
FrancoQueer comme pilier de la lutte pour les droits 2ELGBTQI+
Crédit visuel : Courtoisie
Entrevue réalisée par Sandra Uhlrich — Journaliste
Alors que les discussions sur les droits des personnes de la communauté 2ELGBTQI+ font rage au Canada, l’organisme FrancoQueer continue de mener des actions de sensibilisation et d’accompagnement auprès des communautés francophones. Le 25 mars, il a organisé un webinaire sur la diversité affective, sexuelle et de genre. L’équipe de La Rotonde a discuté avec Anne-Sophie Ruest-Paquette, responsable du programme jeunesse, des défis actuels et des initiatives en cours.
La Rotonde (LR) : En quelques mots, pourriez-vous présenter le rôle de FrancoQueer et son initiative Perspectives arc-en-ciel?
Anne‑Sophie Ruest‑Paquette (AR) : FrancoQueer est la première et unique association provinciale pour les francophones de SLGBTQIA+, et leurs allié.e.s en Ontario, et elle fête ses 20 ans cette année! L’organisation fournit à la fois des services aux communautés francophones de la population 2ELGBTQI+, ainsi que des services pour les milieux qui accueilleront et serviront ces personnes.
Je suis gestionnaire du programme jeunesse de la vente des services et de la recherche de FrancoQueer. Je supervise le projet Perspectives arc-en-ciel, qui offre une formation, une démystification et un renforcement du pouvoir pour le respect et l’inclusion des francophones de 2ELGBTQI+ en Ontario. Nous nous sommes engagé.e.s à organiser des webinaires sur la diversité affective, sexuelle et de genre, les enjeux intersectoriels, la communication inclusive, etc.
LR : En Ontario, observe‑t‑on l’émergence de mesures ou de discours politiques similaires à ceux adoptés dans d’autres provinces, qui pourraient fragiliser la communauté queer, en particulier les jeunes ?
AR : Au Canada, je ne sens pas que nos droits soient menacés comme c’est le cas aux États-Unis. Il y a par contre des discours de résistance qui émergent : on a vu des contraintes législatives concernant le droit à la confidentialité des jeunes dans différentes provinces.
En Ontario, les jeunes ont droit à la confidentialité vis-à-vis de leur famille. Cependant, ils s’inquiètent des restrictions dans d’autres provinces et ressentent de l’insécurité. Le Code des droits de la personne de l’Ontario est solide. Mais je croise les doigts pour qu’on ne se rende pas là, car nos jeunes sont déjà assez inquiets de ce qui se passe dans le monde.
LR : Comment est-ce que les jeunes vivent ce climat politique particulier?
AR : Iels ont peur. Et ça compromet leur construction identitaire, leur réussite scolaire, leur épanouissement et leur capacité à se projeter dans l’avenir. Ça génère énormément d’impuissance. Je le redis, les jeunes de nos communautés ne sont pas destiné.e.s au suicide. C’est la culture qui pousse vers le suicide. On finit par aliéner les personnes queer d’une sphère de vie à l’autre jusqu’à ce qu’iels se sentent aliéné.e.s de l’humanité, et c’est cela qui les pousse vers l’automutilation, vers le suicide.
On a une responsabilité collective envers nos jeunes, faire valoir leurs droits, les défendre, et amplifier leurs voix, leurs préoccupations. Les expertes et les experts de la jeunesse arc-en-ciel sont les jeunes arc-en-ciel d’aujourd’hui. Il faut les écouter.
LR : Dans l’accompagnement de ces milieux, comment ça se passe? Comment est-ce que les enseignants et le personnel des écoles reçoivent ça? Comment est-ce que vous, vous les aidez dans ce cheminement?
AR : Nous travaillons avec des milieux préscolaires, scolaires et parascolaires pour transmettre un message cohérent sur le respect et la bienveillance, de la maternelle au postsecondaire. Mon approche est basée sur l’acquisition de connaissances, car comprendre les systèmes de pression et de privilèges facilite la perception de dynamiques préjudiciables et la compréhension de ce qui se passe. Sinon, il devient difficile de savoir sur quelles compétences t’appuyer.
Sinon, dans les milieux collégiaux et universitaires, on nous invite en salle de classe pour participer à la formation de futurs professionnels. J’aimerais aussi collaborer avec les institutions postsecondaires pour intégrer des modules queers dans les curriculums officiels, surtout en éducation et en santé. Nos spécialistes disent ne pas avoir reçu suffisamment de formation pour bien répondre aux besoins des bénéficiaires et des élèves 2ELGBTQI+, de leur famille et de leur communauté.
LR : Comment est-ce qu’on navigue la vague de mésinformation et de désinformation qui entoure ces questions-là?
AR : En tant qu’individu, on a la responsabilité de se renseigner sur le rôle et les responsabilités d’une personne alliée de la diversité humaine, de se conscientiser, d’apprendre, de réapprendre et de questionner. Je pense aussi qu’il est important de prendre position, que ce soit en adoptant une posture de respect, de bienveillance ou une prise de position, donc, selon les milieux.
Aussi, je pense qu’on a la responsabilité de se renseigner sur le contexte colonial. C’est la colonisation qui nous a transmis des systèmes de pouvoir et de privilèges, ainsi que des systèmes de pression, et des idéologies préjudiciables. Les préjugés et les inégalités que l’on observe actuellement sur l’île de la Tortue, envers les personnes de la communauté 2ELGBTQI+ sont issu de cet héritage.
Je pense que c’est important de prendre soin de soi, dans un tel climat où c’est extrêmement souffrant d’entendre certains messages, de constater des changements de procédures, d’accès aux soins et aux services. Et je pense que c’est important d’être indulgent.e envers soi-même par rapport à ça. C’est légitime d’avoir besoin de temps pour digérer le monde dans lequel on vit, pour pleurer, pour crier, pour se réunir, puis revendiquer.
Surtout, même sans toujours se comprendre, les groupes minoritaires partagent une vulnérabilité commune et bénéficient des mêmes protections juridiques. On a intérêt à comprendre que c’est une responsabilité collective de protéger les cadres qui existent, et à encourager le vivre-ensemble au sein d’une société démocratique plurielle.
