
Les Gee-Gees : tremplin vers le niveau professionnel ou dernière chance pour les athlètes universitaires ?
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Article rédigé par Sandra Uhlrich — Journaliste
Entre tremplin et dernière chance, le sport universitaire canadien occupe une place ambiguë dans l’écosystème professionnel — une réalité qui varie considérablement d’un sport à l’autre. Les Gee-Gees comptent 10 équipes et 26 clubs officiels, soit plus de 920 étudiant.e.s-athlètes. Parmi ces dernier.ère.s, trois athlètes des Gee-Gees (ancien.ne.s et actuel.le.s) participent cette année aux Jeux olympiques d’hiver, mais combien d’autres voient leurs rêves professionnels s’évanouir après l’université ?
Un entonnoir qui se referme rapidement
Accéder au niveau professionnel sportif n’est pas donné à tout le monde, et l’entonnoir se referme plus rapidement qu’on ne le pense. Charles-Antoine Roy, ancien joueur de hockey des Gee-Gees, le souligne :
« Quand tu vas à l'université, cela ne signifie pas nécessairement tirer un trait sur ta [sportive] professionnelle. Cela représente plutôt une occasion de continuer à te développer encore plus et de te doter d'un plan B, si la carrière professionnelle ne fonctionne pas. Mais avec les années, on réalise que, parfois, l'entonnoir se resserre assez rapidement. »
- Charles-Antoine Roy -
Après avoir passé cinq saisons avec les Gee-Gees et remporté leur première coupe universitaire David-Johnston, il évolue désormais avec l’équipe française les Aigles de Nice. Plusieurs de ses coéquipiers n’ont cependant pas eu cette opportunité. Pour la plupart des Gee-Gees, le parcours universitaire représente la dernière occasion d’évoluer au niveau semi-professionnel.
Selon Vlad Pirusca, joueur étoile du club de tennis masculin des Gee-Gees, il existe très peu d’opportunités, au Canada, de passer au niveau professionnel après l’université, du moins dans son sport. Les athlètes qui aspirent à une carrière professionnelle ont plutôt tendance à se tourner vers les universités états-uniennes, qui offrent davantage d’opportunités de tournois et de financement, des éléments essentiels pour se faire remarquer et accéder au circuit professionnel.
Opportunités différenciées
Au sein de l’équipe de hockey, Roy indique avoir bénéficié d’un accompagnement soutenu à l’Université d’Ottawa (U d’O). L’équipe d’entraîneur.e.s a su le mettre en contact avec les bonnes personnes, compte tenu de sa volonté de poursuivre au niveau professionnel : « À l’université, le coaching staff a tout mis en œuvre pour nous ouvrir des portes ou nous présenter à des personnes pouvant créer cette connexion, si nous souhaitions jouer au niveau professionnel. »
Selon lui, ce réseau a largement facilité sa transition vers la ligue professionnelle en France. Il ajoute qu’avoir pu échanger avec d’ancien.ne.s Gee-Gees ayant poursuivi leur carrière après l’université a également été déterminant : « Cela te permet de leur poser des questions et de mieux comprendre leur expérience, surtout en Europe, car c’est un environnement avec lequel nous sommes moins familier.ère.s. »
En revanche, Pirusca affirme recevoir peu de soutien de la part de l’Université, puisque le tennis est considéré comme sport de niveau gris. Les tournois sont organisés par les équipes elles-mêmes, et le club est autogéré par les joueur.euse.s avec l’aide d’un.e entraîneur.euse bénévole. Il mentionne que, probablement, l’équipe de l’Université de Toronto constitue l’équipe de tennis qui reçoit le plus de soutien de son université, et qui organise une grande partie des tournois en Ontario : « l’Université de Toronto représente une grande partie du monde du tennis [universitaire] au Canada. » Dans ces conditions, il devient difficile d’évoluer jusqu’au niveau professionnel.
Ainsi, selon la discipline pratiquée, le sport universitaire occupe une place différente dans l’écosystème professionnel : il peut constituer autant un tremplin qu’une dernière chance. Comme le souligne le journal étudiant de l’Université de Calgary, The Gauntlet, les sports universitaires canadiens attirent bien moins de spectateurs qu’aux États-Unis, ce qui a un impact direct sur les canaux de recrutement vers les ligues professionnelles. Dans ce contexte, si le sport universitaire permet sans aucun doute de mettre en lumière les talents, le sous-financement de U Sports par rapport à la NCAA (National Collegiate Athletic Association, qui encadre le sport universitaire états-unien) semble influencer de manière importante les débouchés possibles.
Force est de constater que le système sport-études états-unien occupe une place prépondérante dans le développement des athlètes professionnel.le.s, contrairement au Canada où les opportunités demeurent plus limitées. Si l’U d’O offre à certain.e.s athlètes un tremplin vers leurs rêves olympiques, la route vers le professionnalisme reste une course d’obstacles qui dépend largement du sport pratiqué et des ressources disponibles.
