
La relève artistique francophone s’affirme face à l’IA
Crédit visuel : Malak Abdelfatah
Article rédigé par Malak Abdelfatah — Journaliste
Le Centre d’excellence artistique de l’Ontario (CEAO) a organisé son Gala d’excellence artistique annuel le 2 juin à l’école publique De La Salle. Le but: pousser la relève francophone et francophile à se distinguer et protéger la créativité humaine au cœur d’une société où l’impact de l’intelligence artificielle remet parfois en question la valeur des arts.
Une vision, un gala
Carole Myre, directrice de l’École secondaire publique De La Salle et du CEAO, précise que le but de leurs programmes est de chercher l’excellence derrière l’imperfection : « Évaluer, créer et repousser les limites est notre vision d’excellence artistique », confie-t-elle.
Deux catégories de prix sont décernées lors de la soirée : le prix de la relève, remis à des élèves de 7e année sous forme de bourse pour leur parcours scolaire, et trois prix d’excellence artistique, offerts aux finissant·e·s gagnant·e·s parmi les neuf finalistes exceptionnel·le·s.
Leurs profils varient entre art visuel et médiatique comme Elsa Bake, Sasha Padova et Béatrice Soublière ; musique vents et percussion, corde ou vocal comme Yip de Bruijn, Xavier Goodgie, Noa Nadon et Henri Trépanier ; écriture et création littéraire comme Bria Ryan et cinéma et télévision comme Lucien Martin.
Durant le gala, les spectateurs ont eu la chance de découvrir en direct ces talents en visionnant des courts-métrages sur leur méthodologie de travail, une exposition dans la cafétéria de l’école ou même des concerts et des performances sur scène remplis de diversité et créativité.
Les récipiendaires étaient Henri Trépanier, chanteur et pianiste qui occupe le rôle de chef de section dans la chorale senior et qui depuis 2024 enseigne le piano à la Maison de la francophonie ; Noa Nadon, violoniste et compositeur, auteur de la musique du film Café des cauchemars joué au Festival international du film d’Ottawa et finalement Béatrice Soublière, qui se démarque par une pratique éclectique qui traverse le dessin, la peinture, l’installation et la performance .
Un coup d’œil dans le cœur d’un·e artiste
Soublière estime que l’art occupe une place essentielle dans notre société.
“L’art décore nos espaces, raconte nos époques et rend notre monde beaucoup plus chaleureux et coloré. J’espère, avec optimisme, que l’intelligence artificielle mènera à une forme de révolution artistique qui nous poussera à centraliser davantage l’art dans nos vies, des choses vraies, humaines et authentiques. Pour protéger ma création, j’ai l’intention de moins l’orienter vers la présentation médiatique et davantage vers les expériences réelles.”
-Béatrice Soublière-
Dans un contexte où nous sommes constamment exposés à une immense quantité de contenu, Soublière croit qu’il est plus important que jamais de privilégier les expériences artistiques vécues en direct, en présence des artistes. Selon elle, ces moments offrent une relation à l’art plus lente, plus profonde et moins marquée par la surstimulation qui caractérise notre environnement médiatique actuel.
L’artiste nous a confié qu’elle va étudier à la Villa Arson, l’École nationale supérieure d’arts de Nice, dans le but de se connecter à un milieu artistique riche et surtout de découvrir encore plus de fonctions et de réponses à travers l’art. Soublière estime, au travers de ce voyage, trouver des thèmes, des pratiques ou des idées motivantes.
«J’ai l’impression que nous avons perdu l’habitude de nous ennuyer. L’ennui peut sembler inconfortable, mais je crois que beaucoup de réponses, de créativité et de bien-être peuvent émerger de cette forme de déstimulation. Il y a peut-être quelque chose de précieux à découvrir dans le vide », suggère -t-elle
Le parrain de la relève
Chaque année, l’événement s’associe à un parrain. Cette édition mettait à l’honneur Ziad Ek, comédien et créateur qui incarne notamment le personnage d’Omar dans la série Kim’s Convenience sur CBC.
Il est récipiendaire du prix Dora Mavor Moore pour le meilleur ensemble en théâtre jeunesse. Inspiré par le cinéma depuis son enfance, c’est par pure coïncidence que sa famille a découvert l’École secondaire publique De La Salle, marquant le début de son parcours en théâtre.
Douze ans après avoir lui-même reçu un prix d’excellence, il tenait à préserver le lien avec ses origines et le CEAO, acceptant ce rôle de parrain bien que sa carrière professionnelle ne s’oriente pas vers l’enseignement.
Selon lui, ce genre de gala est essentiel pour inciter les jeunes à cultiver leur amour de l’art. Il rappelle d’ailleurs que l’intelligence artificielle n’est pas la menace que l’on imagine : « On ne peut pas remplacer l’expérience des arts vivants et ce gala en est la preuve.»
Pendant la soirée, il a expliqué dans son discours que l’expression humaine passe par les arts.
“Avec nos voix, nos corps, notre esprit, nos talents, notre instinct ; nous nous permettons d’avoir une nouvelle façon de penser le monde et de vivre autrement.”
- Ziad Ek -
Ce gala n’est pas conçu pour juger les talents, mais plutôt pour apprécier les différentes perspectives ici présentes au sein de notre communauté, explique Ek. Il encourage les finissants à persévérer et à construire leur plan pour le futur tout en considérant que de nos jours la créativité humaine est plus recherchée que jamais. Selon Myre,la vie d’artiste se tient en un mot : la persévérance.
