
Cœurs sous pression : la Saint-Valentin, geste d’amour ou simple rituel social ?
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Article rédigé par Sandra Uhlrich — Journaliste
La Saint-Valentin, bien que souvent critiquée comme une fête commerciale, s’est imposée au fil des ans comme un véritable rituel social. Parallèlement, le phénomène des Galentines s’est intensifié : plusieurs clubs de l’Université d’Ottawa (U d’O) organisent des événements spéciaux pour la célébration de cette journée. La Saint-Valentin est-elle donc un bon rappel pour exprimer son amour à autrui, ou davantage une pression sociale ? Deux étudiant.e.s ont partagé leur point de vue sur le sujet.
Des cœurs, des cœurs et encore des cœurs
Dans tous les grands supermarchés, à l’approche de la Saint-Valentin, les rayons se remplissent de chocolat, de nounours rose et rouge, et d’articles thématiques. Un sondage américain chiffrait les dépenses qui y sont liées à près de 29,1 milliards $ US, soit presque 200$ par personne.
Tiana, étudiante en criminologie, critique cette habitude : « C’est une fête très commerciale », qui « renvoie l’idée que, pour prouver son amour, il faut inonder l’autre de cadeaux ». Pour elle, cette attente non dite représente une source de stress. Elle ajoute : « J’aimerais qu’on normalise le fait que la Saint-Valentin ne doit pas obligatoirement s’accompagner de cadeaux. On devrait pouvoir célébrer cette fête sans se sentir obligé.e de dépenser de l’argent pour prouver son affection. »
Malgré ces critiques, Tiana reconnaît que la Saint-Valentin reste fidèle à son essence : « Elle constitue une fête thématique, donc il est logique qu’elle se concentre sur l’amour romantique avant tout. » Cependant, elle souligne que « les réseaux sociaux, les publicités et les marchandises en magasin créent une pression », transformant cette fête en « obligation sociale qui pèse sur les couples ».
À l’approche du 14 février, cette pression se fait surtout ressentir en ligne. Anthony, étudiant en deuxième année de sciences biomédicales, explique : « Sur les réseaux sociaux, des semaines à l’avance, on peut voir les personnes préparer leurs cadeaux, les sorties au restaurant, etc. Le jour même, toutes les personnes en couple postent leur douce moitié, d’autres leurs sorties entre ami.e.s. Pour les célibataires, la pression peut aussi se faire sentir en raison du nombre d’activités orientées vers le thème “trouver l’amour” ». Sur le campus, par exemple, plusieurs activités ont été organisées par des clubs, comme Le vrai match, organisé par l’Association des étudiant.e.s ivoirien.ne.s et l’Association des étudiant.e.s béninois.es, ou Shoot your shot, organisé par l’Association des étudiant.e.s en psychologie et la société des étudiant.e.s en génie mécanique.
Si les magasins revêtent des couleurs roses et rouges emblématiques, l’ambiance sur le campus reste, en revanche, plus sobre. Tiana note que, contrairement à l’ambiance festive du secondaire, l’expérience universitaire prend un ton plus discret. Elle témoigne : « Sans mon calendrier, je ne me serais pas rendu compte qu’il s’agissait d’une période différente d’une autre. Il n’y a pas vraiment de décoration sur le campus, ce qui change beaucoup du secondaire, où l’ambiance était plus marquée. »
La Saint-Valentin et l’amitié
Au fil des années, la Saint-Valentin a évolué vers une plus grande inclusion, notamment avec la promotion des Galentines. Popularisées dans les années 2010 aux États-Unis, ces soirées se fêtent le 13 février pour célébrer l’amitié féminine. Dès l’école primaire, la Saint-Valentin est également mise de l’avant sous le prisme de l’amitié, chaque élève étant invité.e à distribuer de petites cartes d’amitié à ses camarades.
Tiana voit d’un œil positif cette inclusion : « Ces célébrations offrent une excellente occasion de témoigner de l’affection envers nos proches, à condition de ne pas retomber dans le piège de la surconsommation et du marketing. » Elles permettent également de prendre soin de soi-même et de pratiquer l’amour de soi.
L’amour : à partager tous les jours
Pour Anthony, la Saint-Valentin représente une fête que l’on devrait célébrer chaque jour. Selon lui, « donner de l’amour à autrui et partager ce besoin de solidarité, de présence humaine et d’amitié », ne devrait pas se limiter à une date précise. Il prend régulièrement le temps de remercier ses ami.e.s et de prendre de leurs nouvelles.
Tiana partage ce point de vue et révèle ce qui résonne particulièrement pour elle : « Des gestes tout simples, comme quand mes proches me contactent régulièrement pour savoir si je vais bien, ou quand je reçois des messages vocaux me racontant leur journée ». Elle ajoute que recevoir un café de la part de son partenaire « juste comme ça », ou constater que ses ami.e.s se souviennent de détails évoqués précédemment, constitue autant de petites attentions qui comptent énormément pour elle.
« Au fond, ce sont ces gestes de gentillesse et ce sentiment d’être soutenu au quotidien qui donnent toute la valeur à nos relations. »
— Tiana —
