
Les jeunes d’Ottawa réfléchissent sur les transports en communs dans la ville
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique
Article rédigé par Ingrid Kouakou – Journaliste
Entre rires et débats sérieux, des jeunes citoyens et des experts du secteur se sont retrouvés les vendredi 5 juin et 29 mai pour discuter des failles, souvent alarmantes, du réseau de transport en commun de la capitale fédérale.
C’est avec l’intention de faire bouger les lignes que le Club Opti-Jeunesse des Jeunes Adultes (COJA), en partenariat avec le Change Makers Club of Canada (CMC), a organisé ces deux séances de co-création. La première s’est déroulée en anglais le 29 mai, suivie d’une seconde en français ce vendredi 5 juin.
Diagnostic d’un réseau en crise
Dans une atmosphère chaleureuse et passionnée, les participants ont brisé la glace. Rapidement, la frustration légitime face aux ratés d’OC Transpo s’est transformée en force de proposition. Qu’il s’agisse de fiabilité, de sécurité ou d’accès équitable, les constats se recoupent.
Le manque de fiabilité chronique reste le premier obstacle à l’émancipation des jeunes usagers. Emma Smith Johnston, coordinatrice du développement des curriculums du club, nous a confié avoir manqué des quarts de travail importants à cause des retards d’autobus.
Sur les murs, des post-its résument cette exaspération: des attentes de plus de 45 minutes qui «annulent des plans», exacerbées par l’absence d’affichage des horaires en temps réel. En hiver, la situation vire au cauchemar: des élèves du secondaire présents ont dénoncé l’irrégularité des passages durant la saison froide.
La sécurité, particulièrement nocturne, est l’autre point noir du tableau. Sofia Larose, une jeune participante, a partagé ses vives craintes quant aux comportements imprévisibles sur le réseau. Elle a notamment mis en lumière des incidents graves, comme le cas d’un autobus ayant empiété sur une voie cyclable, frôlant l’accident avec une cycliste.
Au-delà des usagers du bus et du train, les adeptes du transport actif ont profité de la tribune. Les cyclistes, représentés par l’organisme Bike Ottawa, ont exprimé leur angoisse quotidienne face au manque de pistes cyclables sécurisées et leur peur de pédaler à ras les voitures.
L’hiver s’avère doublement punitif pour eux: «les opérations de déneigement obstruent régulièrement nos voies de passage, quand celles-ci ne sont pas transformées en patinoires impraticables.» ont dénoncé les cyclistes.
L’accessibilité, une affaire mise au placard
Un point majeur soulevé durant la soirée concerne l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite ou en situation de handicap temporaire. Les participants ont fermement dénoncé le manque de places adaptées à bord des autobus d’OC Transpo pour accueillir tout le monde.
De plus, l’hiver ottavien transforme le réseau en véritable parcours du combattant: les rampes d’accès et les pentes des trottoirs deviennent extrêmement glissantes et dangereuses, brisant toute autonomie.
Toujours selon les participants, ces barrières physiques sont aggravées par des infrastructures défaillantes, à l’image des «escalateurs souvent brisés» dans les stations de l’O-Train, qui coincent les usagers vulnérables.
De la frustration à l’innovation
Loin de se limiter à une liste de doléances, les ateliers ont tracés des chemins vers de potentielles solutions:
Quel avenir pour ce rapport ?
Toutes les données qualitatives recueillies, appuyées par un sondage quantitatif en cours, seront compilées dans un rapport officiel destiné au personnel du département de Transportation de la Ville d’Ottawa, affirme Julien Hodge, président du COJA .
Pour Marc Bossongbra, Président de l’Association des étudiants internationaux de l’Université d’Ottawa, le cœur du problème réside aussi dans l’accessibilité de l’information: «La ville d’Ottawa devrait grandement accentuer sa communication auprès de la population jeune concernant ce sujet», suggère-t-il.
Reste désormais une question cruciale. Alors qu’un jeune sur deux dépend de ces infrastructures pour étudier, travailler et vivre, la municipalité saura-t-elle écouter et intégrer cette expertise citoyenne?
Le COJA: l’action citoyenne par et pour les jeunes
Né en été 2023 d’une volonté de voir des changements municipaux concrets, le COJA est un organisme de service communautaire dirigé par de jeunes adultes d’Ottawa, et présidé par Julien Hodge. Sa mission est d’offrir des opportunités d’épanouissement à la jeunesse à travers l’engagement citoyen.
Le COJA est également un club indépendant qui s’appuie sur fonds propres, des dons anonymes, des levées de fonds ainsi que des bourses d’organismes alliés. Parmi leurs initiatives phares, figure «La Joute COJA», un projet intergénérationnel qui réunit jeunes et adultes autour d’un match de basket amical afin de lever des fonds pour l’organisme.
C’est toutefois sous l’égide de leur programme «Civisme en action» conçu pour amplifier la voix de la jeunesse qu’a pris racine l’événement «Co-création: Perspectives jeunesse sur les transports». Un partenariat s’est noué avec le CMC, un incubateur communautaire propulsé par Solutions 4 Lyfe, visant à combler les fossés entre le monde universitaire, le gouvernement et les communautés. C’est cette philosophie de convergence qui a pris vie sous nos yeux lors de cette table ronde.
