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Être à fleur de peau dans un monde dominé par l’image

Crédit visuel : Pixabay

Article rédigé par Emmanuelle Gingras – Journaliste

Si le visage fait première impression, qu’arrive-t-il quand la peau prend contrôle sur soi ?  L’acné est au cœur de cette question. Bernie Gracieuse et Geneviève Laforce, deux créatrices de contenu, se livrent sur l’impact que ces troubles cutanés ainsi que les attentes sociétales quant à la peau peuvent avoir sur l’estime de soi. 

Selon Gracieuse et Laforce, le concept sociétal de beauté est marqué par des standards inatteignables, particulièrement au niveau de la peau. Pour Laforce, la beauté n’a pas vraiment de définition, mais elle a l’impression qu’une importance particulière est accordée à la symétrie du visage. C’est pourquoi elle pense que « [plus d’un. e.] utilisent des filtres [et des applications] pour combler des aspects de leurs visages. »

Gracieuse, qui travaille aussi comme styliste dans la région d’Ottawa, affirme quant à elle que la beauté physique lui apparaît comme « moyen de survie » pour les femmes dans une société qui est basée sur « le male gaze, la grossophobie, le racisme, etc. ». Elle ajoute qu’elle se sent souvent soumise à des critères patriarcaux de la beauté, surtout en tant que femme noire. 

Elle soutient son hypothèse en pointant le fait que « [les] femmes noires font partie de celles qui sont le moins picked sur les dating apps […] ».

Acné; ce qui l’impacte et ses impacts

Les deux militantes expliquent qu’elles ont commencé à avoir de sévères poussées d’acné alors qu’elles étaient au secondaire. 

À son arrivée à Ottawa, Gracieuse sera confrontée à de majeures responsabilités alors qu’elle a à peine 12 ans. « Après la naissance de ma sœur, ma mère a eu une hémorragie post-mortem […]. On est venu ici et on ne connaissait vraiment personne », raconte-t-elle. C’est à ce moment qu’elle commence à souffrir d’anxiété majeure et que, par la même occasion, son acné prend contrôle sur elle.

Gracieuse confie; « Ma mère m’a toujours dit que mon visage [c’était] mon passeport donc j’ai toujours eu l’impression que mon acné était la première chose que les gens voyaient. » 

Pour Laforce, certains facteurs extérieurs ainsi qu’hormonaux ont été à la source de ses troubles de la peau. « Je me suis rendu compte que mes passes d’acné étaient liées à des moments intenses de stress ou des changements de saisons […], ou avant mes menstruations », précise-t-elle. À partir de 15 ans, elle explique qu’elle refuse d’inviter des ami. e. s ou d’aller dormir chez qui que ce soit, par peur de dévoiler son visage sans maquillage. 

La jeune créatrice de contenu et cinéaste affirme que ses expériences ont toujours des impacts sur elle, surtout depuis sa montée de popularité sur Tik Tok. « À ce jour, j’ai de la difficulté à me promener en public sans maquillage, surtout récemment, parce que je peux me faire reconnaître dans la rue […]. Ça vient encore plus me chercher, alors que ça ne devrait pas être le cas ».

Médias sociaux, ennemis ou alliés ?

Laforce et Gracieuse s’y connaissent en caméra. Elles travaillent derrière et en avant de celle-ci. Les expériences de Laforce, qui étudie aussi en cinéma à l’Université de Concordia, l’ont mené à se rendre compte que « tout est photoshopé ». « La peau qu’on voit [sur l’écran], ce n’est pas de la peau », insiste-t-elle.  

Gracieuse révèle s’être trouvée dans des situations où des photographes auraient dans le passé édité son acné sans sa permission. « Je pense que ce genre de trucs me faisait sentir comme si je ne pouvais pas me présenter sur les réseaux sans éditer mon visage », dénonce-t-elle.

La styliste affirme que les médias sociaux ne sont pas la cause directe de ses insécurités, en lien avec son acné, mais qu’ils agissent comme amplificateur. Malgré tout, cette dernière exprime personnellement ne pas trop porter attention à cet aspect  ; ce qui lui importe vraiment, c’est le « body neutrality ».

Quant à Laforce, elle est mitigée quant au rôle des médias sociaux face à la relation entre l’acné et l’estime personnelle. Elle croit que, d’un côté, l’existence de standards inatteignables s’y trouve, mais qu’un sentiment de communauté constructif peut y émerger. 

« Ça [les médias sociaux] m’a fait découvrir d’autres gens qui avaient des problèmes d’acné et que je n’étais pas seule. J’ai pu trouver des trucs, des gens qui utilisaient des produits différents, des remèdes naturels […] », rapporte-t-elle. 

Pour contrebalancer les normes de l’image disproportionnées, des médias sociaux, plus d’une plateforme d’amour-propre se sont développés, surtout dans la dernière année et demie, rapporte Gracieuse. Celle-ci remet en question ledit mouvement. Cette dernière y entend souvent que l’amour propre est une chose qui se trouve en soi, ce qu’elle redoute fortement. « Est-ce tu peux vraiment t’aimer si tu vis dans une société qui ne t’aime pas ? », questionne-t-elle.

C’est aussi pourquoi Laforce aurait personnellement aimé qu’on lui dise, dans son jeune âge, de ne pas s’en faire et que son acné n’importe personne.  Celle-ci rappelle que tout le monde est tellement centré sur eux-mêmes, qu’au final ils.elles ne se soucient même pas des « imperfections » de la peau d’autrui.

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