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Une école ne devrait jamais être un endroit effrayant

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong— Directrice artistique

Chronique rédigée par : Rida Ighirane – Journaliste

Dans un lycée de Tumbler Ridge, une ville située au nord-est de la Colombie-Britannique, une fusillade s’est produite le 10 février 2026. J’ai été profondément choqué lorsque je l’ai appris. Selon les informations initiales, la suspecte aurait tué sa propre mère et son demi-frère, blessé plus d’une vingtaine d’autres personnes, avant de mettre fin à ses jours. Les autorités continuent d’investiguer afin d’éclaircir les circonstances entourant cette tragédie.

Peu importe le pays, le continent ou le contexte, l’école devrait être un refuge. C’est un lieu d’apprentissage et de construction personnelle, un espace où les personnes les plus vulnérables devraient pouvoir évoluer en toute sécurité. Lorsque la violence s’y introduit, elle ne détruit pas seulement des vies : elle ébranle un principe presque universel.

Ce drame a réveillé en moi un mélange de sidération et d’incompréhension. Depuis près de trois ans que j’habite à Ottawa, je me sens profondément en sécurité dans ma vie quotidienne. J’ai vécu la majeure partie de ma vie au Maroc, j’ai également habité en Belgique et voyagé à travers l’Europe. Honnêtement, c’est au Canada que je me sens le plus en sécurité, il n’y a pas photo.

Je parle de choses simples, comme se promener tard le soir, prendre les transports en commun, étudier à la bibliothèque sans craindre le pire. En somme, vivre sans cette tension diffuse que l’on peut ressentir ailleurs.

Voilà pourquoi ce contraste me frappe d’une façon particulière. Après trois ans passés à Ottawa, je me suis habitué à une sorte de calme ordinaire, à une sécurité si naturelle qu’on en oublie presque la fragilité de son existence. Ce genre de drame vient malheureusement la fissurer, sans pour autant totalement l’anéantir. En effet, il nous rappelle brutalement que personne n’est totalement à l’abri. Même à l’école. Même au Canada…

Les fusillades en milieu scolaire demeurent plus fréquentes aux États-Unis qu’au Canada. Cela ne signifie pas qu’elles soient inexistantes ici. Elles restent rares, mais lorsqu’elles surviennent, elles marquent profondément l’imaginaire collectif.

Comme souvent après ce type de tragédie, l’attention s’est rapidement tournée vers les armes à feu. Il a été rapporté que la tireuse présumée détenait un permis périmé et que des armes avaient déjà été confisquées à son domicile.

Faut-il aller plus loin? Doit-on renforcer la sécurité autour des écoles? Durcir encore la législation? Peut-être. Mais il me semble que la question dépasse le simple cadre des armes.

Le FBI Behavioral Analysis Unit, dans ses ressources sur les tireur.euse.s actif.ve.s, rappelle que les profils des auteurs sont rarement simples. Isolement, sentiment d’injustice, humiliation, détresse psychologique… Les facteurs peuvent varier d’un individu à l’autre. Pourtant, ces réalités touchent un grand nombre de personnes sans qu’elles ne passent à l’acte.

Pourquoi certaines personnes franchissent-elles cette ligne ?

À mon avis, si l’on souhaite réellement éviter que de tels actes de violence se reproduisent, il faudra sans doute accepter d’aborder ces questions, même lorsqu’elles dérangent. Les comprendre ne signifie pas excuser leurs auteur.rice.s, mais plutôt chercher à analyser les mécanismes de rupture, les signaux ignorés et les failles sociales ou institutionnelles afin de mieux prévenir de tels drames.

Parallèlement, il ne faut pas tomber dans la paranoïa. Refuser la banalisation ne signifie pas non plus vivre dans la crainte constante. Peut-être que la maturité collective réside dans la protection des éléments essentiels pour une vie paisible, tout en ayant le courage d’affronter les failles de notre époque : l’accès parfois limité ou compliqué aux services de santé mentale, la défaillance du mécanismes de détection précoce entre l’école et la famille, ou encore l’isolement que vivent certain.e.s jeunes dans leur milieu scolaire.

En tant qu’étudiant.e.s ou élèves, nous franchissons les portes de nos établissements,  avec une confiance presque instinctive. Préserver cette confiance exige sans doute moins de crainte que de lucidité, de responsabilité partagée et de vigilance collective. C’est probablement ainsi que nous pourrons continuer à croire en la sécurité de nos écoles et de nos campus.

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