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Sports

Le yoga : réel apport de bien-être ou effet de mode ?

Johan Savoy
2 Décembre 2021

Crédit visuel : Nisrine Nail – Directrice artistique 

Article rédigé par Johan Savoy – Chef de pupitre Sports et bien-être

Les dernières décennies ont vu augmenter de manière exponentielle le nombre de pratiquant.e.s de yoga et encore plus durant les périodes de confinement imposées par la pandémie. L’apport de bien-être lié à ce sport est, selon les professionnel.le.s et les adeptes, incontestable. Cependant, cette augmentation s’explique-t-elle par les apports de la pratique en elle-même ou par le phénomène de mode qui l’entoure ?

En 2019, la firme de sondage Léger indiquait dans une étude portant sur le nombre de « yogis » au pays qu’environ 1 Canadien sur 5 pratiquait ce sport, soit 21 % de la population. Parmi ces pratiquant.e.s, la tranche d’âge des 18 – 34 ans était la plus représentée avec 35 % du total. La pandémie est ensuite arrivée et a restreint, par la force des choses, le nombre de sports praticables, réduisant celui-ci aux seuls sports solitaires ou réalisables derrière un écran. Ainsi, le yoga a poursuivi sa popularisation, entraînant dans sa hausse les revenus des diverses marques de vêtements et accessoires.

Aux origines du yoga

Alex Beaudoin, ancien étudiant en sciences de l’environnement et géologie à l’Université d’Ottawa (U d’O), et à présent directeur du studio de yoga Aura à Gatineau, précise qu’il est tout d’abord essentiel de différencier la mode du yoga de son historique. « Il y a en effet une certaine mode qui tend à déformer [la pratique] du yoga depuis quelques dizaines d’années », constate-t-il. Il révèle que celle-ci consiste à l’adoucir et à lui ajouter une dimension divertissante.

Il relève cependant que « le yoga est présent depuis des milliers d’années et ses bienfaits sont largement reconnus si l’on suit la tradition, sans pour autant tomber dans une pratique orthodoxe ». Originaire d’Inde, ce sport puise ses sources dans plusieurs lignées. Ainsi, Iyengar, Ashtanga, et Sivananda sont autant de courants sur lesquels se fonde cette pratique ; l’objectif restant communément le positionnement dans le moment présent, comme l’indique Beaudoin. Il avance enfin que la pratique de ce sport permet d’apporter une réponse à la vie contemporaine toujours plus rythmée et portée sur l’accumulation. En ce sens, l’aspect matériel du yoga demeure selon lui important pour la pratique si l’on se concentre uniquement sur les accessoires utiles.

Jade Minty, étudiante de première année en géologie spécialisée à l’U d’O et pratiquante occasionnelle, partage également cet avis : «Il y a [certainement] des [accessoires] nécessaires pour le yoga comme un matelas ou un bloc », affirme-t-elle. Elle soutient cependant que le reste relève du surplus.

La pandémie comme vecteur de popularité ?

Selon Beaudoin, malgré le fait que la pandémie ait contribué à augmenter le nombre de yogis, celle-ci a fini par avoir des effets néfastes. « Je pense que la pandémie a usé le yoga et que [celui-ci] a fini par perdre en popularité », avance-t-il. Ceci s’expliquerait par le fait que ce sport ne se réalise pas devant un écran, la dimension virtuelle effaçant largement la connexion humaine essentielle à la pratique.

Il remarque par ailleurs que cette popularité grandissante a commencé bien avant la pandémie. Il indique que celle-ci s’attribue tout simplement aux bienfaits que le yoga provoque : « [Celui-ci] est populaire, car il y a des avantages, des bénéfices qui lui sont associés. »

Minty explique quant à elle qu’elle a choisi ce sport pour ses bienfaits sur la santé, sur le stress et que celui-ci lui permet de rester en forme. Elle constate d’ailleurs que lorsqu’elle le pratique avant un examen, elle a tendance à mieux réussir.

« Le yoga conditionne le corps et l’esprit », poursuit Beaudoin, soulignant que la beauté de ce sport réside justement dans ce dualisme. Il constate cependant que l’occidentalisation de celui-ci a fini par orienter la focale sur le corps uniquement, et ceci à des fins marketing.

Une certaine appropriation culturelle ?  

L’occidentalisation du yoga traduit donc une appropriation culturelle de cette discipline millénaire aux origines indiennes. Un fait reconnu par le directeur et l’étudiante qui y voient tout de même un côté positif.

Minty reconnaît qu’il s’agit effectivement d’appropriation culturelle, mais que cela demeure acceptable dans la mesure où il n’y a pas d’atteinte au respect et d’appropriation de statut particulier.

« Il y a des avantages et des inconvénients », affirme de son côté Beaudoin. « Le yoga n’évoluerait pas s’il n’avait pas été approprié par l’Occident […], ceci a d’ailleurs permis d’intégrer les femmes [dans cette pratique] qui est à l’origine uniquement masculine. » En revanche, le côté néfaste de cette appropriation culturelle réside, selon lui, dans l’image de marque créée autour de ce sport par les sociétés occidentales. Il remarque, en ce sens, que la variété grandissante des cours proposés illustre cette tendance. « Le yoga, c’est du yoga », lâche-t-il finalement.

Le yoga trouve donc des adeptes grâce à ses apports en termes de bien-être selon l’enseignant et l’étudiante ; l’effet de mode et l’appropriation culturelle y jouent tout de même certainement un rôle, comme en témoignent les chiffres.

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