destiné à rehausser le financement annuel de fonctionnement (l’argent distribué entre chaque université ou collège financé par le gouvernement provincial) jusqu’à 7 milliards $. 

Cette nouvelle s’accompagne également d’un dégel des frais de scolarité : les frais de scolarité avaient été réduits de 10% en 2019-2020, puis gelés à ce niveau jusqu’à cette année. 

Pour les trois prochaines années, les universités et collèges seront autorisés à augmenter leurs frais de scolarité, jusqu’à un maximum de 2% par année. Par la suite, les hausses annuelles devront respecter la règle suivante : les établissements pourront augmenter leurs frais du taux d’inflation ou de 2%, selon le plus faible des deux. Dans le cas de l’U d’O, cela voudrait dire que les droits universitaires pourraient augmenter de 60 $ pour la prochaine rentrée scolaire, passant de 3 044,08 $ CA à 3 104,96 $ CA par session (pour un.e étudiant.e ontarien.ne en sciences sociales au premier cycle).

Droits de scolarité moyens des étudiant.e.s à temps plein du premier cycle, selon la province ou le territoire, 2025-2026, dollars constants

(Statistique Canada)

Face à ces modifications, Cyrielle Ngeleka réagit : « En tant qu’étudiant.e.s et Fédération, nous apprécions l’augmentation du financement du secteur en général, mais nous n’apprécions pas que ces décisions s’accompagnent toujours de coupures au sein du secteur postsecondaire.

Mobilisation globale

Surtout face aux changements apportés au RAFÉO, la population étudiante sur l’ensemble de la province se mobilise. Stratas assure être en collaboration directe avec l’Association des étudiant.e.s de l’Université Carleton (CUSA), les associations des étudiant.e.s gradué.e.s ainsi que différents groupes étudiants pour coordonner les efforts de mobilisation. 

Stratas souligne les actions possibles : envoyer un courriel à votre député provincial, vous joindre en tant que volontaire ou participant.e à la mobilisation, et surtout se tenir informé.e. 

Pour l’occasion, une campagne nommée « Défendons RAFÉO » a été lancée, appelant notamment à un rassemblement massif le 24 mars aux quatre coins de la province. Pour la région d’Ottawa, le rassemblement s’est tenu au palais de justice de l’Ontario, au coin de Laurier et Elgin, à 13h30

La FCÉE-ON, pour sa part, poursuit sa campagne «Ne touchez pas à notre système d’éducation», lancée à l’origine en réaction au projet de loi33 et désormais également mobilisée pour dénoncer les changements apportés au RAFÉO. Ngeleka rappelle que la lutte sera de longue haleine, mais que la voix des étudiant.e.s doit être entendue. 

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