
Suspension du bac en Antiquité grecque et romaine : des professeur.e.s dénoncent, l’Université d’Ottawa s’explique
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Article rédigé par Lê Vu Hai Huong — Journaliste
Au cœur des discussions, l’Université d’Ottawa (U d’O) a décidé en février dernier de suspendre « jusqu’à avis contraire » les inscriptions au baccalauréat spécialisé en Antiquité grecque et romaine dès l’an prochain. Il s’agit de la deuxième suspension en moins de quatre mois, après celle annoncée à l’ automne 2025. Cette décision entraîne une mobilisation de la communauté universitaire, comme en témoigne une pétition de plus de 4000 signatures.
Une suspension répétée
Dominique Côté, directeur du département d’études anciennes et de sciences des religions, précise que la suspension a commencé avec l’inscription à la maîtrise du département en 2024, suivie à l’ automne 2025 par celle du baccalauréat spécialisé. Il révèle que son département n’a pas été consulté avant l’instauration de ces mesures. « Pour nous, cela ressemble à une forme de condamnation à mort, ni plus ni moins, à plus ou moins longue échéance », ajoute-t-il.
Luc Angers, vice-président de la mobilisation des membres de l’Association des professeur.e.s à temps partiel de l’Université d’Ottawa (APTPUO), met en doute cette explication. Selon lui, certains programmes seraient visés en raison de leur faible rentabilité présumée. L’APTPUO souligne dans son communiqué de presse que la suspension du programme a des répercussions immédiates sur les professeur.e.s à temps partiel.
Selon Côté, les cours restants sont prioritairement attribués aux professeur.e.s régulier.ère.s, ce qui réduit les possibilités d’emploi pour les professeur.e.s à temps partiel. Angers ajoute que certain.e.s enseignant.e.s hésitent à s’exprimer publiquement par crainte de représailles.
Le directeur du département souligne également que le modèle de financement universitaire, basé sur le nombre d’élèves inscrits dans un programme plutôt que dans des cours, désavantage les petits départements. Il précise que, bien que le programme spécialisé compte peu d’inscrit.e.s, des cours tels que ceux de mythologie et d’histoire grecque connaissent un grand succès auprès de la communauté étudiante de l’Université d’Ottawa (U d’O).
Les premiers à subir les coupures sont les membres de l’APTPUO ainsi que celles et ceux qui poursuivent la lutte francophone en Ontario, dont les professeur.e.s qui enseignent en français, selon Angers. Il décrit également la précarité des conditions de travail : « On se fait souvent appeler des profs au rabais. […] On est dans une situation précaire ». Il soutient que cette logique centrée sur la rentabilité est préjudiciable à la vocation de l’université.
Des obligations linguistiques à la traîne ?
Dans un article de Radio-Canada, ce programme désormais suspendu est désigné comme relevant de la Loi sur les services en français de l’Ontario (LSF). L’Université d’Ottawa (U d’O) affirme avoir respecté ses obligations légales et obtenu un avis juridique. « L’Université n’est pas en infraction avec la LSF », confirme le porte-parole de l’U d’O, Jesse Robichaud.
Lors d’une récente entrevue accordée à La Rotonde, le directeur du département d’études anciennes et des sciences des religions s’est dit surpris par ce changement de position. Il raconte qu’il a informé le vice-recteur à la francophonie, Yves Pelletier, qui a confirmé que son interprétation de la loi était juste et que le programme bénéficiait d’une protection juridique.
Dans son communiqué, l’APTPUO critique le recours à des avis juridiques dans ce dossier, estimant que cela fragilise la communauté universitaire. Elle affirme que cela « porte non seulement atteinte à la crédibilité de l’institution, mais nuit gravement à la planification de carrière et à la stabilité de l’emploi pour le personnel enseignant ».
Le premier pas vers d’autres programmes à revitaliser
Pour lever la suspension, le directeur du département d’études anciennes et de sciences des religions, Côté, explique que son équipe doit proposer une nouvelle version du programme de baccalauréat : une réduction des cours obligatoires de langues anciennes, comme le grec et le latin, au profit de contenus axés sur la culture matérielle et la muséologie.
Côté mentionne également la création d’un « comité des sages » dans la Faculté des arts, chargé de réfléchir à la restructuration des départements dans un contexte de baisse des inscriptions en humanités. Il s’inquiète du risque que la relance se traduise par des compressions, des réorganisations et des fusions.
Angers estime qu’il s’agit du début d’un projet de revitalisation de plusieurs programmes du campus. Selon l’administration uottavienne, cette mesure vise à maintenir l’attractivité des programmes.
D’après Robichaud, « ce processus de revitalisation repose d’abord et avant tout sur la consultation et la collaboration des membres de la communauté universitaire », y compris les professeur.e.s à temps partiel. Or, Angers confirme que les membres de l’APTUO n’ont pas été sollicités.
Le porte-parole de l’U d’O rassure qu’il ne s’agit pas d’une fermeture définitive du baccalauréat spécialisé et que les étudiant.e.s déjà inscrits pourront terminer leur parcours. Robichaud ajoute que l’université continue d’accepter les admissions pour la majeure et la mineure en Antiquité grecque et romaine.
