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Sports et bien-être

Frontière fragile entre liberté d’expression et haine en ligne

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Article rédigé par Joelluc Liandja – Chef de pupitre Sports et Bien-être

À l’ère des réseaux sociaux, l’information se propage à une vitesse fulgurante. Les publications ou les commentaires peuvent être diffusés, amplifiés ou contestés en une fraction de seconde. Il existe une limite floue entre l’expression légitime d’une opinion et les propos qui propagent la haine ou la discrimination. 

La liberté comme un droit bien encadré 

Internet est aujourd’hui l’un des principaux espaces de communication publique. Les plateformes numériques offrent à chacun.e la possibilité de s’exprimer, de partager ses opinions et de prendre part à des échanges qui s’étendent au-delà des frontières géographiques. 

Cette accessibilité a favorisé la démocratisation de la prise de parole. Ainsi, il devient plus difficile de comprendre comment le public perçoit réellement cette démocratisation, comme le soulignent plusieurs expert.e.s.

Selon  Serge Banyongen, professeur à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa (U d’O), la liberté est souvent mal comprise comme un droit inconditionnel, ce qui entraîne souvent de la confusion. 

« La liberté est souvent perçue par certaines personnes comme ce qu’on peut faire et ce qu’on a le droit de faire », explique-t-il. En d’autres termes, il explique que la liberté d’expression est désormais associée à une responsabilité qui accompagne le partage de chaque message. 

Pour Christophe Fournier, étudiant en sciences politiques à l’U d’O, cette responsabilité est cruciale. « La liberté d’expression est essentielle sur Internet, car elle nous permet de partager nos opinions et d’échanger nos différentes idées. Cependant, nous devons savoir que nous ne pouvons pas tout dire, car les mots peuvent causer de réelles blessures lorsqu’ils visent des personnes ou des groupes », souligne-t-il. 

Des mots qui se transforment en blessures 

Les propos haineux constituent l’un des principaux défis des plateformes numériques. Derrière les écrans, certaines personnes qui utilisent internet se croient libres de contourner les normes sociales qui régissent habituellement les échanges humains. 

Les réseaux sociaux permettent à des individus de s’exprimer de manière anonyme et à distance, ce qui peut les inciter à tenir des propos qu’ils n’oseraient peut-être pas formuler en personne. 

De plus, avec la capacité des réseaux sociaux à rendre des messages plus visibles, un simple commentaire peut vite se transformer en une tendance virale. 

Pour les personnes visées par des commentaires négatifs, les répercussions peuvent être plus significatives. Le professeur Banyongen souligne que les attaques verbales sur Internet ne sont pas de simples mots dénués de conséquences. 

"Les individus qui subissent du harcèlement ou des propos haineux peuvent ressentir un rejet profond, qui affecte leur perception d’eux-mêmes et leur relation avec les autres."

– Serge Banyongen  

La ligne de démarcation entre une opinion et la haine demeure néanmoins très fine. Il est vrai que les débats et les critiques font partie de la vie courante. Cependant, lorsque des propos visent à rabaisser ou à stigmatiser une personne ou une communauté en raison de son origine, de sa croyance religieuse, de son orientation sexuelle, etc., ils cessent d’être une simple opinion, estime Fournier. 

"La limite se situe toujours dans l’intention et les conséquences que des propos peuvent entraîner."

– Christophe Fournier – 

Bien que les critiques alimentent les débats, elles ne devraient pas inciter à la discrimination ou à la violence. Lorsqu’elles atteignent cette limite, elles deviennent automatiquement des discours haineux.

Les institutions éducatives et les universités ont un rôle à jouer 

Pour le professeur Banyongen, la distinction entre une opinion et un discours haineux doit être au cœur de l’éducation destinée aux jeunes. Il insiste sur l’importance d’aider les individus à comprendre les conséquences de leurs paroles en ligne et à distinguer une critique constructive d’une attaque personnelle.

Les universités se trouvent dans une position clé, car elles ne servent pas seulement à transmettre des connaissances, mais aussi à offrir des opportunités pour apprendre à argumenter de manière structurée et respectueuse. Selon Fournier, l’université peut exercer une influence décisive en favorisant la pensée critique et la responsabilité numérique. Il croit que lorsque les communautés étudiantes maîtrisent les lois et les répercussions des échanges en ligne, elles deviennent plus responsables de leurs propos.

L’U d’O exprime clairement aussi sa vision de la liberté d’expression dans sa politique institutionnelle. Le règlement 121, adopté en 2018, reconnaît la liberté d’expression comme une valeur fondamentale de la communauté universitaire. 

Chaque membre de cette communauté, que ce soit les étudiant.e.s, le corps enseignant, le personnel ou les personnes en visite, a le droit d’exprimer ses idées librement. 

Ce règlement de l’U d’O insiste sur le fait que cette liberté doit se conformer aux lois en vigueur ainsi qu’aux principes de courtoisie et de considération. Les propos incitant à la haine, à la discrimination ou à la violence ne sauraient jamais être excusés au nom de la liberté d’expression.

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