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Deux États américains légalisent le pot: le Canada emboîtera-t-il le pas?

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12 novembre 2012

 – Par Émilie Deschamps –

Le 6 novembre dernier, alors que les yeux étaient rivés sur la présidentielle, le Washington et le Colorado ont légalisé l’usage récréatif de la marijuana par voie référendaire. L’Oregon, de son côté, a voté contre une motion du même genre. La Rotonde en a profité pour approfondir la question et examiner les pours et les contres de la légalisation au Canada.

Un vent favorable semble souffler sur la Colombie-Britannique

Le groupe SensibleBC milite pour la tenue, en 2014, d’un référendum sur la légalisation de la marijuana en Colombie-Britannique. Le 17 septembre, Elections BC a confirmé que le projet de loi entrait dans la juridiction de la province et qu’il pouvait être soumis à un référendum.

La coalition Stop the Violence BC a révélé, le premier novembre dernier, les données d’un sondage Angus Reid sur la légalisation. Selon ce sondage, 75 % des Britanno-Colombiens sont en accord avec le constat que l’arrestation des producteurs et des revendeurs de marijuana est inefficace et qu’il serait préférable d’en taxer la vente et d’en réguler l’usage pour les adultes. Selon Stop the Violence BC, ce sondage montre que les politiciens doivent ajuster leurs positions en fonction de celles du public. Cette coalition réunit des Britanno-Colombiens préoccupés par les liens entre la prohibition et la criminalité dans la province. La Colombie-Britannique est la province où le taux de consommation de drogues illégales, tous types confondus, est le plus élevé.

Pendant ce temps, au fédéral

Sur la scène fédérale, 77 % des délégués du Parti libéral du Canada (PLC) ont appuyé, en janvier 2012, une motion en faveur de la légalisation, la réglementation et la taxation de la marijuana. Le PLC justifie sa position par le coût élevé de la prohibition et par son inefficacité. En 2009, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a ainsi saisi 1 845 734 plants de marijuana. Selon le dernier rapport sur la situation des drogues illicites au Canada, publié par la GRC, le cannabis est la substance illicite la plus consommée au Canada. Le taux de consommation de cannabis chez les jeunes de 15 à 24 ans est de 26,3 %. Le rapport souligne d’ailleurs que ces taux « doivent être considérés comme des estimations conservatrices des taux réels ».

Pour le PLC, « Stephen Harper continue de mener une guerre contre la drogue vouée à l’échec, car elle ne profite qu’au crime organisé et intensifie l’activité des gangs ». La position du PLC s’appuie aussi sur les conclusions du Comité sénatorial spécial sur les drogues illicites qui, après de larges consultations avec le public et des spécialistes, a recommandé en 2002 la légalisation du cannabis.

Selon Annalisa Harris, vice-présidente des Jeunes libéraux de l’Université d’Ottawa (JLUO), « de toutes les résolutions adoptées au congrès de 2012, c’est certainement celle qui a le plus été mise de l’avant » par le parti. Mme Harris souligne que le thème de la dernière campagne de recrutement des Jeunes libéraux sur les campus secondaires était justement la légalisation de la marijuana. Mme Harris explique que ce thème s’est révélé « vraiment populaire » et que les JLUO ont «recruté beaucoup de nouveaux membres. »

Elle explique que la question qui reste à débattre est celle des modalités de la décriminalisation, c’est-à-dire « comment devrait-on produire et vendre lamarijuana, est-ce qu’on devrait la vendre dans des sociétés d’État ou des magasins privés, qui devrait en assurer la qualité et la sécurité [et] qui y aurait accès ».

Rappelons que c’est aussi le PLC qui avait légalisé la marijuana à des fins médicales en 2001. Allan Rock, le recteur de l’Université d’Ottawa (U d’O), était alors ministre fédéral de la Santé et, aujourd’hui, se dit fier de la décision de son parti. « C’est tout à fait clair qu’en tant que personnes malades, il faut avoir accès aux médicaments qui peuvent nous aider. Pourquoi pas la marijuana si ça peut vous aider? C’est une croyance de certaines personnes que c’est une drogue dangereuse, c’est ridicule. »

Interrogé sur la position pro-légalisation du PLC actuel, M. Rock souligne tout d’abord qu’on retrouve des politiques différentes à travers les régions du Canada, concernant la marijuana: « C’est injuste que, dans le même pays, il y ait deux poids, deux mesures », affirme-t-il.

Il ajoute finalement: « Il n’y a pas de preuve que la marijuana a des conséquences néfastes sur la société, surtout si on compare avec l’alcool. Si vous visitez la cour criminelle ici, à Ottawa, par exemple, les problèmes causés par l’alcool sont beaucoup plus fréquents et majeurs que ceux causés par la marijuana. »

Jusqu’en 2005, plusieurs projets de loi suggérant diverses formes de décriminalisation ont été proposés à la Chambre des communes. Toutefois, ils sont tous morts au feuilleton.

Changement de cap depuis 2006

L’arrivée du gouvernement Harper en 2006 a renversé la vapeur avec la politique du tough on crime. Le gouvernement a, entre autres, imposé des peines minimales obligatoires pour les délits liés à la production et à la vente de cannabis et d’autres drogues. Le Parti conservateur du Canada considère principalement que les « trafiquants et [les] producteurs de drogues […] menacent la sécurité de nos collectivités ». Le gouvernement a donc investi 102 millions de dollars supplémentaires sur cinq ans afin de soutenir les enquêtes et les poursuites sur les crimes liés à la drogue. Ce montant permettra, entre autres, de « renforcer la capacité des forces policières de lutter contre les installations de culture de marijuana ».

Maxime Hupé-Labelle, ancien organisateur politique pour la Coalition avenir Québec, a une position bien particulière sur le sujet. Pour cet étudiant en sciences politiques à l’U d’O, les référendums du Washington et du Colorado sont une bonne nouvelle, mais ça ne signifie pas qu’il faudrait faire la même chose au Canada. « Ici, on a encore un système de santé public, […] il y a déjà des problèmes de consommation liés au tabac et à l’alcool, je vois mal comment on pourrait légaliser un autre produit néfaste pour la santé et demander à tous les citoyens encore une fois de payer pour la responsabilité des individus consommateurs. » Il conclut: « C’est beaucoup plus sensé d’avoir une légalisation aux États-Unis que ça pourrait l’être dans le contexte canadien actuel. »

Le Parti conservateur: de plus en plus isolé à l’extrême?

De son côté, le Nouveau parti démocratique (NPD) adopte une position plus modérée, acceptant une décriminalisation, mais pas la légalisation… Pour le moment. Selon Jonathan Allard, vice-président aux communications pour les Jeunes néo-démocrates du Québec (JNDQ), l’aile jeunesse de la section Québec du NPD, il a été proposé de « complètement annuler la prohibition sur le cannabis », mais cette idée n’a pas dépassé le stade de proposition. Selon M. Allard, « le NPD ne s’est pas vraiment mis à jour sur la question » mais il souligne que, selon lui, « les valeurs du parti vont clairement dans le sens de la légalisation ».

Le même genre de phénomène se retrouve chez les JNDQ où, selon M. Allard, la question a été abordée en coulisse par les membres mais sera discutée « plus officiellement dans un futur rapproché ». Il souligne: « On aurait probablement l’appui pour une légalisation. »

 

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