
« Un million de cœurs canadiens » : plusieurs vivent avec des facteurs de risque non contrôlés
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique
Article rédigé par Davy Bambara – Journaliste
L’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa (ICUO) a lancé à la mi-septembre 2025 la campagne « Un million de cœurs canadiens » qui vise à transformer le dépistage des maladies cardiovasculaires au pays. Depuis, l’initiative affiche des résultats encourageants, selon les organisateur.rice.s. Toutefois, plusieurs défis subsistent pour atteindre son objectif d’envergure nationale.
Des résultats prometteurs mais révélateurs d’un enjeu de santé publique
Selon le Dr David Messika-Zeitoun, le directeur de cette campagne, le programme a atteint environ 5000 participant.e.s depuis son lancement, ce qui demeure un chiffre relativement faible par rapport à l’objectif initial, mais significatif compte tenu de la phase de déploiement.
Les données recueillies révèlent l’étendue des besoins en matière de santé cardiovasculaire. En effet, une proportion considérable des personnes dépistées présentent des anomalies, qu’il s’agisse de maladies valvulaires, souvent méconnues, ou d’autres affections cardiaques plus silencieuses.
À cela s’ajoute un constat préoccupant : de nombreux.ses participant.e.s vivent avec des facteurs de risque non contrôlés, comme l’hypertension, le diabète ou un taux de cholestérol élevé. « Les gens connaissent l’infarctus, mais pas les maladies valvulaires.
Il y a un vrai déficit d’éducation », souligne le Dr Messika-Zeitoun. Ces résultats confirment la pertinence de l’approche adoptée par l’ICUO, qui mise autant sur la prévention que sur le dépistage.
Une approche humaine au cœur du projet
L’une des particularités de la campagne réside dans sa manière d’aborder les personnes dépistées. Ici, il n’est pas question de patient.e.s, mais de participant.e.s, une nuance qui reflète une philosophie axée sur la prévention et l’accompagnement. « Quand iels arrivent, iels ne sont pas encore malades », rappelle le directeur du programme.
Cette approche, combinée à la gratuité des services et à l’absence de visée lucrative, contribue à instaurer un climat de confiance. Elle s’avère particulièrement importante dans les milieux plus vulnérables, où l’accès aux soins peut être limité et la méfiance envers les institutions plus présente.
Les équipes sur le terrain, composées de professionnel.le.s engagé.e.s, jouent un rôle clé dans cette relation de proximité, en offrant un accompagnement à la fois technique et humain.
Par ailleurs, au-delà des chiffres, l’initiative s’impose progressivement comme un outil de sensibilisation. Chaque intervention devient une occasion d’informer les participant.e.s et leur entourage sur les enjeux liés aux maladies cardiovasculaires, contribuant ainsi à combler un manque de connaissance encore répandu dans la population.
La portée de la campagne dépasse désormais le cadre local. Elle suscite un intérêt croissant à l’échelle nationale, notamment auprès d’organisations médicales et de décideur.euse.s publics. Des événements organisés dans des lieux politiques témoignent de cette reconnaissance, illustrant la capacité du projet à influencer les discussions sur la santé publique.
Des défis logistiques et sociaux à surmonter
Malgré ses avancées, la campagne doit composer avec plusieurs obstacles. Dès ses débuts, le projet a dû faire face à un certain scepticisme, l’idée de dépister des maladies cardiaques hors du cadre hospitalier suscitant des doutes. « Quand j’ai présenté le projet, on m’a regardé comme si j’étais fou », confie le Dr Messika-Zeitoun.
Aujourd’hui encore, les contraintes logistiques représentent un défi important, souligne-t-il. Le transport du matériel, l’adaptation à des espaces variés et les conditions climatiques compliquent parfois le déploiement des activités. À cela s’ajoutent des enjeux liés à l’accessibilité sociale. Certaines populations, notamment les plus défavorisées, sont plus difficiles à joindre, en raison de la méfiance, de conditions de vie précaires ou de problèmes de santé mentale.
Un passage à l’échelle déterminant
Pour atteindre son objectif d’un million de dépistages, la campagne devra dorénavant passer à l’étape de l’expansion. Le projet s’étend sur une période de cinq à sept ans, ce qui implique un développement important de ses capacités d’intervention.
Les prochaines phases visent à renforcer les équipes, à multiplier les sites de dépistage et à améliorer la logistique, grâce à l’acquisition prévue d’un véhicule mobile dédié. Cette évolution permettra d’élargir le territoire couvert et de rejoindre davantage de communautés.
« L’objectif, c’est d’augmenter notre capacité et de créer des liens pour amplifier le programme », explique le Dr Messika-Zeitoun. Cette montée en puissance sera essentielle pour transformer une initiative prometteuse en véritable programme national.
