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Opinions

Retour sur le scandale entourant Rideau Hall

Crédit visuel : Valérie Soares – Photographe

Chronique rédigée par Gabriella Santini – Contributrice

Le jeudi 21 janvier, Julie Payette annonce sa démission. Pour la première fois depuis que le Canada s’est réuni par le biais de sa confédération en 1867, la ou le gouverneur.e général.e quitte son poste. Mais les nombreuses allégations de harcèlement et de dénigrement émises à son encontre sont-elles vraiment si surprenantes que cela ? 

Rapport accablant

Le Bureau du Conseil privé a amorcé en juillet dernier une enquête suite à la publication d’un reportage de Radio Canada, mettant en lumière les allégations de harcèlement prononcées par une douzaine de fonctionnaires et d’anciens employé.e.s de Rideau Hall. Le rapport, qui critique sévèrement la manière dont Payette et la secrétaire de la gouverneure générale Assunta Di Lorenzo ont traité leurs subordonné.e.s tout au long de leur terme, a été soumis au Gouvernement la semaine dernière.

Selon ce dernier, les deux accusées auraient exprimé leur mécontentement face à la qualité du travail de leurs employé.e.s avec de violentes crises de colère, allant parfois jusqu’à les faire pleurer. Le rapport souligne également des allégations de contact physique. Selon Radio Canada, les employé.e.s qui ont participé anonymement à l’enquête se sont plaint.e.s que le système protège les agresseur.e.s, et pas les victimes, et tou.te.s ont déclaré qu’ils.elles craignaient mettre leur carrière en danger en déposant une plainte officielle.

Le plus ironique dans tout cela, c’est que Payette ait signé en 2018 la loi C-65, visant à accroître les obligations des employeur.euse.s à l’égard des allégations de harcèlement et de violence sur les lieux de travail. Comment signer une telle législation alors qu’elle ne traitait elle-même pas ses propres subordonné.e.s avec respect?  

Erreur de jugement 

Bien que Trudeau ait défendu Payette au début de l’investigation, le rapport qui lui a été soumis la semaine dernière était trop accablant pour que rien ne change : les conclusions qui en sont tirées accusaient directement le Premier ministre. Celui-ci n’aurait pas suffisamment vérifié le parcours de Payette avant de la nommer gouverneure générale, ignorant ainsi ses antécédents de harcèlement et d’intimidation au Centre des sciences de Montréal et au Comité olympique canadien. Certain.e.s de ses ancien.ne.s collègues, tel que l’ancien astronaute et ministre des Transports, l’honorable Marc Garneau, connaissaient très bien son caractère difficile, et auraient pu en témoigner si on le leur avait  simplement demandé. 

C’est avec surprise que le bureau du Premier ministre a donc appris que Payette avait été accusée en 2011 de voies de fait au deuxième degré contre son conjoint à l’époque, accusations toutefois retirées. Elle avait également frappé et tué un piéton de façon accidentelle dans le Maryland, aux États-Unis en 2011, mais l’affaire avait été classée sans inculpation une année plus tard. Contrairement à l’ancien Premier ministre Stephen Harper, Trudeau a fait le choix de ne pas utiliser de comité consultatif chargé de l’aider à trouver un.e nouveau.elle gouverneur.e général.e. Avec un comité bien informé, Trudeau ne serait actuellement pas sur la sellette, en raison de son gouvernement minoritaire.

Appel au changement 

Le Premier ministre a nommé Payette en 2017, sous la recommandation de l’ancien Premier ministre Jean Chrétien. Son cabinet et lui-même se sont laissés séduire par le symbolisme derrière la vedette qu’est cette femme qui a voyagé dans l’espace, brouillant leur jugement. Malgré ses antécédents, Payette a servi l’image de marque libérale et féministe de Trudeau. Selon Dominic Leblanc, ministre des Affaires intergouvernementales, ce scandale démontre la nécessité de renforcer le processus de vérification. Plutôt que de nommer une célébrité,  la position devrait être remplie par une personne accomplie et qualifiée.

Les allégations de harcèlement ternissent non seulement la réputation de Payette, mais aussi l’image de la fonction de son poste. Même si le scandale en tant que tel n’a rien à voir avec son rôle dans la Constitution, il invite à se demander si le moment n’est pas venu de réformer le rôle de cette institution. 

Alors que le Premier ministre canadien Justin Trudeau est à la recherche d’un.e successeur.e, cette histoire nous encourage à questionner les lacunes de notre gouvernement démocratique, et la fonction du gouverneur.e général.e elle-même. La démission de Payette est peut-être l’occasion de repenser la position du chef de l’État, et même notre relation avec la Couronne.

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