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Sports et bien-être

Culturisme : chaque muscle raconte une histoire

Crédit visuel: Élodie Ah-Wong

Chronique rédigée par Joelluc Liandja – Journaliste 

En observant les culturistes, je m’interroge…quel est le but poursuivi réellement ? Ils.elles enchaînent les charges de fonte, respectent avec rigueur leurs temps d’entraînement et scrutent leur reflet dans le miroir. De l’extérieur, les culturistes apparaissent souvent comme uniquement obsédé.e.s par leurs muscles, voire par leur propre image. Pourtant, au-delà des clichés, le culturisme porte un tout autre discours : celui d’une quête d’équilibre, de maîtrise et de reconstruction personnelle. Entre bien-être, recherche esthétique et dépassement de soi, chaque muscle semble porter une histoire singulière. 

Un mode de vie

Si Eugen Sandow est considéré comme le père du culturisme, les parcours empruntés par d’autres adeptes de la discipline sont tout aussi inspirants.  Arnold Schwarzenegger, figure mondiale incontournable, a sculpté son corps grâce à une détermination inébranlable et une ambition insatiable. Larry Scott, surnommé « The Legend », ainsi que Zyzz, ont eux aussi influencé des milliers de personnes par leur quête de progression musculaire.Cette culture du développement musculaire ne se limite pas aux célébrités internationales. Elle s’exprime également à l’échelle locale, comme en témoigne l’existence du Gymbro, le club de culturisme de l’Université d’Ottawa (U d’O), où se réunissent des passionnés issus de milieux variés.

Au sein d’une salle de sport, chaque individu transporte une histoire unique qui peut parfois être plus lourde que le poids. J’ai rencontré certain.e.s qui se forcent à se reconstruire après une rupture amoureuse, d’autres qui cherchent à reprendre le pouvoir après une maladie, mais aussi des étudiant.e.s sous pression, des employé.e.s épuisé.e.s, etc.  

En parcourant les lignes de cet article, je découvre que c’est un sport exigeant:horaire régulier, alimentation contrôlée, surveillance adéquate du sommeil. C’est une pratique de la transformation physique et mentale, qui rappelle à quel point la constance et la discipline sont importantes. Derrière ce décor  parfois stéréotypé, se dissimule une discipline profondément personnelle, subtile, sophistiquée et presque philosophique. Je pense que pour les adeptes, le culturisme, c’est plus qu’un sport.

Miroir magique

On se croirait dans le conte de Blanche-neige où l’on se regarde sans cesse dans le miroir. Le miroir, omniprésent dans les salles de sport, est à la fois un allié et un ennemi. On perd la distinction entre une pratique sportive, équilibrée et une dépendance. Cette quête d’amélioration peut dériver vers une insatisfaction permanente : être toujours plus sec, plus musclé, plus « parfait ». Le corps devient une œuvre en perpétuelle construction, un chantier sans fin.

C’est sans doute ce qui explique que le culturisme soit souvent perçu comme l’art de développer des muscles imposants, d’enchaîner les poses sous un éclairage intense, parfois devant un public enthousiaste. Une vision façonnée par ce que l’on retient de la scène : le grincement du métal, la sueur omniprésente, les reflets captés par le miroir.

Cette pression esthétique n’épargne personne, pas même les femmes, longtemps cantonnées à des rôles secondaires dans un univers historiquement dominé par les hommes. Aujourd’hui, elles investissent cet espace avec assurance et détermination, affirmant que la force relève d’un droit, non d’une transgression.

En s’imposant, elles bousculent les normes établies dans de nombreuses sociétés et déconstruisent l’idée selon laquelle la musculation ne serait pas destinée aux femmes. Des figures pionnières comme Vulcana, la « femme forte » galloise, Khoudiedji Sidibé, alias Tjiki , ou encore Angéla Gagné  ont dû lutter pour briser ces stéréotypes et se faire une place dans l’arène. J’en conclus que le culturisme féminin ne vise pas à reproduire un modèle masculin, mais bien à se réapproprier son propre corps.

Le muscle flirte avec l’art

Réduire le culturisme à une simple accumulation de muscles serait injuste. Il s’agit avant tout d’un art esthétique. Les poses ne sont pas anodines : elles portent un sens et mettent en scène le corps comme une sculpture vivante. Chaque mouvement est minutieusement étudié, répété et perfectionné.

Les athlètes cherchent à créer des formes harmonieuses et équilibrées, en accordant une attention particulière aux moindres détails, à l’image d’un peintre devant sa toile. Ils sculptent, retouchent et observent leur corps, donnant libre cours à leur expression personnelle, même si certains perçoivent cette démarche comme une forme de vanité. Ces deux lectures peuvent sans doute coexister.

Au fond, le culturisme peut favoriser la santé, renforcer la confiance et nourrir l’estime de soi, à condition de ne pas perdre de vue l’essentiel. Chaque parcours est unique, chaque motivation singulière : certains aspirent à la reconnaissance, d’autres à la transformation, d’autres encore y trouvent un refuge ou une échappatoire. À mes yeux, le culturisme se situe à la croisée des chemins, entre discipline bénéfique et risque de dépendance, entre expression artistique et pratique sportive.

D’accord… je l’avoue, je suis davantage attaché au versant apaisant de ce sport. Je suis persuadé que beaucoup soulèvent aussi des poids pour se détendre, tout simplement. Rien de plus : ces personnes arrivent à la salle l’esprit encombré et en repartent plus légères. En ce sens, c’est une expérience profondément positive, presque thérapeutique.

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