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Arts et culture

Street art : quand le canevas ne parle pas assez fort

Culture
14 janvier 2019

Par Emmanuelle Gingras, cheffe du pupitre arts et culture

Alors que le street art se porte à des paroles présentées au grand public en détournant souvent la loi, y a-t-il une limite à donner cet ancien acte de revendication ?

Banksy est connu pour surprendre les milieux urbains par de l’art lié à l’actualité. Toutefois, alors que son art est considéré comme chef d’œuvre et source d’argent en raison du tourisme qu’il apporte, qu’est-ce que les artistes modestes et en risque contre la justice souhaitent continuer à véhiculer, et ce, malgré l’inexistence du profit ?

Vous êtes peut-être tombé.e sur son art dans la région d’Ottawa, que ce soit soit en lieux urbains, dans les autobus, sur des portes de bars ; DELADIES© se porte à une parole revendicative de gauche franche et vive. Il y a environ deux ans que ce petit regroupement de filles de la région griffonne la laideur du monde.

Les artistes de rue s’intéressent avant tout à « dénoncer des problématiques politiques, environnementales, spirituelles et sociétales, etc. », affirment-elles unanimement. On parle ici de situations touchant l’international, c’est pourquoi celles-ci ont aussi laissé leurs marques à différents endroits dans le monde : « Lorsque nous allons en voyage nous laissons notre trace, comme dans le Chinatown à New York, en Floride, au Portugal, [Montréal], etc. »

« En 2016 et en 2017, nous étions révoltées face à une nouvelle vision du monde plus réaliste qui nous avait été transmise par l’internet et notre éducation », affirme Deladie #1 (souhaitant conserver son anoynmat). C’est donc à l’adolescence que l’étincelle d’aller au-delà du parlé s’est métamorphosée en flamme.

Un anonymat calculé

L’anonymat et le street art s’unissent selon l’inévitable : la loi. C’est l’acte de vandalisme même qui portait autrefois les jeunes artistes à créer ; il s’agissait d’une façon de répondre à la frustration contre des idées populaires « aveuglées ». C’est donc à coups de « WAKE UP » que DELADIES© souhaite ouvrir les yeux aux passants : « On voulait communiquer notre art au plus de gens possible », exprime Deladie #2

Toutefois, les jeunes artistes ne considèrent pas leur travail comme du vandalisme : «[…] le vandalisme est considéré [comme] une destruction d’un lieu, nous considérons que nos dessins embellissent et non détruisent », affirme Deladie #1.

D’après le site du gouvernement du Canada et selon le Federal Bureau of Investigation des États-Unis, « […] les jeunes âgés de 16 ans représentent la plus forte proportion des arrestations impliquant des mineurs ». C’est justement avant 18 ans que nos interlocutrices ont fait leurs débuts, comme les répercussions étaient moins « graves ». Désormais majeures, les DELADIES© n’ont eu autre choix que de diminuer leurs activités.

Et la propriété privée ?

Le street art accroche le regard ; il forme l’intrigue par le simple passage d’un acte illégal dans un lieu conventionnel. Toutefois, tous devraient-ils avoir le droit de s’exprimer ouvertement sur tous les murs ? Quelle est la limite de la propriété privée ? Pour DELADIES©, les restrictions ne sont pas complètement déplacées : « Nous croyons que les lois en place qui empêchent les gens de faire des graffitis dans des lieux publics et privés ont leurs raisons d’être et gardent la capitale nationale « propre » »,  affirme la Deladie #1. Selon elles, il s’agirait d’augmenter les espaces ouverts aux graffitis en lieux urbains : « Pas tous ont le jugement demandé pour choisir un emplacement et le rendre beau. Même que nous avons manqué de jugement à quelques reprises dans nos interventions urbaines… » Il s’agirait donc d’un moyen de s’exprimer pleinement sans la confrontation de contenu grossier avec les lieux du quotidien.

L’art peut-il interférer dans l’art ?

Il est à se questionner sur la délimitation de ces actes artistiques en soi. Les DELADIES© se permetteraient-elles d’interférer dans le travail d’un autre ?

Selon elles, il est inévitable de s’attendre à ce que son art, dans le cas du graffiti, se fasse modifier ou changer. Toutefois, dans le cadre d’une oeuvre, le contexte détermine la validité de l’acte ainsi que la notoriété de l’oeuvre.

Celles-ci racontent avoir signé « DELADIES© » sur la statue de Maurice Richard du Musée canadien de l’histoire et lui avoir ajouté une moustache : « ça manquait de classe », affirment-elles unanimement. « Si un copyright est impliqué, nous n’y touchons pas. C’est pour cela que nous avons un « copyleft » noté avec la lettre C inversée sur nos dessins. On veut que les gens se sentent libres, mais pas trop. »

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