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Une responsabilité sociale

Web-Rotonde
11 avril 2012

FRANCOPHONIE ET BILINGUISME À L’UD’O

 

Antoine Trépanier | Chef de pupitre

L’U d’O a officiellement franchi le cap des 40 000 étudiants à l’automne 2011. Dans ce nombre, on retrouve un peu moins de 13 000 francophones. Proportionnellement, on parle de 31,7 % de francophones. Depuis quelques années, on frôle véritablement le chiffre magique de trois étudiants sur dix qui ont le français comme première langue parlée. Pourtant, le français dominait l’anglais, jadis.

La question qu’il faut se poser ici n’est pas si l’U d’O devrait ou non devenir unilingue anglaise, mais bien à quand la sortie du placard. La planification stratégique « Destination 2020 » de l’administration Rock est positive lorsqu’on se concentre sur l’enjeu de la dualité linguistique.

Cinq points dans le plan font état de la volonté de la direction que l’institution « recrute davantage d’étudiants francophones et, ainsi, améliorer notre équilibre linguistique », puis, « regrouper nos forces et donner une plus grande visibilité à la francophonie sur le campus ». Le point intéressant dans le document est celui qui définit l’engagement à « élargir l’accès aux études en français et développer la vie culturelle, sociale et scientifique en français sur le campus ».

Néanmoins, nous pouvons nous interroger sur l’éventuelle réalisation de ces beaux projets. Toute l’équipe de La Rotonde s’est penchée sur la dimension francophone du campus dans la préparation de cette édition spéciale et les faits saillants sont presque troublants. Ainsi, il est important de soulever, comme plusieurs journalistes l’ont si bien fait dans le passé, que le bilinguisme, à l’U d’O, c’est bel et bien deux poids deux mesures.

L’histoire garante de l’avenir

On peut retourner en 1934, par exemple, où on débattait de l’importance de la nuisance que représente le bilinguisme pour la culture francophone. Sujet intéressant où, comme à l’époque, on peut considérer qu’il est nécessaire d’apprendre l’anglais, mais pas le français. On tombe ainsi dans la facilité et plusieurs seront portés à abandonner la langue de Molière. Le bilinguisme, comme on le rapportait au début de notre histoire, peut devenir une voix différente pour diffuser la culture de la francophonie à travers une autre langue que le français.

Un hymne à sa langue ne se limite pas à chantonner « Notre place », mais bien à propager sa langue le mieux possible. Certains iront pour le patriotisme affiché, comme en 1935, où les jeunes se sont levés et se sont lancés dans une lutte nationale. En 1935, le français était la langue la plus répandue sur le campus. Le patriotisme affiché est une solution, mais parions que de ne pas changer à l’anglais dès qu’on nous dit « what? » serait plus efficace.

Ou encore faudrait-il « conquérir la culture canadienne », comme nos prédécesseurs de 1941 le suggéraient, et arrêter de se « défendre » contre la culture anglo-saxonne. Dans un élan de militantisme, ils souhaitaient plutôt « attaquer » cette culture. Lorsqu’on traite d’inégalité sociale, la ligne est mince entre vouloir le changement diplomatique et celui qui se ferait la matraque à la main.

Or, lorsqu’on lit, dans un éditorial de 1941, des termes comme « le terrible quotidien », en faisant allusion à la minorité francophone « victime d’anglicisation » qui vit au Nouveau-Brunswick, en Ontario et dans l’Ouest, plusieurs se diront que le pacifisme peut être dur à avaler.

Plus récemment, le « terrible quotidien » a refait surface pour plusieurs francophones. En novembre 2011, lorsqu’une journaliste du journal de l’avenue King-Edward, The Fulcrum, s’est plainte de l’absence de l’anglais à la cafétéria, plusieurs voix se sont élevées, un peu comme en 1987, où des étudiants de 4e année se sont plaints au Département de sciences politiques qu’aucun cours ne pouvait être suivi… en anglais!

Que ces étudiants aient eu raison ou non de se plaindre importe peu. Mais, pour une rare fois, les descendants de Wolfe ont vécu « le terrible quotidien » et c’est peut-être ainsi que l’Université canadienne aboutira à l’équilibre linguistique.

La dualité linguistique passe-t-elle par la création d’une police du bilinguisme sur le campus? La solution serait sans doute exagérée. Cependant, le retour des tests obligatoires de langue seconde serait probablement une option envisageable pour le clan Rock. Si les francophones et les anglophones tiennent vraiment à leur langue, personne ne voudra se soustraire à de tels tests, qui existaient dans les années 1990.

Un examen pour tous

Le 9 août 1993, l’U d’O a mis fin à l’examen obligatoire de langue seconde pour l’obtention du diplôme! Des coupes budgétaires ont justifié cette suppression. Guy Caron, alors président de la Fédération étudiante de l’U d’O, a déploré l’absence de consultation étudiante dans ce dossier. L’Université canadienne comptait alors économiser 250 000 $ grâce à l’abolition de ce test.

Il est tout à fait normal de vouloir atteindre l’équilibre budgétaire si on souhaite l’épanouissement et la viabilité économique de son institution. Néanmoins, couper dans un test qui définit l’image, l’identité et, surtout, l’ADN de son organisation n’est pas une sage décision. Après tout, Socrate disait bien que « le savoir est la seule matière qui s’accroît quand on la partage ».

La connaissance d’autres langues est nécessaire à l’accroissement du savoir. Il semble donc assez paradoxal qu’une université, surtout lorsqu’elle s’engage dans la voie du bilinguisme, décide de limiter l’offre du savoir à ses étudiants. Ou peut-être devrions-nous nommer ses étudiants des clients?

Il reste que depuis 80 ans, avec l’aide du plus vieux club du campus, la Société des débats français, La Rotonde est à l’affût des failles du bilinguisme et ce n’est pas en vertu d’une planification stratégique, mais bien de son image, de son identité et de son ADN, et surtout, parce que c’est une responsabilité sociale qu’elle agit ainsi.

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